Villes flottantes, du rêve à la réalisation

Rédigé le 20 mai 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Alors que les constructions, voire même les villes, flottantes s’imposent comme une solution aux différents besoins auxquels sont et seront confrontés les urbanistes du XXIe s. – manque d’espace sur la terre ferme, surpopulation, montée des eaux – mais aussi au développement de besoins plus « récréatifs » – tourisme ou encore nation indépendante battant, par exemple, pavillon libertarien –, ceux qui rêvent de bâtir sur les eaux vont devoir surmonter d’importants problèmes techniques.

Techniquement, et à moins que vous n’ayez le pouvoir de marcher sur l’eau, trois types de solutions possibles pour construire des bâtiments flottants existent.

Les plateformes ou barges flottantes, la solution la plus simple pour les villes flottantes

Le quartier d’Ijburg en est une très bonne illustration. Les maisons sont construites sur de grandes barges, amarrées à la terre ferme.

Le prototype d’aéroport Mega-Float a quant à lui démontré que des avions pouvaient atterrir et décoller à partir de Very large floating structures, de grandes structures flottantes. Plusieurs projets reposant sur ces structures sont en cours de construction à travers le monde, et tout particulièrement en Asie : salle de spectacle, unités de stockage de pétrole, centres de conférences, ponts…

Cette solution, techniquement la plus simple mais aussi la moins coûteuse, n’est cependant possible que dans des eaux peu profondes, près des côtes et dans des mers calmes.

S’inspirer des plateformes de l’industrie pétrolière

Le développement de l’activité pétrolière offshore a permis l’émergence de tout un panel de structures marines, destinées à l’exploitation proprement dite des hydrocarbures mais aussi à l’hébergement des employés des compagnies pétrolières, parfois dans des milieux maritimes extrêmes.

Les villes flottantes pourraient être édifiées sur des plateformes fixes, reposant sur une structure solide ou des piliers. La technique est connue depuis longtemps… et après tout, les palais vénitiens utilisent déjà cette technique.

Autre exemple de plateforme fixe, la Principauté de Sealand. L’histoire aussi distrayante que mouvementée de cette plateforme, construite par l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale au large des côtes du Suffolk et transformée en micro-nation, mérite le détour.

Profitant du fait qu’elle avait été installée dans les eaux internationales, elle est occupée depuis la seconde moitié des années 60, par le Britannique Roy Bates, devenu Prince Roy, et sa famille. La plateforme militaire est ainsi devenue la principauté de Sealand, une nation indépendante – mais qui peine à obtenir une reconnaissance de ses pairs.

Depuis, la principauté a, officiellement du moins, réintégré le territoire britannique quand le Royaume-Uni a étendu, en 1987, ses eaux territoriales à une distance de 12 miles marins par rapport à ses côtes. Ce qui n’empêche pas la famille princière de Sealand de revendiquer son indépendance et… de vouloir vendre la principauté au plus offrant.

Prix d’achat demandé : 10 millions de livres… Et une principauté pas vraiment charmante qui ressemble à cela :

Sealand villes flottantes La principauté de Sealand Source : Wikipedia

Fin de la parenthèse Sealand, et retour à nos plateformes fixes. Celles-ci ne peuvent être installées que dans des eaux peu profondes, ce qui a poussé l’industrie pétrolière à inventer des solutions adaptées aux eaux profondes, voire très profondes. Plateformes à lignes tendues (rattachées au sol marin via des câbles), semi-submersibles ou flottantes pourraient être utilisées pour construire des villes flottantes.

Ces structures sont cependant coûteuses et n’offrent pas des conditions de vie de rêve. Mieux vaut avoir l’estomac bien accroché et le pied marin.

Des villes-bateaux…

Forcément un navire… c’est censé flotter, et en plus, cela peut se déplacer. Les gigantesques navires de croisière qui sillonnent les mers sont déjà de petites cités flottantes. La semaine dernière, les chantiers de Saint Nazaire livraient ainsi l’un des plus grands paquebots au monde, l’Harmony of the Seas. 362 m de long, 66 de large et une capacité d’accueil d’environ 8 500 personnes.

Lancé en 2013, le projet Freedom Ship, prévoyait la construction d’un navire géant (1,6 kilomètre de long et d’une hauteur de 25 étages) capable d’embarquer 40 000 chanceux bien décidés à vivre le rêve libertarien tout en bénéficiant d’écoles, d’hôpitaux, de loisirs et d’espaces verts.

Freedom Ship villes flottantes Le gigantesque projet du Freedom Ship Source : http://freedomship.com

L’intérêt de ce monstre à 11 milliards de dollars ? Le Freedom Ship devait se déplacer de port en port, ne restant jamais plus de quelques jours dans le même pays, ce qui permettait à ses habitants de n’être fiscalement rattaché à aucun Etat… et donc de ne pas payer d’impôts.

Evidemment, ce Léviathan quatre fois plus gros que le Queen Mary aurait soulevé quelques problèmes techniques dont le premier est qu’aucun port à travers le monde ne peut techniquement l’accueillir. Peut-être pouvons-nous donc nous réjouir que le projet semble au point mort depuis 2013…

Autre projet de « ville-flottante », le navire The World, qui a été inauguré en 2002, propose quant à lui environ 165 « résidences », du studio au trois pièces, mais sans afficher d’autres buts que le loisir.

Vivre sur l’eau… sans perdre les avantages de la terre ferme

Outre ces problèmes de structure se posent toutes les questions liées à l’approvisionnement (eau, électricité, énergie), à l’accès aux services (santé, éducation, culture…), télécommunications (connexions Internet, téléphoniques…) ou bien tout simplement de transports.

Les nouveaux habitants des mers n’ont certainement pas l’intention de se priver de hamburgers, de fruits et légumes frais, d’un abonnement à Netflix et d’un accès assuré et rapide à un hôpital performant en cas de besoin. Autant de services et de biens auxquels la plupart d’entre nous ont un accès facile – du moins en Europe et aux Etats-Unis – et qui deviennent très compliqués dès qu’on quitte la terre ferme. [NDLR : Accéder à Internet de n’importe quel endroit de la Terre et même au milieu des océans ? C’est possible grâce aux satellites. Ce mode d’accès à Internet qui a pendant longtemps été une solution de dernier recours est en pleine mutation et offre aujourd’hui des performances techniques plus que décentes. Une solution pour les habitants des cités flottantes ? C’est possible. En tout cas, le marché est déjà en pleine explosion et la valeur que vous recommande Ray Blanco dans NewTech Insider en profite déjà. A découvrir dans NewTech Insider]

La complexité d’approvisionnement s’intensifie au fur et à mesure que l’on s’éloigne des côtes. Fournir eau, électricité et Internet aux habitants du quartier d’Ijburg est chose aisée mais cela se complique quand on rêve d’installer une cité-Etat indépendante dans les eaux internationales.

Il y a donc fort à parier que, dans les années qui viennent, nous voyons se multiplier les projets « flottants », extension des villes terrestres, pour répondre à des besoins bien précis.

Cité-Etat, est-ce possible ?

Mais revenons à nos milliardaires et à leurs projets de nation indépendante. Peter Thiel, un des fondateurs de PayPal et libertarien affirmé, est à l’origine du Seasteading Institute, un think tank dont l’objectif est de réunir les financements et les études qui permettront de construire la première cité-Etat flottante, car installée en dehors des eaux territoriales. L’autre fondateur de l’Institute est Patri Friedman, petit-fils de l’économiste libéral Milton Friedman.

Les promesses de ce projet : la possibilité de choisir son projet politique, un mode de vie fondé sur les principes libertariens, et, bien sûr, une fiscalité extrêmement accommodante. En 2015, l’Institut, qui a organisé un concours d’architecture pour sa future cité flottante, annonçait le lancement dès 2020 d’un embryon de ville capable d’accueillir 300 habitants.

Seesteading villes flottantes Le projet vainqueur du concours d’architecture lancé par le Seasteading Institute Source : www.seasteading.org/

Depuis le think tank multiplie les conférences pour promouvoir son projet mais aussi présenter les solutions techniques, fiscales, politiques, législatives et économiques qui en découlent.

Le projet du Seasteading Institute va même beaucoup plus loin puisqu’il affiche haut et fort un autre dessein : sauver l’humanité. Le think tank s’est ainsi fixé huit objectifs : éradiquer la faim, la pauvreté, la guerre et les maladies, lutter contre la pollution de l’atmosphère et celle des océans, vivre en harmonie avec la nature et enfin instaurer une civilisation durable. Vous souriez ? Et pourtant ces grandes ambitions sont partagées par d’autres géants de la Sillicon Valley : Google se fait, par exemple, fort de supprimer la mort…

Avant de pouvoir accueillir ses premiers citoyens, le projet du Seasteading Institute devra tout de même régler une épineuse question : celle de la localisation de sa cité. Pour échapper à tout contrôle des Etats, le think tank devra s’implanter dans les eaux internationales, soit à plus de 200 milles nautiques (370 km) des côtes. Si vivre à près de 400 km du plancher des vaches vous tente, vous pouvez financer le projet de Thiel et Friedman.

Pour conclure, je laisse la parole à Ray Blanco qui commentait ainsi la multiplication des projets de villes flottantes – ou de colonies spatiales – dans NewTech Insider :

Qu’est-ce qui pousserait les gens à s’installer sur l’eau ? Eh bien, selon moi, la même chose qui les pousserait à aller dans l’espace : le fait que la planète soit dirigée par une redoutable bande d’idiots. Certains pourraient alors être tentés d’embarquer dans une version moderne du Mayflower pour aller coloniser les fonds marins ou l’espace, et ainsi trouver un endroit où pouvoir commettre leurs propres idioties.

 

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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