Ce que la victoire de Macron signifie pour les marchés

Rédigé le 9 mai 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

En décembre dernier, je définissais les 5 grands thèmes qui, selon moi, feraient 2017. Parmi eux, l’idée que, dans le sillage de l’élection de Donald Trump et du référendum en faveur du Brexit, tout le monde s’inquiétait des élections présidentielles françaises.

Une victoire de Marine Le Pen aurait plongé la zone euro dans une crise existentielle. Mais ses chances de victoire étaient faibles.

Au lieu de cela, il semblait bien plus probable que François Fillon – une version française de Margaret Thatcher de France – devienne le prochain président français. Sa victoire aurait entraîné un grand « rally » de soulagement sur les marchés européens en général et français en particulier.

Je vous avais alors conseillé d’investir en France.

Il s’avère que j’ai eu à moitié raison. Le Pen a perdu mais le gagnant a été une surprise.

Le plus jeune dirigeant français depuis Napoléon

La France a choisi Emmanuel Macron comme son prochain président. Le politicien centriste, qui a créé son propre parti – En Marche ! (maintenant renommé La République En Marche) –, a battu la présidente du Front National avec un confortable score de 66% des votes.

La défaite de Le Pen n’est pas une surprise. Certes, les sondages n’avaient pas anticipé le vote « surprise » en faveur du Brexit ou la victoire « surprise » de Donald Trump. Mais dans ces deux cas, les sondages indiquaient un faible l’écart entre les deux votes. Les marchés – et ils ne sont pas les seuls – avaient alors parié sur la victoire du « business as usual », c’est-à-dire en vote en faveur du maintien dans l’UE et d’Hillary Clinton. D’où le choc quand les résultats ont été annoncés.

Cependant, dans le cas de la France, la probabilité que Le Pen puisse gagner au second tour a toujours été extrêmement faible. Face à presque tous les grands candidats, elle aurait perdu.

Conclusion, après le premier tour, les marchés ont supposé que Macron avait de grandes chances de remporter le second tour. C’est ce qui explique pourquoi le CAC 40 et les principaux marchés européens ne sont pas envolés hier. Le CAC avait déjà gagné plus de 7% depuis le 1er tour – sa victoire avait déjà été largement anticipée par les marchés.

Ce n’est pas un « pic du populisme » (« peak populism »)

Parmi les commentaires que vous pouvez lire sur cette élection, certains évoquent un « pic du populisme ». Mais c’est une lecture très simpliste d’un mouvement qui balaie en ce moment le globe.

Pour les experts qui n’ont jamais compris pourquoi les gens ont voté pour Brexit ou pour Trump, ces votes font partie d’un même mouvement, celui d’une demande de changement politique associée à un sentiment de frustration sur le fonctionnement actuel.

Et la victoire de Macron s’inscrit parfaitement dans cette grande tendance. Il pourrait ressembler à un politicien de centre-gauche assez « normal » ici au Royaume-Uni. Mais il a créé son propre parti politique.

Tout comme Le Pen, il illustre lui aussi le rejet de « business as usual ». Il a beau être pro-mondialisation, pro-UE, et de centre-gauche dans la plupart des domaines, il est aussi ridiculement jeune. Ne vous méprenez pas, selon les normes françaises, Macron représente le changement.

Et bien sûr, alors que Le Pen n’a pas gagné, elle a tout de même réussi à obtenir à peu près le double du pourcentage de votes que son père avait obtenu en 2002, la dernière fois que le Front National a atteint le deuxième tour d’une élection présidentielle française. Elle a l’intention de modifier en profondeur son parti en vue de gagner les élections de 2022.

Il est également intéressant de noter que le taux d’abstention de 25% est le plus élevé depuis 1969 et que les votes nuls ou blancs ont atteint un record – plus de 11% des votes. Bref, il y a beaucoup d’électeurs en colère.

Un échec annoncé ?

Maintenant, la question est : que veut vraiment faire Macron ? Et questions subsidiaires : a-t-il une chance de réussir à l’appliquer, et cela sera-t-il suffisant pour apaiser les électeurs ?

Macron échouera probablement, mais vous devez continuer à parier sur la zone euro.

David Marsh, du think-tank de l’OMFIF, le soulignait hier : Macron est « le dernier d’une longue ligne de sauveurs de la nation française. Des sauveurs qui ont toujours échoué ».

Macron veut réduire la masse salariale du secteur public. Il veut réduire les dépenses publiques. Il veut réduire l’impôt sur les sociétés (de 33% à 25%), et il veut réduire l’impôt sur le revenu. Il veut réformer le marché du travail pour faire baisser le taux de chômage mais a renoncé à abolir les 35 heures.

Il veut collaborer étroitement avec l’Allemagne pour renforcer l’UE. Il préconise une politique budgétaire commune, l’achèvement d’un système bancaire européen et la mise en place d’un ministre européen des finances. En d’autres termes, une UE renforcée et plus présente.

Il est également pro-libre-échange mais dans une UE plus protectionniste.

Soyons clair, il a fait beaucoup de promesses à beaucoup de gens. Et certaines de ces réformes rendraient la France plus compétitive. Mais nombre de présidents français ont promis de telles réformes, et la France… n’a pas beaucoup changé.

Macron ne dispose de sièges à l’Assemblée nationale – rappelez-vous qu’il vient de créer son parti. Il devra donc constituer une coalition lors des élections législatives de juin. Cela pourrait rapidement révéler quelles promesses il pourra tenir et lesquelles il va oublier.

Mais en attendant, le plus grand obstacle politique de l’année pour les marchés a été éliminé. Leur attention va maintenant se concentrer sur le fait que les données économiques européennes s’améliorent et que la BCE va devoir trouver de nouvelles excuses pour maintenir sa politique monétaire accommodante.

Attendez-vous donc à ce que nos cousins d’Amérique trouvent de nouveaux attraits aux marchés actions européens. Cela signifie que vous devriez continuer à parier sur l’Europe pour l’instant.

John Stepek

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