Uranium : ultra-secteur très concentré, avec pénurie à la clé

Rédigé le 9 septembre 2010 par | Nouvelles technologies Imprimer

Par Jean-Claude Périvier

Beaucoup de candidats, peu d’élus
Tenant compte du fait que le métal est abondant dans la croûte terrestre et relativement réparti dans le monde, beaucoup de compagnies juniors se lancent dans l’exploration.

Inutile de dire que même pour celles qui sont listées sur un marché boursier, ce sont des investissements risqués : beaucoup capitulent, soit sur des échecs, soit qu’elles n’ont pas les moyens financiers suffisants et qu’elles sont vite rachetées.

La consolidation du marché en est d’ailleurs une des caractéristiques.

Une offre ultra-concentrée
A l’autre bout de l’échelle, on trouve les leaders comme le Canadien Cameco, ou des compagnies contrôlées par les Etats comme Areva.

Entre les deux, une vingtaine de sociétés…

10 sociétés concentrent l’essentiel de l’offre (chiffres de 2009). Voici la part de marché de chacune :

Nom 

Tonnes

%

Areva

8 623

17

Cameco

8 000

16

Rio Tinto

7 963

16

KazAtomProm

7 467

15

ARMZ

4 624

9

BHP Billiton

2 955

6

Navoi

2 429

5

Uranium One

1 368

3

Paladin

1 210

2

GA/Heathgate

583

1

Autres

5 384

11

Total

50 606

100%

Rio Tinto et BHP Billiton ne sont pas des pure players de l’uranium.

Uranium One vient d’être rachetée par le Russe ARMZ.

Navoi est un conglomérat ouzbek…

Un enjeu géopolitique
Ces 10 sociétés exploitent des dépôts miniers localisés dans des contrées bien précises :

63% de la production mondiale provient du Kazakhstan, de l’Australie et du Canada, le premier produisant 28% de l’offre mondiale.

Comme la teneur du minerai est très variable et en général très faible, ces compagnies sont constamment à la recherche de nouveaux gisements, mais ceux-ci restent principalement dans les trois pays ci-dessus, à une exception notable : l’Afrique.

Quelques outsiders
Il y a des gisements significatifs en Namibie, au Niger, au Malawi, en Ouzbékistan, en Mongolie, en Afrique du Sud… peut-être au Soudan, au Zimbabwe. Peut-être en Afghanistan. Cela n’évoque-t-il rien pour vous ?

▪ Prenez le Niger, chasse gardée d’Areva jusqu’il y a peu de temps. Le pouvoir politique local a décidé d’autoriser d’autres compagnies venant d’autres pays à extraire le minerai. Dans le même temps, une partie du Sahel est sous la menace des bandes d’Al-Qaïda.

Tous les pays producteurs ne sont pas comme le Niger, constamment menacé de déstabilisation. Mais il est certain que tous ceux issus de la décolonisation ou de l’éclatement de l’Union soviétique sont étroitement surveilléspar les grands pays consommateurs d’uranium, tant la sûreté de l’approvisionnement est devenue stratégique.

Les grandes manoeuvres ont commencé :
– La Russie, pays producteur important, veut s’emparer du plus grand nombre de mines dans le monde, dans les anciennes républiques soviétiques et ailleurs (voir l’opération Uranium One).

– La Chine regarde du côté de l’Asie centrale et de l’Afrique. Les producteurs actuels n’envisagent pas de s’en laisser conter…

▪ Autant bien choisir sa cible en tant qu’investisseur…

La production DEVRA augmenter
Il y a 436 réacteurs en service, 43 sont en construction, 108 sont planifiés, et 344 propositions supplémentaires ont été faites par les fournisseurs de centrales nucléaires.

Actuellement, la demande mondiale en uranium s’établit à 60 000 tonnes. Les mines produiront cette année environ 55 000 tonnes. La différence est comblée par l’uranium recyclé des têtes nucléaires soviétiques, suite aux accords de désarmement, mais cela se terminera bientôt.

La pénurie commence… demain
Combinez cela avec la hausse de la demande, en particulier des pays émergents. Et attendez-vous à une pénurie au cours de la décennie actuelle. On peut même en prévoir le début : l’année 2013, c’est-à-dire demain.

Le prix de l’uranium est condamné à monter devant un déséquilibre offre/demande. Mais pas seulement…

Le coût moyen de production de la livre d’uranium (c’est la livre qui est retenue comme unité de cotation) augmentera lui aussi en raison de la faible teneur du minerai, des difficultés à en trouver toujours plus, et des conditions d’exploitation toujours plus difficiles et onéreuses.

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Jean-Claude Perivier
Jean-Claude Perivier

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