Twitter – et Donald Trump – peuvent-ils sauver l’économie américaine ?

Rédigé le 16 janvier 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Vendredi dernier, nous commencions à nous intéresser à la politique de communication développée par Donald Trump, axée presque uniquement sur l’utilisation intensive de la plateforme de micro-blogging Twitter.

Depuis son élection, le nouveau président a ainsi posé les bases de sa diplomatie mais aussi ses objectifs économiques via ses tweets. Sa principale obsession – et un des principaux thèmes de sa campagne – : ramener les emplois aux Etats-Unis. Des emplois qui auraient été volés par la mondialisation et les pays à bas salaire. En parallèle, il affiche clairement sa volonté de gérer les Etats-Unis comme ses propres entreprises.

Dans cette croisade pour l’emploi, le secteur automobile a été le premier visé. Tous les principaux vendeurs de voitures aux Etats-Unis ont fait l’objet de tweets rageurs dénonçant leurs projets de délocalisation ou d’investissements hors des Etats-Unis.

Vendredi, nous avons vu que le choix de Trump d’utiliser Twitter comme outil privilégié de communication faisait partie d’une stratégie bien pensée : d’un côté, s’affirmer comme un président proche du peuple ; de l’autre, marginaliser encore un peu plus les médias traditionnels.

Reste une question fondamentale : en twittant ses coups de coeur et de gueule, Trump peut-il réellement faire revenir les emplois aux Etats-Unis ?

L’industrie au garde-à-vous devant Trump ?

Il faut reconnaître que cette salve de tweets est – apparemment – parvenue à faire plier le secteur automobile

Ford, après avoir annulé plusieurs projets au Mexique, a reconnu avoir pris ces décisions pour satisfaire le nouveau président américain.

Tous les principaux constructeurs présents sur le marché américain ont rappelé, ces derniers jours et la main sur le coeur, leur engagement dans l’économie américaine. Fiat-Chrysler a ainsi annoncé, outre la création de 2 000 emplois aux Etats-Unis, un gros investissement (un milliard de dollars) dans deux de ses usines américaines ainsi que la relocalisation de la production de certains modèles de pickups.

Difficile de ne pas y voir l’heureuse conséquence des tweets de Trump.

Même alignement chez Boeing et Lockheed Martin qui ont, fort à propos, annoncé des efforts sur le prix de leurs avions.

Pour le court terme, la réussite de Trump est totale – personne ne veut se mettre à dos le président des Etats-Unis.

Chipotons malgré tout un peu. Ford va tout de même déplacer la production d’un de ses modèles au Mexique et Toyota, soutenu par le gouvernement japonais, a non seulement défendu sa stratégie mais a aussi rappelé que la majorité des véhicules produits au Mexique n’était pas destinée au marché américain… mais canadien.

Le Mexique dans la tourmente

Outre l’alignement des grands industriels présents sur le territoire américain, l’effet de la politique Twitter sur l’économie du Mexique est déjà décapant.

Le peso mexicain a perdu 16% contre le dollar depuis l’élection de Trump, pour atteindre un plus bas.

Peso

Une grande partie de l’économie du pays repose en effet sur l’industrie automobile, mais aussi sur les travailleurs transfrontaliers et les échanges commerciaux avec le voisin américain. 12 millions de Mexicains, dont la moitié en situation irrégulière, vivent en outre aux Etats-Unis, et ont envoyé plus de 20 milliards de dollars à leur pays d’origine entre janvier et septembre 2016.

Outre la dénonciation des délocalisations de l’industrie automobile au Mexique, Trump a annoncé vouloir rediscuter l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Nouveau coup rude pour ce pays exportateur qu’est le Mexique.

Ultime attaque : lors de sa conférence de presse de la semaine dernière, le nouveau président américain a réaffirmé sa volonté de faire payer le Mexique pour la construction des plus de 3 200 km de mur destinés à séparer les Etats-Unis de son voisin du sud. Coût estimé : jusqu’à 25 milliards de dollars.

25 milliards dont se passerait bien l’économie mexicaine, déjà plombée par la faiblesse des cours du pétrole et le recul de sa croissance.

Des emplois… et des robots

Et à plus long terme ? Hum… Comme le disait très bien Dominic Frisby il y a quelques jours dans ces lignes, il y a de grandes chances que les nouveaux postes créés aux Etats-Unis ne soient pas occupés par des humains, mais des robots.

C’est ce qu’expliquait le Financial Times :

« Les Etats-Unis ont effectivement perdu environ 5,6 millions d’emplois manufacturiers entre 2000 et 2010 mais, selon une étude du Center for Business and Economic Research de l’Université de Ball, 85% de ces destructions d’emploi sont dus aux changements technologiques – en particulier la robotisation – plutôt qu’au commerce international« .

Sous-entendu, ce n’est pas la concurrence des autres pays qui est directement responsable des pertes des destructions de postes aux Etats-Unis mais bel et bien la robotisation croissante de son secteur manufacturier et industriel.

Une tendance qui ne va pas s’arrêter net, bien au contraire.

Un graphique illustre parfaitement cette tendance :

robots vs emplois

J’en traduits le titre : Probabilité qu’un robot vous prenne votre emploi d’ici les 20 prochaines années. 1 indique la plus grande probabilité.

Conclusion, les emplois américains ne sont pas en concurrence avec des salariés indiens ou chinois… mais avec des machines.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Vous le lisez sous la plume de tous nos rédacteurs mais la plus grande prudence s’impose quant aux effets à long terme de la politique économique de Trump. N’ayant pas encore pris ses fonctions, le nouveau président américain n’a pas encore eu le temps de préciser les grandes lignes de cette politique.

Pour le moment, les marchés et les investisseurs se sont concentrés sur trois promesses : la création d’emplois aux Etats-Unis, l’établissement d’importants droits de douane sur les produits importés et les grands investissements.

Et nous n’en savons pas plus que cela. Nous ne savons pas si l’établissement d’un protectionnisme ardent sera possible face à la Chine. Nous ne savons pas exactement de quoi seront faits les grands investissements fédéraux… et nous venons de voir que les créations d’emplois aux Etats-Unis étaient, à moyen terme, compromises par la montée de la robotisation.

Que vous conseiller ? Soyez prudents sur les investissements qui misent tout sur la politique de Trump – elle pourrait être plus difficile à mettre en place que prévu.

Misez sur la robotisation grandissante de nos sociétés est un pari bien plus porteur. Dans NewTech Insider, Ray Blanco vous propose par exemple de mettre en portefeuille une valeur qui donne la vue aux systèmes automatisés. Une vision bien utile pour développer de nouvelles compétences, s’adapter à de nouveaux milieux ou tout simplement pour avoir des collègues humains. A découvrir dans NewTech Insider.

Vous pouvez faire un pari iconoclaste – et un peu dangereux vu le récent parcours boursier de la valeur et ses derniers trimestriels – en misant sur le principal outil de la politique du nouveau président : Twitter (TWTR-NASDAQ).

Oh, et vous pensiez que les constructeurs européens seraient épargnés par les foudres trumpiennes ? Détrompez-vous, dans une toute récente interview au journal allemand Bild, Trump a réaffirmé ses opinions protectionnistes. Citation repérée via Le Monde :

« L’Allemagne est un pays génial, un grand pays producteur. Quand on va sur la 5e Avenue [à New York], on voit que tout le monde a une Mercedes garée devant chez lui, pas vrai ? Or le fait est que vous [les Allemands] êtes très injustes avec les Etats-Unis. Combien de Chevrolet avez-vous en Allemagne ? Pas beaucoup, peut-être aucune, dehors on n’en voit pas une seule. Ca doit marcher dans les deux sens. Moi je veux que ça soit juste. […] Vous pouvez fabriquer des voitures pour les Etats-Unis, mais vous devrez payer 35% de taxes sur chaque voiture qui entre aux Etats-Unis« .

D’ici à ce que ces taxes de 35% s’appliquent aussi au parfum, aux sacs et au vin français…

Mots clé : - - - -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Laissez un commentaire