TSMC : 5 ans de bonheur (et de gains) avec ce concurrent d’Intel et de Samsung

Rédigé le 29 mai 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous avons vu vendredi dernier que le secteur de la micro-électronique est sans pitié. Les investissements sont chers, les résultats incertains et l’évolution des performances se heurtera sous peu aux limites inexorables de la physique.

Les fondeurs luttent becs et ongles pour proposer des produits légèrement plus performants que ceux de leurs concurrents. Ce faisant, ils engloutissent des milliards qui profitent in fine à une société discrète : ASML. Le néerlandais aurait pu être un véhicule d’investissement idéal pour profiter de cette débauche de moyens ; le marché valorise toutefois l’entreprise à son juste prix.

Avec un PER de 35 et une capitalisation boursière de près de 54 milliards de dollars, l’heure n’est plus à l’achat sur le titre.

Il nous faut donc avancer légèrement dans la chaîne de valeur pour trouver des opportunités d’investissement.

Je vous propose aujourd’hui de nous pencher sur le cas d’un fondeur qui vient de franchir une étape technologique importante : TSMC.

La puissance du Made in Taïwan

La Taïwan Semiconductor Manufacturing Companya vu le jour en 1987, soit une vingtaine d’années après la naissance de l’américain Intel. Avec l’efficacité typique des grandes industries asiatiques, TSMC a su devenir un fondeur de référence. Loin de l’image low cost que l’on peut avoir du « made in Taïwan« , TSMC propose la mise à disposition de lignes de production haut-de-gamme aux sociétés dites fabless (qui conçoivent des puces électroniques sans les fabriquer).

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Apple a commencé à lui confier en 2011 la fabrication d’une partie des processeurs au coeur des iPhone et iPad. La firme californienne n’est pas connue pour accepter la médiocrité. L’accès au marché des processeurs d’iPhone a été un tournant pour TSMC qui a quitté son image de « concurrent de Samsung » pour se positionner comme acteur de référence dans le secteur de la fonderie.

Aujourd’hui, les grands noms de l’électronique comme Nvidia, AMD, Broadcom et STMicroelectronics utilisent sans hésiter les capacités de productions de TSMC pour tous leurs produits – même haut de gamme. Ce changement de perception dans l’image de marque s’explique par l’effort de Recherche & Développement mené sans relâche par le taïwanais.

De l’opérationnel à l’excellence industrielle

Dans ses premières années d’activité, TSMC n’était pas nécessairement un fondeur de choix pour l’industrie électronique. L’entreprise a petit à petit amélioré son savoir-faire jusqu’à rejoindre – et dépasser – celui de son plus grand rival : Intel. Durant 30 ans, TSMC a respecté une stratégie claire et un business model fondé sur la production de puces pour les sociétés fabless.

Aujourd’hui, l’industrie de la micro-électronique bruisse d’une nouvelle rumeur : TSMC aurait réussi à maîtriser la production en masse de puces gravées avec une finesse de 10 nm (0,000000010 mètre).

Jusqu’ici, seul Samsung avait réussi la prouesse de graver en série des processeurs à cette finesse. Vu la dépendance de Samsung au marché du smartphone et la nécessité de faire oublier le fiasco du Galaxy Note 7, le coréen réserve pour l’instant la primeur de cette nouvelle technique de gravure à ses smartphones Galaxy S8.

TSMC se retrouve par conséquent dans une position idéale : celle du monopole de fait de la production en 10 nm pour les sociétés fabless.

Il semblerait (le conditionnel reste de mise tant le sujet est sensible et les informations à prendre avec des pincettes) que TSMC fasse également le choix de l’exclusivité en réservant dans un premier temps ses lignes de production en 10 nm à Apple. Jusqu’à fin 2017, les chaînes de production serait réservées au microprocesseur A11 qui équipera le prochain iPhone. Vous en conviendrez, se limiter au marché de l’iPhone pour un fournisseur ressemble plus à une opportunité qu’à un réel sacrifice.

TSMC devrait donc continuer à engranger les milliards avant de pouvoir proposer sa production en 10 nm (qui sera alors bien plus robuste qu’elle ne l’est aujourd’hui) à tous ses autres clients.

La Bourse applaudit

Bien sûr, ces bonnes nouvelles se retrouvent dans les cours de l’action qui a dépassé ce mois-ci les 200 TWD. Soit une capitalisation record de 173 milliards de dollars US.

Signe que les temps changent, la capitalisation boursière du taïwanais dépasse désormais celle d’Intel. Ces inversions de courbes sont toujours significatives de grands changements dans les équilibres industriels. Les géants d’hier ne sont pas ceux de demain, et TSMC est bel et bien en train de prendre une place de leader dans le marché de la fonderie.

Cette inversion dans la hiérarchie des capitalisations boursière est d’autant plus significative que la progression de TSMC n’est absolument pas due à un krach à la hausse.

TSMC

Evolution de l’action TSMC depuis 5 ans

L’action progresse, certes, mais de manière linéaire et non exponentielle. Il n’y a donc pas de folie spéculative sur le titre qui pourrait faire craindre un feu de paille.

Est-il encore temps de se positionner ?

Nous sommes d’accord, TSMC est une belle valeur qui peut compter sur une forte croissance de son activité dans les prochaines années.

A la lecture de ce portrait flatteur, je suis certain que votre prudence d’investisseur qui évite les bulles comme la peste se réveille. Si la Bourse porte déjà le titre de record en record, est-il encore temps de le faire entrer en portefeuille ?

Pour moi, la réponse est oui.

La raison est simple : nous sommes dans une configuration d’anti-bulle. Les bulles se forment lorsque l’augmentation du prix des actions augmente sans aucun rapport avec l’augmentation d’activité de l’entreprise. Les investisseurs finissent par réaliser que le titre est affreusement cher par rapport à ses fondamentaux, et paniquent.

Dans le cas de TSMC, nous sommes exactement dans une configuration inverse :

TSMC

Evolution du chiffre d’affaires de TSMC depuis 20 ans

Vous le voyez, l’augmentation du chiffre d’affaires est exponentielle depuis une dizaine d’années. La valeur de l’action, elle, n’augmente pas dans les mêmes proportions. Cela se retrouve dans son PER de 15 – un chiffre qui devient rare parmi les valeurs technologiques !

Il y a donc bien un décalage entre la valeur perçue par le marché et l’activité réelle de l’entreprise.

Si rattrapage il devait y avoir, ce serait vers le haut.

Comment investir… et quelques mots de prudence

TSMC est une superbe entreprise qui a la chance d’être encore abordable. Si vous souhaitez investir sur le marché de la micro-électronique, vous pouvez acquérir le titre sur le New York Stock Exchange (NYSE:TSM).

Je terminerai cette chronique par l’habituelle note de prudence. TSMC est aujourd’hui dans une phase de lune de miel avec Apple. Le marché de l’iPhone est un eldorado pour les sous-traitants qui peut se transformer en cauchemar quand le vent tourne. Apple a l’habitude de n’avoir ni fidélité ni états d’âme envers ses partenaires.

Aujourd’hui, TSMC est capable d’une prouesse unique avec la gravure en 10 nm. Si Apple et Samsung enterraient la hache de guerre, la production des processeurs d’iPhone pourrait du jour au lendemain être confiée au coréen.

Gardez donc bien à l’esprit que des turbulences peuvent arriver à moyen terme pour TSMC, qui devra rapidement diversifier sa clientèle pour capitaliser sur sa production en 10 nm.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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