Trump, Fed… Mais que veulent-ils au dollar ?

Rédigé le 6 février 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Mercredi dernier a eu lieu la première réunion de la Fed depuis la prise de pouvoir de Donald Trump. Une réunion qui n’a pas suscité un grand intérêt auprès des marchés mais que je guettais avec attention.

Fed vs. Trump

En effet, la précédente réunion du Comité monétaire de la Fed, le FOMC, qui s’est déroulée en décembre dernier avait mis en lumière le fort antagonisme entre la présidente de la Fed, Janet Yellen, et le nouveau président-élu. Mais aussi un scepticisme marqué face au programme économique de celui-ci.

L’opposition entre la Fed et Trump a pris très vite un tour éminemment personnel. Pendant la campagne présidentielle américaine, le candidat républicain a, à moult reprises, violemment critiqué la banque centrale américaine s’en prenant directement à sa présidente, ouvertement démocrate, et promettant que des têtes allaient rouler.

La réunion de décembre du FOMC a été une réponse de la bergère au berger. Yellen a émis de forts doutes sur la politique d’incitation fiscale prévue par Trump, ainsi que sur ses investissements massifs. Elle a soulevé la question de l’inflation qu’une telle politique ne pouvait qu’encourager et a mis Trump en garde. Last but not least, Janet Yellen a affirmé qu’elle irait jusqu’au bout de son mandat.

L’ambiance n’était donc pas à la franche collaboration entre la Fed et le futur président américain. Au-delà des inimitiés personnelles, la teneur du discours de Janet Yellen laissait entrevoir une Fed clairement ancrée dans l’opposition. Et ce n’était pas franchement bon signe… pour l’économie américaine.

La Fed, en tant que responsable de la politique monétaire américaine, a entre les mains plusieurs leviers qui peuvent soient accompagner soit contrecarrer la politique gouvernementale.

Comment ? En jouant sur ses taux, un outil extrêmement puissant qui renforce ou affaiblit le dollar mais aussi guide le goût des marchés pour le risque. De ce goût pour le risque – et comme vous l’explique Jim Rickards aujourd’hui – découle le comportement des investisseurs, leur préférence pour les actions, les matières premières, les marchés obligataires, les pays émergents ou les métaux précieux.

La Fed, toujours grâce aux taux, joue aussi un rôle fondamental sur la gestion de l’inflation. Or tout laisse entendre que la politique de Trump sera inflationniste.

Enfin, grâce aux rachats d’actifs et de bons du Trésor, la Fed agit comme régulateur des marchés obligataires, maintenant les rendements à un niveau très bas. Pour un Etat qui se finance via l’endettement, c’est fondamental.

Les relations entre Trump et la Banque centrale américaine sont donc à surveiller de près.

Et j’avoue qu’une opposition frontale entre le président américain et la présidente de la Fed m’aurait amusée… si ce n’est consolée.

Mais voilà, la Fed semble bien décidée à travailler main dans la main avec Trump. C’est évidemment la décision la plus sensée, d’un côté comme de l’autre.

Que veut vraiment Trump au dollar ?

Bonne question… à laquelle il n’est pas toujours simple de répondre, non seulement parce que Trump n’est pas toujours très cohérent avec lui-même, qu’il a tendance à s’exprimer en phrases (ou tweets) lapidaires, mais aussi parce que ses conseillers se contredisent régulièrement entre eux.

Une des grandes questions est la suivante : que veut Trump pour le dollar ? Un dollar fort ? Un dollar plus faible ? Question d’autant plus fondamentale que la force ou la faiblesse du dollar irradient sur le reste de la planète. Nous avons déjà évoqué en détail ces conséquences ici… Des matières premières aux exportations européennes en passant par les pays émergents, tous dépendent de la valeur du billet vert.

Officiellement, Trump appelle à un dollar fort, symbole de la puissance retrouvée de l’Amérique.

Après le 8 novembre, les marchés ont eu d’ailleurs tendance à faire le pari d’un dollar toujours plus fort. Entre les prévisions de hausse de taux par la Fed et les affirmations de puissance venue de Trump, les jeux semblaient faits : le dollar allait se renforcer encore un peu plus.

Mais ces dernières semaines, Trump et son entourage ont plutôt mis l’accent sur la sous-évaluation du yuan ou d’un euro soumis à la volonté allemande. En clair, le dollar est trop fort, et il faut remédier au problème.

Comme le note très bien mon collègue John Stepek, de MoneyWeek, Trump est un homme né dans l’immobilier. Il lui doit sa fortune et sa marque. Or taux bas et dette bon marché sont la substantifique moelle de la réussite dans le secteur.

Trump a aussi décidé de réindustrialiser les Etats-Unis, de réaffirmer le pays comme une puissance non seulement industrielle, manufacturière mais aussi exportatrice. Autant d’objectifs qu’un dollar fort ne sert pas.

Restait à savoir ce qu’allait faire la Fed.

Que veut la Fed au dollar ?

Lors de sa réunion de décembre, la Fed a annoncé trois hausses de taux pour 2017. Or resserrement monétaire = renforcement du dollar. Pas vraiment dans la lignée de ce que veut Trump.

En outre, la Fed, rappelant la bonne santé du marché de l’emploi, s’était inquiétée d’un possible retour de l’inflation. Or le principal outil contre de maîtrise de l’inflation est la hausse des taux. Ce qui n’est toujours pas dans la lignée de ce que veut Trump – vous l’aurez compris.

J’attendais donc avec impatience non pas la décision du FOMC – le statu quo sur les taux était prévisible pour ce mois-ci – mais son analyse économique et monétaire.

Et, pour le moment du moins, la Fed va dans le sens de Trump. Si la Banque centrale américaine a une nouvelle fois souligné la baisse du chômage et la modeste croissance économique, elle a aussi qualifié l’inflation de « basse » (à 1,6%, contre un objectif de 2%).

Puisque l’inflation n’est plus un problème urgent, le resserrement monétaire pourrait être modeste… ce qui irait dans le sens de Trump.

Le Dollar Index, qui mesure la force du billet vert face à un panier de devises, illustre bien ce revirement des investisseurs face au dollar. Après avoir connu une phase de « flambe » après l’élection de Trump, le dollar recule depuis début janvier :

Dollar Index
Evolution du Dollar Index sur trois mois

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Loin de moi la prétention de vouloir ou de pouvoir deviner ce que va faire la Fed, mais il me semble que celle-ci est bien partie pour maintenir sa politique accommodante pour un bon bout de temps encore.

Cela ne l’empêchera pas de relever légèrement ses taux cette année, peut-être même dès le mois prochain comme le pense Jim Rickards, mais ce resserrement monétaire resterait mesuré.

Taux bas et argent bon marché devraient être la norme pour encore longtemps – les marchés actions apprécieront certainement.

Ce qui pourrait rebattre les cartes ? Un bouleversement des données fondamentales, que nous parlions de hausse importante de l’inflation ou bien d’une crise sur les marchés obligataires avec une flambée des rendements des bons du Trésor. Jusque-là, la Fed restera accommodante, et pourrait l’être encore plus si les marchés décrochent.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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