Impeachment – Trump peut-il être destitué ?

Rédigé le 21 août 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Pour reprendre la Quotidienne sur un bon pied, je vous propose de nous intéresser à un sujet qui me trotte dans la tête depuis novembre dernier. Que peut-il se passer si Trump tombait sur le coup d’une procédure d’impeachment ?

Mon peu de sympathie pour le personnage n’est pas seule responsable de cette question. Car, il faut le reconnaître, on a parfois l’impression que Donald Trump fait tout pour se faire destituer. Le mois d’août a été en la matière particulièrement frappant, entre menaces ouvertes contre la Corée du Nord et effritement de son équipe de conseillers.

Trump pourra-t-il aller tranquillement jusqu’au bout de son mandat ? Je me pose la question et, plus significatif, les marchés aussi. La presse américaine bruisse de rumeurs, de calculs, d’analyses sur le sujet.

A chaque nouvelle affaire qui sort (à un rythme quasi quotidien), cette question de l’impeachment se pose. C’est comme un ver, qui finit par s’insinuer dans notre paysage mental et qui risque de créer quelques soubresauts parmi les marchés.

Qu’est-ce que l’impeachment ? C’est une procédure de mise en accusation par le pouvoir législatif (le Congrès américain dans le cas présent) et qui permet de destituer un haut fonctionnaire – dont le président. Cette procédure est réservée aux fonctionnaires qui ont commis des actes graves mais pas forcément clairement définis puisqu’ils sont décrits ainsi : « high crimes and misdemeanors » (crimes et délits majeurs). L’accusation peut aussi se fonder sur des accusations de corruption ou de trahisons.

Que Trump et ses amis se rassurent, la procédure d’impeachment reste rare et il n’est pas si facile que cela d’être destitué. Pour qu’un président soit éjecté du bureau ovale, il faut que (1) la Chambre des représentants approuve, à la majorité, la destitution puis (2) que le Sénat l’approuve à une majorité des deux tiers. Pas simple à obtenir donc.

Des présidents empêtrés dans l’impeachment Dans l’histoire des Etats-Unis, seuls deux présidents ont dû affronter une telle procédure. La plus récente, et la plus connue, est la mise en accusation de Bill Clinton en 1998.

Clinton avait alors été accusé d’avoir menti sur la nature de ses rapports avec une stagiaire de la Maison Blanche, Monica Lewinsky. Je suis sûre que vous vous souvenez de l’affaire. Ce qui avait posé problème, ce n’est pas les relations hors-mariage du président mais le fait qu’il les avait niées sous serment.

La procédure d’impeachment contre Clinton est tombée à l’eau en 1999, n’obtenant pas la majorité des deux tiers au Sénat. Au passage, signalons que Clinton était alors un président extrêmement populaire (contrairement à Trump).

L’autre procédure d’impeachment a concerné Andrew Johnson en 1868 pour des sombres histoires législatives sur fond d’après-guerre de sécession et de droits des anciens esclaves. Là encore la procédure de destitution avait échoué au Sénat (à une voix près), n’empêchant pas Johnson de rester pour l’Histoire comme un des pires présidents des Etats-Unis (mais cela, c’était avant Trump).

La troisième procédure qui est restée dans les mémoires est celle de Richard Nixon après le très fameux scandale du Watergate. La procédure de destitution fut proposée en 1974 mais, prenant les devants, Nixon choisi la démission avant qu’elle ne puisse réellement lancée.

3 présidents qui ont risqué la destitution, et maintenant Trump ?

Certains l’espèrent, se fondant par exemple sur les exemples de collusion avec la Russie, mais aussi les ingérences du président dans certaines procédures et enquêtes. Les empêcher de présider en rond vont aussi certainement regarder du côté de l’empire du Trump et des liens entre les affaires du président et son rôle politique. Bref, il y a matière à nourrir des espoirs d’impeachment sans que, pour le moment du moins, le dossier soit suffisamment étayé pour tenir la route.

D’autant plus que, comme les précédents historiques nous l’ont appris, la destitution d’un président n’est pas ce que les Anglais appellent « a piece of cake ».

Trump court-il vraiment le risque d’être destitué ? Pour le moment, et dans l’état actuel des enquêtes et des affaires, non, pas vraiment. Mais le risque grandira après les élections de mi-mandat qui devraient voir les démocrates reprendre la majorité de la Chambre de représentants. Si Trump continue à Twitter tout ce qui lui passe par la tête, s’il continue à sortir de son rôle de président pour protéger son entourage et sa famille, s’il continue à officieusement porter la casquette de chef d’entreprise outre celle de président, alors une procédure d’impeachment pourrait être lancée.

Quelles conséquences pour les marchés boursiers ? Si impeachment il devait y avoir, quelles conséquences une telle procédure pourrait-elle avoir sur les marchés ?

La question mérite d’être posée car les récents déboires de Trump, en particulier dans l’affaire russe, ont donné quelques sueurs froides aux marchés. Un exemple : mi-mai dernier, le New York Times affirmait que Donald Trump avait demandé au directeur du FBI, James Comey, d’abandonner l’enquête sur les liens entre le conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, et la Russie.

L’affaire s’est révélée un peu plus compliquée que cela mais si les pressions de Trump avaient été avérées, cela aurait certainement nourri le dossier de ceux qui espèrent destituer Trump.

Quand l’information du New York Times a été révélé, les futures sur le Dow Jones ont perdu 100 points, et l’or – actif refuge – a gagné 10 $. Ce n’est pas allé beaucoup plus loin, mais c’est un exemple des dégâts que les tribulations de Trump peuvent avoir sur les marchés.

Le lancement d’une procédure d’impeachment pourrait-il déclencher un mouvement de panique sur les marchés.

Pour répondre à cette question, revenons à nos précédents historiques.

Sous Clinton, entre juillet et septembre 1998, le S&P 500 a ainsi perdu près de 20%. Le Dow Jones perdait quant à lui 10%. Et puis ? Et puis cette histoire d’impeachment a moins préoccupé les marchés. Il faut dire qu’en 1998 la bulle Internet était en train de prendre de l’ampleur et que les marchés avaient d’autres chats à fouetter que les problèmes de Clinton. 1998 s’est ainsi avéré une excellente année boursière, tout particulièrement sur le Nasdaq.

Sous Nixon, au plus fort de la crise du Watergate en octobre 1973, le S&P 500 14%. Oui, mais en prenant un peu de recul, on se rend aussi compte qu’outre le scandale du Watergate, Wall Street traversait une longue période de dépression qui s’est étendue de début 1973 à l’été 1974.

Quant à la procédure de destitution lancée contre Johnson, dans la limite de mes connaissances (le Dow Jones, le plus ancien indice américain ayant été créé en 1884 soit 20 ans plus tard), elle ne semble pas avoir eu de catastrophiques conséquences sur la toute nouvelle bourse de Wall Street.

Si nous nous en tenons à l’Histoire, les marchés pourraient donc être complètement capables d’encaisser une destitution de Trump.

Trump est-il sans danger pour les marchés ? Je n’irais pas jusque-là, cher lecteur.

Trump me semble tout sauf inoffensif pour les marchés mais un possible impeachment n’en est pas la principale raison.

Je m’inquiète par exemple des relations de plus en plus houleuses entre le monde des affaires et Trump. Les déclarations du président américain après l’attaque de Charlottesville, renvoyant dos à dos militants d’extrême-droite et contre-manifestants, ont soulevé une vague d’indignation dans l’opinion publique, la presse mais aussi parmi les dirigeants d’entreprise.

Le patron de la big pharma Merck, Kenneth Frazier, a critiqué la position de Trump – et a démissionné de son Conseil sur l’industrie. En retour, le président américain s’est emparé de Twitter pour déclarer :

Now that Ken Frazier of Merck Pharma has resigned from President’s Manufacturing Council, he will have more time to LOWER RIPOFF DRUG PRICES!

Maintenant que Ken Frazier de Merck a démissionné du conseil industriel du président, il aura plus de temps pour abaisser les prix d’arnaqueurs de médicaments.

Les marchés n’ont pas particulièrement réagi à ce tweet rageur mais il n’en a pas été de même pour Amazon qui a subi, le 16 août dernier, les foudres twittesques de Trump :

Amazon is doing great damage to tax paying retailers. Towns, cities and states throughout the U.S. are being hurt – many jobs being lost!

Amazon cause beaucoup de tort aux petits détaillants qui paient des impôts. Des villages, des villes et des Etats dans tous les Etats-Unis souffrent – beaucoup d’emplois sont détruits !

A l’ouverture de Wall Street ce 16 août, le groupe de Bezos – qui possède aussi le Washington Post, un journal ouvertement anti-Trump – perdait 1,2% (et 5,7 milliards de dollars de capitalisation), avant de se reprendre en milieu de séance.

D’autres entreprises américaines ont fait les frais boursiers des déclarations de Trump. La plupart des constructeurs automobiles, mais aussi l’industrie pharmaceutique ou encore le géant de l’armement Lockheed Martin ont été sous le feu des attaques présidentielles, et ont vu le cours boursier décrocher.

Les relations entre ces grands patrons et la Maison Blanche se sont encore tendues ces derniers jours. Outre le patron de Merck, celui d’Intel et d’Under Armor ont aussi démissionné des deux conseils économiques de Trump, poussant celui-ci à les dissoudre. D’autres patrons – ceux d’Uber, de Disney, de Tesla, etc. – avaient déjà claqué la porte de ces conseils au cours des derniers mois au rythme des décisions controversées du nouveau président américain (loi sur l’immigration, départ de l’accord de Paris, etc.).

Le monde des affaires n’a pas complètement tourné le dos à Trump – qui promet toujours une réforme de poids de la fiscalité des entreprises – mais la brouille historique avec les grands patrons de la Silicon Valley, qui avaient très massivement soutenu la candidature d’Hillary Clinton, avec Hollywood et plus récemment avec d’emblématiques grands patrons américains illustre la fracture grandissante entre celui qui se voulait le président des entrepreneurs et ces mêmes entrepreneurs.

Les conséquences très concrètes – et boursières – dans des secteurs aussi variés que les nouvelles technologies, l’industrie pharmaceutique, les constructeurs automobiles, l’industrie de l’énergie renouvelable sont loin d’être négligeables. Mais le peu de réaction des marchés aux attaques de Trump contre Merck et son patron sont peut-être le signe d’un certain mithridatisation.

Des réformes, mais quelles réformes ? Je m’inquiète aussi, et plus fondamentalement, des difficultés que rencontre le président américain à mettre en place ses réformes. Que l’on parle de la réforme du système de santé, de la réforme fiscale, du programme de grands travaux, « America first » et autres incitations à rapatrier emplois, argent et entreprises aux Etats-Unis, Donald Trump a toutes les peines du monde à faire passer ses promesses dans le tangible terrain de la réalité.

Le Trump Trade a du plomb dans l’aile et les marchés ne déposent plus leurs offrandes que devant la statue de leur patronne à tous, Janet Yellen. La Fed et sa politique encore très accommodante sont ce qui permet aux marchés de tenir le coup et de continuer, bon an mal an, leur progression.

Mais voilà que Donald Trump serait tenté de remplacer Yellen par un de ses hommes. De quoi inquiéter les marchés actions ? Peut-être… mais le candidat de Trump, Gary Cohn, est aussi un ancien de Goldman Sachs.

Seulement, voilà, aux dernières nouvelles, Gary Cohn, très apprécié des marchés pour son influence sur le président et acteur majeur de la très attendue et très espérée réforme de la fiscalité, serait lui aussi sur le point de démissionner de son poste de conseiller économique après les déclarations de Trump sur les accidents de Charlottesville.

Un départ que les marchés risquent de ne pas apprécier. Cohn est, de l’avis de tous, le dernier lien fort entre Trump et le monde de l’entreprise. Un départ qui nourrirait les doutes sur la capacité de Trump à mener ses réformes. Cohn devait présenter sa réforme fiscale à l’automne. S’il démissionne, et alors que cette réforme est très critiquée par d’autres proches de Trump pour son coût pour les finances fédérales (les impôts sur les entreprises devraient passer de 35% à 15%), la réforme sera mort-née.

Alors procédure d’impeachment ou pas, nous allons suivre de près les réactions des marchés aux coup de tweets de Trump et de l’évolution de ses relations avec les grands noms du « business » américain.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

2 commentaires pour “Impeachment – Trump peut-il être destitué ?”

  1. C’est vrai que se montrer ferme face à la pire dictature du monde, c’est nul. C’est indigne.

    Vous aimiez mieux Obama qui envoyait des milliards de dollars à Mollah qui ont promis de repousser les Juifs à la mer.

  2. celà confirme mes dires mais c’est toujours interessant un nouvel éclairage

    prévoir c’est gouverner merci

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