Trump ou Clinton : Misez sur le futur président des Etats-Unis

Rédigé le 8 novembre 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

J’espère que vous n’en avez pas déjà assez d’entendre parler des élections présidentielles américaines. Rassurez-nous, normalement, nous n’en avons plus pour très longtemps.

Je dis normalement car avec cette élection (et ces candidats), il faut s’attendre à tout. S’attendre à moult recomptes des voix, à des contestations des résultats voire même à des procédures d’impeachment, et ce quel que soit le candidat. Certains républicains veulent lancer une procédure contre Clinton pour non-respect des règles de sécurité dans l’affaire des e-mails. Quant à certains membres du parti démocrate, ils veulent destituer un Trump-président… parce qu’il est Trump.

Normalement, nous aurons la réponse tant attendue dans la nuit de mardi à mercredi, vers 3h du matin.

Reste à savoir ce que la victoire de l’un ou de l’autre des candidats signifiera pour les marchés. Nous nous sommes déjà interrogés sur les conséquences de très court terme. Je vous propose aujourd’hui de nous intéresser aux conséquences à plus long terme, sur l’économie mais aussi sur les marchés.

Trump président et les marchés

En cas de victoire de Trump, comme vous l’expliquait aussi bien Jim Rickards que Simone Wapler, le choc serait violent pour les marchés. Les derniers sondages sont clairement en faveur de Clinton, et l’ensemble des marchés semble avoir écarté le risque Trump.

Sa victoire ferait donc plonger les marchés actions – d’au moins 10% selon Jim – mais aussi le dollar. Dans ce chaos, l’or sera certainement un des seuls gagnants – c’est ce que vous explique Simone ici . Et les bons du Trésor ? Ils pourraient être recherchés, tout comme l’or, comme valeurs refuge. [NDLR : Le trade que vous propose Simone sur ces élections vous permettra de viser jusqu’à 140% de gains si Trump l’emporte… et tout de même 69% si Clinton est élue. Pour en savoir plus…]

Voilà donc pour le court terme.

Voyons maintenant à plus long terme. Si Trump arrive au pouvoir et met en place ne serait-ce qu’une partie de son programme, il faut s’attendre à des turbulences à plus long terme. Tout d’abord parce qu’il s’est prononcé contre la politique de la Fed et n’aura de cesse que de voir Janet Yellen quitter son poste. Une telle instabilité – ainsi que la perspective d’un durcissement de la politique monétaire de la Banque centrale américaine – n’a que peu de chances de plaire aux marchés. Ils sont habitués à Yellen et son style accommodant.

Ensuite, Trump s’en est directement pris à certaines entreprises américaines qui délocalisent ou font fabriquer leurs produits à l’étranger. Des entreprises comme IBM ou surtout Apple ont fait l’objet des attaques ciblées du candidat républicain qui a même appelé à boycotter les produits Apple. Dans son programme, il prévoit l’instauration de fortes taxes sur ces produits fabriqués à l’étranger. En cas de victoire de Trump, les actions de ces entreprises risquent d’être prises dans la tourmente.

Le secteur de l’énergie traditionnelle serait un des grands gagnants d’une victoire de Trump. Le candidat républicain ne cache pas son scepticisme face aux enjeux environnementaux. Ces dernières années, Barack Obama avait tenté de limiter le recours au charbon – une de sources d’énergie les plus polluantes – ; Trump a annoncé qu’il reviendrait sur ces réglementations anti-charbon.

Il a aussi promis une pleine grande ouverture pour l’exploitation des énergies non conventionnelles (dont le pétrole et le gaz de schiste), la reprise de la construction du très controversé pipeline Keystone ou encore la suppression des limitations d’exportation du gaz et du pétrole américains vers l’étranger. Une telle politique sera donc favorable à toute l’industrie gazière et pétrolière alors que les énergies renouvelables risquent de pâtir du retrait du soutien fédéral.

Le programme de Trump prévoit en outre d’importants investissements dans le secteur des infrastructures (autour de 100 milliards de dollars). C’est d’ailleurs un des seuls points de son programme qui est difficilement contestable. Les infrastructures (routières, de distribution de l’eau, de l’électricité) sont souvent extrêmement déficientes aux Etats-Unis. Le réseau de distribution de l’eau date parfois du début du XXe s. On estime, selon les régions, de 30% à 60% les pertes en eau dues à la vétusté du réseau. Un investissement fédéral dans le domaine des infrastructures soutiendrait donc les utilities.

De manière plus générale, Trump prévoit une forte réduction des impôts auxquels sont soumis les entreprises, et ce afin de les encourager à investir, se développer et embaucher. L’expérience récente nous montre que les entreprises, quand elles disposent de plus de cash, sont plutôt disposées à racheter leurs actions et à s’occuper de leurs actionnaires qu’à investir sur leur futur. A long terme, ce genre de politique devrait donc soutenir les marchés actions (mais pas la croissance).

Clinton présidente et les marchés

La victoire de la candidate démocrate ne devrait pas perturber les marchés. Du moins, c’est l’opinion la plus couramment admise. Certains espèrent même qu’une victoire de la candidate démocrate – connue pour ses liens bien établis avec Wall Street – serait le signal de départ d’un rally haussier sur les actions.

Dans Agora Trading, Mathieu Lebrun émettait cependant quelques doutes sur cette théorie :

Et si c’était Clinton qui faisait vraiment chuter les marchés ?

Voilà ce que j’ai en tête : si Trump est élu, un trou d’air va évidemment se produire. Mais il pourrait bien être aussi éphémère qu’après le Brexit. La Fed devrait en effet temporiser son resserrement monétaire et offrir ainsi un soutien à des marchés en chute libre (pensons à l’attitude de la Banque d’Angleterre post-Brexit).

A l’inverse, si Clinton passe, la hausse l’emportera en seconde partie de semaine. Mais que se passera-t-il ensuite ?

Le risque est que la Fed poursuive sa politique de relèvement des taux après décembre, probablement même dès le premier trimestre 2017. Voilà une perspective que Wall Street risque de ne guère apprécier…

Pour abonder dans le sens de Mathieu, ajoutons qu’au programme de la candidate Clinton figure une augmentation d’impôts pour les plus aisés… de quoi freiner une partie de la consommation et donc de la croissance américaine.

Les bancaires profiteront probablement d’une victoire de Clinton. Bill Clinton, quand il était président, a abrogé en 1999 le Glass-Steagall Act, qui établissait une séparation entre les activités de banque d’affaire et les banques de dépôts. Depuis cette date, les banques ont donc officiellement le droit d’utiliser les dépôts de leurs clients pour investir sur les marchés… ce qui laisse penser que cette abrogation est en partie responsable de la crise des subprime.

Les liens entre les Clinton et les grandes banques d’affaires américaines écartent assez logiquement la possibilité d’une réglementation accrue de leurs activités. En outre, une victoire de Clinton signifie un statu quo au sein de la Fed et une poursuite de sa politique très accommodante.

Le secteur des biotechs et des pharmas pourrait, quant à lui, être une des victimes d’une victoire de la démocrate. Au cours des derniers mois, Clinton a plusieurs fois violemment critiqué la politique de prix pratiquée par certains laboratoires sur leurs médicaments. Loin de moi l’idée de remettre en cause ces attaques – elles étaient justifiées pour des cas bien particuliers. Le problème, c’est que les investisseurs ont sanctionné le secteur de la santé dans sa totalité, sans faire de distinction.

A plus court terme, cependant, Ray Blanco mise sur un fort rebond des biotechs dès l’annonce des résultats. C’est ce qu’il expliquait dans FDA Biotech Trader la semaine dernière :

Le système politique américain est actuellement perturbé par une élection particulièrement difficile. Les répercussions de ces perturbations se prolongent jusqu’au secteur des biotechs. Et c’est ainsi que nous assistons, impuissants, au massacre boursier de certaines valeurs pourtant prometteuses.

Heureusement, les élections américaines seront bientôt derrière nous.

Et cela signifie une stabilisation du cours des biotechs. Je pense même qu’une fois le vainqueur déclaré, nous assisterons à un véritable rally sur certaines valeurs clairement sous-évaluées.

Les derniers jours semblent donner raison à Ray : alors que les marchés parient sur une victoire de Clinton, les biotechs se sont envolées. En moyenne, les valeurs que Ray a en portefeuille dans FDA Biotech Trader ont gagné 10% à 15% en deux séances…

Trump ou Clinton… qu’importe (sur certains points)…

Sur certains points, le résultat des élections présidentielles n’aura que peu d’influence. Aucun des deux candidats ne prévoit une réduction des dépenses fédérales – bien au contraire.

Le taux d’endettement des Etats-Unis devrait donc continuer à progresser, et, selon certaines études, plus rapidement sous une présidence Trump que Clinton, principalement à cause des importantes réductions d’impôts prévues par le programme républicain.

Aussi bien Clinton que Trump ont mis en avant une politique extérieure assez agressive : le secteur de la Défense devrait continuer à bien se porter dans les années qui viennent. Signalons que le programme clairement sécuritaire et anti-immigration clandestine de Trump favorisera les entreprises de sécurité (reconnaissance faciale, biométrie, drones de sécurité pour surveiller les frontières, fournisseurs d’armes et d’équipements destinés à la police et à la sécurité…).

Enfin, pour conclure, n’oublions pas un secteur qui pourrait être le grand gagnant de ces élections : celui de la cyber-sécurité. Si Clinton avait correctement protégé sa correspondance et les ordinateurs de son équipe, nombre de scandales lui auraient été évités… [NDLR : Le prochain numéro de notre lettre d’investissement spécialisée dans les nouvelles technologies est entièrement consacré à la cyber-sécurité avec, à la clé, une recommandation pour profiter de la spectaculaire croissance de ce secteur. A retrouver dans le prochain NewTech Insider]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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