Identifiez les bulles gonflées par les QE et ne vous laissez pas prendre

Rédigé le 2 décembre 2010 par | La quotidienne Imprimer

C’est dans les journaux de ce matin et dans les indices. Monsieur Trichet, gouverneur de la Banque centrale européenne va racheter (avec des euros surgis du néant) la dette souveraine des pays en difficulté. Les marchés y croient, les Bourses ont progressé.

Avant-hier, ma collègue Cécile vous avertissait qu’il fallait nous attendre à de la création monétaire en Europe. C’est ce que nous avons baptisé QEE, comme quantitative easing européen, par similitude avec ce que font les Etats-Unis.

Un lecteur se plaint : « vous nous parlez des malheurs de l’euro, mais aux Etats-Unis les choses vont mal aussi ». Exact. Et voyons donc ce que donne QE2 puisque nous avons décidé avec un mois de retard de nous engager nous aussi sur cette voie fatale.

Pour ceux qui ont raté un épisode du feuilleton, QE2 signifie quantitative easing version 2, de l’argent créé à partir de rien et injecté dans le système.

Le « système » est officiellement l’économie. En pratique, cet argent sert à racheter des obligations souveraines de long terme (2 à 10 ans) sur le marché secondaire afin que les nouvelles émissions que doit faire la Fed trouvent preneur à un taux d’intérêt supportable. Par supportable, comprenez pas plus élevé que maintenant, sinon les Etats-Unis, première puissance économique mondiale, ne peuvent plus faire face à leurs dettes publiques. Rappelez-vous, Europe, Etats-Unis et Japon font partie du cartel des taux bas. Toute augmentation du rendement obligataire les conduit à la faillite.

QE2 représente 600 milliards de dollars sortis de la planche à billets électronique, puisque l’argent dont il s’agit apparaît essentiellement sous cette forme aux bilans des banques. Certes, mais…

Que représentent 600 milliards de dollars ?
C’est très simple. Dans ce tableau je vous ai mis la taille de différents marchés et le pourcentage de ces marchés que pèse 600 milliards de dollars.

Ensuite je vous ai indiqué la dilution de chaque dollar sur ce même marché. Car voyez-vous, chaque faux dollar dilue les vrais, puisqu’il est impossible de reconnaître les vrais des faux.

Graphique du quantitative easing des Etats-Unis

Ainsi, vous devez comprendre qu’après QE2 1 $ de PIB américain (ou de dette, c’est approximativement la même chose) ne vaut plus que 0,96 $.

Une autre façon de voir les choses serait de dire que pour acheter le même or, il faut mettre 20% de plus sur la table.

Evidemment, plus le volume initial du marché est gros, plus la dilution est faible. Finalement et curieusement, ce sont les marchés des devises et de l’argent qui devraient être les plus sensibles l’injection de QE2.

Bien entendu, mon raisonnement est extrême (asymptotique, pour les amateurs de mathématiques) puisqu’il considère que TOUT QE2 se dirige sur chaque marché.

Où vont se diriger ces 600 milliards de dollars ?
Les marchés émergents

En fait, il est de notoriété publique que cet argent, avant même qu’il ne soit créé, s’est dirigé vers les marchés émergents. Les pays émergents sont devenus la tarte à la crème des gérants et je ne connais pas une semaine durant laquelle un communiqué de presse triomphant ne m’annonce la création d’un fonds émergent. Nous sommes submergés par les émergents ! Evidemment, à MoneyWeek, nous détestons cela. C’est un signe « bullien » inquiétant.

Les acquisitions en Bourse et autres opérations de « fusacq »
Les marchés adorent, même si les acquisitions, fusions ou rachat d’actions se révèlent stériles pour l’actionnaire. De bonnes entreprises ont accès à des capitaux pas cher. Pour le moment, elles ne s’en servent pas beaucoup. Une bonne raison : leur chiffre d’affaires ne s’envole pas vraiment et la conjoncture économique ne leur semble pas riante (à part, bien sûr, celles qui vendent aux pays émergents). Mais en attendant la reprise, celles qui sont robustes peuvent très bien racheter leurs propres actions ou s’emparer d’une concurrente, ce qui poussera à la hausse le prix des actions ! On pensera que la Fed a obtenu ce qu’elle voulait : une illusion de richesse.

Les marchés des matières premières
Nous n’avons pas le monopole de l’arithmétique. Des dollars créés sont de la fausse monnaie. Les marchés le savent et le prix du pétrole (la mère de toutes les matières premières) monte alors que l’activité ne le justifie pas.

La meilleure protection contre la fausse monnaie, ce sont les actifs tangibles et indispensables.

L’or et l’argent
Même bestial raisonnement que celui que vous venez de lire, vous supprimez juste « indispensables » et vous remplacez par « capables de stocker de la valeur »…

Pourquoi QE2 échouera
Nous croyons que QE2 échouera… enfin, sur le plan économique : il y aura toujours du chômage, un immobilier déprimé ; mais de nombreux intermédiaires vont gagner de l’argent.

QE2 échouera car QE1 a échoué. Avec QE1, les Etats-Unis ont voulu acheter à crédit pour plus de 1 200 milliards de dollars de la croissance. Ils ont obtenu un pitoyable rebond. QE1 n’a pas marché, mais la plupart des gens y croyaient, y compris nos chers pays émergents qui, eux aussi, ont mis le paquet.

QE2 exaspère les pays émergents car il les confronte à l’inflation née de la dévalorisation du dollar. Là nous entrons dans une autre phase de la crise. La Chine sait que si elle ne maîtrise pas son inflation il y aura des émeutes. Dans les pays émergents, l’alimentation représente encore une trop grande part du budget des ménages. Il n’y a pas de calcul d’indice des prix pour esprits purs (hors alimentation, énergie, logement). Il n’y a pas encore de filet social.

QE2 échouera, car contrairement à ce qui s’était passé lors du QE1, le rendement des obligations à long terme monte. L’annonce de QE2 a raté son but. Les acheteurs ne croient pas que les taux pourront être contenus, ils pensent que les prix vont déraper AVANT que la croissance tant espérée par la Fed soit là.

Ce qui prendra une claque
Les actifs des pays émergents d’abord, puis les matières premières trop soufflées par la spéculation. Même l’or et l’argent, au début. Au début seulement, car la situation sera tellement dramatique que l’inflation que voulait la Fed ne viendra jamais. Il y aura seulement une dépression avec une défiance de la monnaie qui pourrait conduire à… l’hyperinflation.


Photo : Jeff Kubina – Flickr

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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