Tesla mérite-t-il votre investissement ?

Rédigé le 20 juillet 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Si je vous dis avenir et automobile, quels noms d’entreprises vous viennent à l’esprit ? Probablement Tesla pour sa voiture 100% électrique, Google pour son projet de voiture autonome, ou Apple si vous pensez, comme de nombreux analystes, que le californien travaille en secret sur un véhicule maison.

Ces sociétés américaines ont réussi à se placer dans l’opinion publique comme des faiseurs de tendances incontestables.

Dans cette Quotidienne, nous allons prendre un peu de recul par rapport à ce consensus médiatique et vérifier si Tesla est un bon investissement pour qui veut se positionner sur ce secteur.

Tesla, la start-up de l’automobile

Inutile de vous présenter Tesla, le constructeur américain de voitures totalement électriques. Avec son fameux Roadster, sorti en 2009, la firme d’Elon Musk a dépoussiéré l’image du véhicule électrique.

Tesla Roadster Tesla Roadster Source: Wikipedia

Fini l’image de bon père de famille soucieux de l’environnement qu’avait apportée la Toyota Prius : la caractéristique première du Tesla Roadster était de passer de 0 à 100 km/h en 3,7 secondes.

Les modèles suivants, Model S et Model X, ont démocratisé la marque en s’attaquant au marché des voitures familiales.

Tesla Model X Tesla Model X Source : www.tesla.com

Tesla est l’archétype de la start-up californienne. Ses produits sont à la pointe de la technologie, bourrés d’électronique et de services pour rendre leur utilisation la plus agréable possible.

Sa communication frôle la perfection, et la société a su se créer une communauté de fans digne de celle d’Apple.

Un exemple ? Lors de l’annonce de son futur véhicule, le Model 3, des pré-commandes ont été proposées au grand public. Bilan : plus de 300 000 véhicules ont été réservés en moins d’une semaine, soit un chiffre d’affaires potentiel de 10 milliards de dollars !

Fragilité industrielle et financière

Revers de la médaille : la société est particulièrement fragile sur le plan financier et industriel.

Côté industriel tout d’abord : les chaînes de production des Roadster, Model S et Model X fonctionnent à flux tendu. Les clients attendent de longs mois leur véhicule après avoir passé commande.

Autre point de vigilance : les évolutions sont quasi-permanentes sur ces modèles. Si recevoir régulièrement des mises à jour a un côté ludique pour les clients technophiles, cela n’est toutefois pas un gage de maturité du produit.

Un pilote pas si automatique que cela

La fonction de pilote automatique a beaucoup fait parler d’elle ces dernières semaines. Proposée comme une option pour les Model S, elle permet de confier à la voiture le respect des distances de sécurité en lui laissant la main sur l’accélération et le freinage.

Si le pilote automatique a été conçu pour être une simple aide à la conduite, les utilisateurs ont progressivement pris confiance en lui.

En juin, le premier accident fatal impliquant une voiture Tesla avec le pilote automatique activé a eu lieu. La presse spécialisée regorge d’articles discutant des responsabilités respectives des deux conducteurs impliqués et du constructeur.

Sans entrer dans ce débat (la justice américaine s’est déjà saisie du dossier et tranchera), cet accident est symptomatique des limites du modèle start-up appliqué à l’automobile. Les voitures Tesla ne sont en aucun cas des voitures autonomes. Par rapport aux prototypes de Google, les Tesla n’embarquent qu’un très petit nombre de capteurs et n’ont pas de supercalculateur intégré pour pouvoir rouler en toute autonomie. Le pilote automatique est donc un formidable assistant à la conduite, mais reste un gadget logiciel qui doit être utilisé comme tel. [NDLR : L’émergence de la voiture autonome est au coeur de notre pari sur l’avenir de la voiture de demain. Dans NewTech Insider, Ray Blanco vous a proposé une valeur qui développe des aides à la conduite et des logiciels indispensable à des conduites de plus en plus autonomes.

Dans quelques mois, ces aides à la conduite seront obligatoires pour obtenir les meilleures notations en matière de sécurité aux Etats-Unis. Ray vous propose de prendre cette évolution en amont… et d’investir sur cette valeur qui sait déjà comment rendre votre voiture plus sûre, et plus autonome. Nous gagnons déjà près de 30% sur cette valeuril est plus que temps que vous la mettiez en portefeuille ! ]

En maintenant l’ambiguïté sur les capacités de ses véhicules, Tesla a une part de responsabilité dans la confusion qui règne quant à l’usage de cette fonction.

Dans un récent communiqué de presse, le constructeur a d’ailleurs indiqué qu’il n’avait souscrit à aucune assurance pour couvrir les éventuels dommages liés à l’utilisation du pilote automatique.

Google, qui possède pourtant un véhicule autonome particulièrement fiable, n’a pas osé franchir le pas de la mise en circulation pour ces mêmes questions de responsabilité juridique.

Tesla a pris le parti de laisser les choses se faire d’elles-mêmes en proposant cette fonction à ses clients ; l’avenir dira si cette décision audacieuse, dont sont friandes les start-ups californiennes, était la bonne.

Rien ne garantit aujourd’hui que le constructeur aura la capacité financière d’indemniser les victimes des accidents impliquant son pilote automatique. Même si la responsabilité du constructeur n’est pas retenue pour ces accidents, il reste une épée de Damoclès pécuniaire.

Tesla face au défi de la production

Comme je vous le disais précédemment, les pré-commandes du Model 3 ont été un franc succès. Près de 400 000 véhicules sont aujourd’hui attendus par leur propriétaire d’ici 2017. Tesla devra donc mettre en place un outil industriel adapté. A titre de comparaison, le groupe Peugeot a vendu 1 800 000 voitures en 2015 sur toute la planète.

Faire sortir de terre une usine capable de produire 20% de ce volume en moins d’un an relèvera du miracle industriel.

Jusqu’ici, la culture d’entreprise de Tesla était à l’image de SpaceX : des employés poussés au maximum de leurs capacités avec un rythme de production soutenu. Si ce mode de fonctionnement donne d’excellents résultats pour une start-up, l’expérience californienne des 40 dernières années a montré qu’il est difficile à conserver lorsque l’entreprise grossit.

Une valorisation boursière stratosphérique

Dernier point de vigilance : la valorisation de l’entreprise. La capitalisation boursière de Tesla Motors est de plus de 33 milliards de dollars, soit celles de Peugeot et Renault réunies.

Une valorisation bien élevée pour un constructeur dont le chiffre d’affaires cumulé n’est même pas de 10 milliards de dollars.

Si les véhicules de Tesla sont uniques en leur genre et représentent un dépoussiérage bienvenu dans cette industrie vieillissante, il n’en reste pas moins que l’entreprise est aujourd’hui un investissement risqué.

Les incertitudes sont nombreuses et le marché semble très (voire trop) confiant en l’avenir du constructeur.

L’automobile, j’en suis convaincu, est un secteur qui pourra créer énormément de valeur dans les vingt prochaines années.

Dans la Quotidienne de demain, nous verrons une opportunité d’investissement qui offre un potentiel de gains bien plus important pour un risque modéré.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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