Qui pour faire de l’Hyperloop une réalité ?

Rédigé le 26 septembre 2017 par | A la une, Nouvelles technologies Imprimer

La Quotidienne d’hier a été l’occasion de découvrir l’improbable genèse d’Hyperloop.

Imaginé par le milliardaire technophile Elon Musk, Hyperloop se veut la solution au problème d’engorgement du réseau routier américain.

Dès l’annonce du concept et la publication des spécifications techniques, Elon Musk s’est désengagé de l’aspect opérationnel du projet.

Après quelques années particulièrement calmes durant lesquelles le projet semblait au point mort, certains acteurs ont relevé le défi du transport sous vide. Les premiers prototypes commencent à voir le jour et à effectuer des tests de vitesse.

Qui travaille sur Hyperloop ?

Le moins que l’on puisse dire est que le paysage industriel d’Hyperloop est morcelé. De nombreuses entreprises et groupes travaillent sur différents aspects du projet.

Commençons par SpaceX, que nous connaissons surtout pour ses lanceurs spatiaux réutilisables. La société s’implique en organisant une compétition internationale ouverte aux industries et organismes de recherche qui souhaitent travailler sur le transport par tube.

SpaceX a construit un tronçon de test à Hawthorne (Californie) d’une longueur de 1 500 mètres pour que les autres acteurs puissent tester leurs prototypes. Fidèle au principe d’ouverture qui prime depuis la naissance d’HyperLoop, SpaceX conserve sa neutralité face aux différents concurrents en ouvrant les tests à toutes les capsules existantes.

La pure player la plus ancienne est Hyperloop One (anciennement Hyperloop Technologies). Fondée dès 2014, elle emploie près de 300 salariés. Hyperloop One travaille en parallèle sur le transport de personnes et le fret. Anticipant le succès de sa R&D, la société a d’ores et déjà commencé à travailler sur des lignes aux Etats-Unis, en Suède, Finlande, et aux Pays-Bas. Son objectif est de livrer sa première ligne totalement opérationnelle en 2021.

TransPod, née il y a à peine deux ans, est une start-up canadienne fondée en collaboration avec l’Université de Toronto et Transport Canada. Elle a pour ambition de concurrencer directement les lignes à grande vitesse en Europe, en proposant à terme un coût de déploiement inférieur de 30% à celui des LGV.

De son côté, HyperLoop Transportation Technologies est l’entreprise la plus fidèle au modèle impulsé par Elon Musk. Start-upoblige, HTT s’est initialement financée par crowdfunding fin 2013.

Sa R&D est aujourd’hui assurée en quasi-totalité par des contributions bénévoles, qui travaillent sur le projet soit de manière totalement gratuite, soit en l’échange de promesse de stock-options.

Si cette structuration peut faire sourire, HTT se place sur le papier comme le projet le mieux doté en ressources humaines avec plus de 800 ingénieurs. HTT a signé de nombreux partenariats avec des Etats (Inde, Slovaquie, Abou Dhabi) et prévoit d’ouvrir un centre de recherche à Toulouse.

Quels résultats pour tous ces acteurs ?

SpaceX a organisé deux séries de test sous forme de concours sur son tronçon de démonstration. La dernière s’est achevée il y a quelques jours et nous permet d’avoir une idée plus claire de l’avancement des protagonistes.

Je vous disais que le tronçon de test est ouvert aux entreprises et aux universités. En pratique, les entreprises utilisent leurs propres tronçons et le concours attire surtout les organismes publics.

L’université de Münich s’est illustrée fin août : sa capsule a franchi la barrière symbolique des 200 mph (320 km/h). Elle s’octroie ainsi la première place du podium. La vidéo du parcours peut être visionnée ici – âmes sensibles et épileptiques s’abstenir !

Le mois d’août a également été l’occasion de communiquer pour les acteurs privés. Hyperloop One a annoncé avoir atteint la vitesse de 300 km/h avec sa capsule dans son propre tronçon.

Hyperloop One

La capsule d’Hyperloop One – Crédit : Hyperloop One

Cette performance montre que l’entreprise maîtrise aussi bien le design de capsules que celui des tronçons. Hyperloop One se doit de travailler de front sur ces deux sujets sous peine de ne pouvoir tenir sa promesse de fournir des voies de circulation clé en main aux Etats.

TransPod, elle, brille par son absence de résultats. La société se contente pour l’instant d’annoncer des promesses de coût réduit et des partenariats. L’avenir nous dira si elle arrive à passer la phase de la recherche de financements pour entrer dans celle de la R&D.

Enfin, cette liste ne serait pas complète sans mentionner une entreprise sortie du bois fin août. Il y a quelques jours à peine, Elon Musk a annoncé le test d’une capsule aux couleurs de Tesla.

Hyperloop Tesla

Après avoir laissé ses concurrents et les universités communiquer sur leurs progrès durant l’été, Elon Musk annoncé un nouveau record de vitesse à 355 km/h.

La capsule de Tesla et SpaceX se focalise sur l’aspect propulsion du système : son objectif est d’atteindre les 500 km/h dans les prochains mois.

Du foisonnement de R&D au tissus industriel

Comme vous le voyez, il existe une profusion d’acteurs autour de l’Hyperloop. Les organismes publics jouent leur rôle de recherche fondamentale en faisant avancer l’état de l’art sans avoir nécessairement de velléités commerciales.

De leur côté, les entreprises privées font leur petit bonhomme de chemin. Certaines, très capitalisées, font le pari d’un développement en interne de leur Hyperloop. D’autres s’intègrent un peu plus dans l’écosystème et signent des partenariats à tour de bras.

L’arrivée de Tesla dans la course montre qu’Elon Musk n’a finalement pas l’intention de laisser l’Hyperloop se développer sans lui. Les services de relations presse de SpaceX ont fait de gros efforts de clarification ces derniers mois en demandant à de nombreux journalistes d’amender leurs articles pour rappeler aux lecteurs que SpaceX n’était en aucun cas partenaire des entreprises testant leurs capsules.

L’année dernière, Elon Musk créait The Boring Company, une société ayant pour mission de créer des tunnels routiers pour faciliter le transport entre métropoles californiennes. Au-delà de cet objet social affiché, il n’est pas interdit de faire le parallèle entre toutes ces entreprises.

The Boring Company va être spécialiste des forages sur de longues distances. Tesla a acquis un savoir-faire en gestion énergétique et en véhicules terrestres. SpaceX maîtrise la propulsion dans le vide. Je vous laisse imaginer ce qu’il pourrait advenir si, par le plus grand des hasards, ces trois entreprises venaient à travailler ensemble sur un Hyperloop.

Les annonces de neutralité d’Elon Musk sont par conséquent à prendre avec beaucoup de prudence.

Comment investir dans l’Hyperloop ?

Si, comme beaucoup, vous croyez au potentiel de l’Hyperloop, vous devrez vous armer de patience. HyperLoop Transportation Technologies est passée par la case crowdfunding il y a quatre ans, mais l’opportunité est désormais passée. [NDLR : Prêt à prendre une longueur d’avance sur les marchés actions et les investisseurs en misant sur les entreprises prometteuses de demain ? Nous avons la solution pour vous… A découvrir ici…]

The Boring Company et SpaceX ne sont pas cotées en Bourse, il n’est donc pas possible d’y investir directement. Reste la possibilité de parier sur une arrivée fracassante de Tesla, mais le titre est bien trop cher à mon goût vu la valorisation de ses activités actuelles.

Cette impossibilité d’investissement n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour les investisseurs particuliers. Le monde de l’Hyperloop n’est qu’en phase de validation de la faisabilité technique.

Il est toujours réjouissant de s’extasier devant les records de vitesse des prototypes, mais le chemin vers un déploiement commercial rentable est encore long.

Alors, si comme promis HyperLoop Transportation Technologies mène à bien son IPO (annoncée initialement pour 2015), ne vous jetez pas sur les titres à moins d’être conscient de faire un acte de foi plus que d’investissement.

Comme une biotech lors de ses premiers essais cliniques, nul ne sait si l’Hyperloop peut fonctionner en conditions réelles. Les prototypes de capsules dans des tronçons de test sont comme les résultats obtenus en laboratoire par des biologistes : un premier pas nécessaire, mais insuffisant pour prédire un succès commercial.

Avant d’y investir, nous aurons donc tout le temps de suivre les progrès cette technologie fascinante qui pourrait révolutionner les transports en commun comme l’a fait le train aux débuts de la révolution industrielle.

Hyperloop : le transport terrestre du futur

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Un commentaire pour “Qui pour faire de l’Hyperloop une réalité ?”

  1. Quel titre conseillez vous d ‘acquérir?

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