Tesla contre Ferrari : Une entreprise automobile à laquelle vous ne vous attendiez pas

Rédigé le 24 avril 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous allons adapter une citation bien connue de l’ancien secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld… Il y a des choses sensées. Il y a des choses insensées. Il y a des choses qui vous semblent sensées, mais ne le sont pas. Et il y a bien sûr des choses insensées qui sont en effet insensées mais dont les gens pensent qu’elles sont sensées.

Vous n’avez rien compris ?

Bien. Vous êtes alors dans le même état que nous… mais pour des raisons différentes.

Cette semaine, Tesla (TSLA:NASDAQ) est devenu le premier fabricant automobile des États-Unis. La capitalisation boursière de l’entreprise vient donc de dépasser celles de Ford (F:NYSE) et General Motors (GM:NYSE).

Soyons clair dès le début : Tesla, en tant qu’entreprise, ne me déplaît pas. En fait, je l’aime bien. Elle a obligé de grands constructeurs comme Ford et GM à s’intéresser aux véhicules électriques. Elle est allée plus loin que jamais et a forcé les géants à s’adapter, à évoluer et à rester compétitifs.

C’est une bonne nouvelle pour les consommateurs et pour le monde.

Sans Tesla, GM n’aurait jamais mis la Chevy Bolt sur le marché au moment où elle l’a fait. Si vous n’avez pas encore vu ni entendu parler de la Chevy Bolt, c’est le moment de faire une recherche Google. C’est le VE longue distance « abordable » de GM. La batterie dispose d’une autonomie de 383 km et elle est assez confortable et assez technologique pour faire le bonheur (relatif) de la plupart des natifs des années 2000.

Autre bonne nouvelle : si l’on tient compte des subventions gouvernementales, la Bolt coûte moins de 30 000 $. Ce qui a toujours été le Saint Graal en matière de prix pour les voitures électriques. Même Monsieur Tout-le-Monde peut se permettre de l’acheter.

Plus difficile par contre pour ledit Monsieur Tout-le-Monde de s’acheter une Tesla Modèle S, qui lui ferait débourser plus de 100 000 $…

Oui, j’aime bien Tesla. Mais j’ai du mal à comprendre comment il est possible de trouver quelqu’un pour investir dans cette entreprise actuellement. Ce qu’il y a de perturbant c’est que son volume quotidien est d’environ 5,4 millions d’actions. Soit un volume de transactions de 1,65 milliard de dollars… chaque jour !

C’est étrange, car pour chaque action vendue, quelqu’un achète une action. A l’évidence, c’est ainsi que fonctionnent les marchés.

Selon moi, et pour parler franchement, quiconque achète une action Tesla pour plus de 300 $ n’a pas deux sous de jugeote. Si vous voulez gagner de l’argent dans l’avenir en investissant dans l’automobile, il n’y a qu’une seule option…

Tesla fabrique plus de voitures qu’au moins un autre constructeur automobile…

Il y a beaucoup de choses qui nous inquiètent chez Tesla. Beaucoup.

Pour commencer, pour être le plus grand fabricant automobile aux États-Unis (du moins en terme de capitalisation boursière), il faut sans doute fabriquer beaucoup de véhicules… n’est-ce pas ? Eh bien non.

Au premier trimestre de cette année, Tesla a livré 25 418 véhicules dans le monde, dont 13 450 modèles S, et 11 550 modèles X.

Pendant ce temps-là, les ventes totales de GM pour le premier trimestre rien qu’aux États-Unis étaient de 689 521 unités (avec des ventes à des entreprises et à des particuliers).

Pour faire simple, au premier trimestre de cette année, GM a vendu 27,12 fois plus de véhicules que Tesla rien qu’aux États-Unis.

Et puis…

Au niveau mondial, GM a vendu 10 millions de véhicules en 2016. L’entreprise a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 166,38 milliards de dollars. Si l’on déduit le coût des ventes de 136,33 milliards de dollars, l’entreprise a gagné en moyenne 3 005 $ par véhicule.

Tesla, de son côté, a réalisé grâce à ses voitures un chiffre d’affaires de 5,589 milliards de dollars en 2016. Le coût des ventes était de 4,268 milliards de dollars. Et selon leur rapport annuel de 2016, elle a livré 76 230 véhicules. Soit un gain de 17 329 dollars par voiture.

Il faut aussi ajouter à cela que dans l’ensemble, Tesla a réalisé une perte nette de 674,91 millions de dollars.

Mais le prix moyen de la transaction par Tesla est de 73 319 $. L’entreprise a aussi dépensé 834,4 millions de dollars de R&D sur l’année pour le développement des véhicules à venir.

Par voiture, Tesla gagne nettement plus que GM ou Ford. Nous entendons d’ici les fans crier victoire… mais les « Tesladdicts » feraient mieux de ne pas s’emballer.

Si nous voulons comparer des entreprises similaires, comparer Tesla à Ford ou GM n’est pas le meilleur choix.

Pour commencer, Tesla fabrique deux types de voitures, alors que GM commercialise environ 32 modèles différents rien que sous la marque Chevrolet. Buick en a neuf autres… et je suis déjà fatigué de compter. Sans parler du fait que plusieurs versions sont disponibles pour chaque modèle.

Tesla face à… Ferrari

Ce que j’essaie de dire, c’est qu’il vaut mieux comparer Tesla à une entreprise comme… eh bien comme Ferrari N.V. (RACE:NYSE). En réalité, si vous voulez opposer deux entreprises innovantes et de haute technologie, c’est vers Tesla et Ferrari qu’il faut se pencher.

Et nous pouvons vous garantir une chose : Tesla fabrique chaque année nettement plus de véhicules que Ferrari.

Ferrari a actuellement six modèles, une série spéciale et une supercar en édition limitée. L’entreprise fabrique donc quatre fois plus de modèles que Tesla, mais en 2016, Ferrari n’a livré que 8 014 véhicules.

Ceux-ci lui ont permis de gagner 2,18 milliards d’euros. Leurs recettes totales étaient de 3,105 milliards d’euros, mais ceci inclut la fabrication de moteurs et d’autres éléments.

Le coût des ventes était de 1,515 milliard de dollars (moins 65 millions d’euros de coûts de fabrication de moteurs pour Maserati et d’autres équipes de F1).

Si l’on se penche sur les chiffres par voitures, Ferrari a donc gagné 82 979 euros. En dollars, c’est un peu plus de 88 000. Soit 5,07 fois plus que Tesla. Cela signifie aussi que le prix moyen par voiture était de 272 023 euros (288 493 $).

Ferrari a réalisé un bénéfice global de 400 millions d’euros (421,24 millions de dollars).

Les « Tesladdicts » en restent bouche bée, les « Tifosi » hurlent leur joie ! (Il faut savoir que « Tifosi » est un mot italien qui signifie « fan », mais désigne aussi communément les fans de voitures de course Ferrari…)

Nous pourrions aussi ajouter que Ferrari a investi 613,635 millions d’euros dans la R&D en 2016 (soit 650,8 millions de dollars).

Ce que nous essayons de dire, c’est que si vous êtes un Tesladdict, il est l’heure de faire taire vos émotions et votre stupeur.

Qu’est-ce qui fait vraiment la grandeur d’une entreprise automobile ?

Est-ce le bénéfice qu’elle réalise par voiture ? Si oui, Ferrari gagne, et de loin.

Est-ce les bénéfices que l’entreprise est capable de réaliser au total ? Dans ce cas, GM, Ford et Ferrari dépassent tous Tesla de la tête et des épaules.

Et s’il s’agit de l’innovation, du développement de haute technologie ou d’un design de pointe ? Attendez… Mais oui ! Il semble que la première place du podium soit à nouveau occupée par Ferrari !

Si vous achetez Tesla actuellement, aux prix qui se pratiquent aujourd’hui, c’est un acte de foi. Rien d’autre ne saurait justifier les prix du marché. La capitalisation boursière de l’entreprise, à 51,94 milliards de dollars, est massivement surévaluée.

Alors qu’une entreprise automobile vraiment grande, comme Ferrari, peut aussi être achetée en bourse. Sa capitalisation est de seulement 13,57 milliards de dollars… soit à peine un quart de celle de Tesla.

Ferrari est une entreprise plus innovante. Ses voitures sont plus belles, et sa technologie plus avancée (croyez-le ou non). Elle est mieux gérée, fabrique de meilleurs véhicules, et ses performances sont supérieures. Bien sûr, personne ne peut vraiment se permettre d’en acheter une… mais la même chose est valable pour un Modèle S ou un Modèle X.

Ferrari n’a pas l’intention de mettre sur le marché une Ferrari « abordable », mais cela n’a pas d’importance. Si l’on considère les entreprises automobiles du monde en tant qu’investissement, il n’y en a qu’une à prendre en compte. De notre point de vue, si vous voulez gagner de l’argent à long terme grâce à une entreprise automobile de pointe, c’est chez Ferrari, et non chez Tesla qu’il faut investir. [NDLR : Investir sur l’innovation automobile sans mettre en portefeuille un constructeur mais en profitant de la tendance des véhicules de plus en plus autonomes et de plus en plus intelligents ? C’est possible et c’est ce que vous propose Etienne Henri dans la prochaine recommandation française de NewTech Insider…]

Sam Volkering

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Un commentaire pour “Tesla contre Ferrari : Une entreprise automobile à laquelle vous ne vous attendiez pas”

  1. Bonsoir,

    Petite mise au point: si vous croyez vraiment que Ferrari est plus innovante que Tesla, c’est comme si vous aviez dit au début des années 80 que le fabricant de la meilleur machine à écrire de l’époque était plus innovant qu’ Apple! Je ne sais pas ce vous fumez (ou vous respirer trop de vapeurs d’essence), mais cela doit être très fort! A moins que vous n’ayez de meilleurs arguments que FORBES, bien sûr!
    https://www.forbes.com/innovative-companies/list/#tab:rank

    Quand aux personnes qui continuent à acheter des actions Tesla (pas moi, je n’en ais pas les moyens) à 300 dollars, vous avez raison, ils n’achètent pas les actions d’un énième constructeur automobile (même si ce sont de belles voitures, et rapides avec cela) de niche, non, ils savent qu’ils sont en fait entrain d’acheter des actions d’une compagnie qui va devenir, tout à la fois, la future GM, la future Exxon et la future Apple, et dont l’action va allégrement doublé, ou triplé de valeur dans la prochaine décennie.

    Petite anecdote: le gouverneur de l’État du Nevada vient de faire un voyage en Chine (là où sont produites et vendues le plus de voitures électriques (et de bus et de vélos électriques aussi), là où ils y a le plus grand nombre de fabricants de véhicules électriques, de panneaux solaires et d’éoliennes, et là où GM et les ténors allemands vendent des centaines de milliers de grande cylindrées), pour attirer des entreprises technologiques chinoises a investir au Nevada, ainsi que les plus gros investisseurs chinois. On rappellera au passage que la compagnie Faraday Future (soutenue par LeEco, entreprise du milliardaire chinois Jia Yueting) qui veut construire des voitures concurrentes des Tesla a dut arrêter les travaux de sa future usine au Nevada par manque de capitaux.
    Ainsi, ce gouverneur, qui s’attendait qu’on lui pose des questions sur son Etat, sur les conditions d’investissement la-bas, etc…, s’est vu bombardé de questions, par les investisseurs, les banquiers, les compagnies et les politiques chinois, sur…Tesla! Ils n’avaient que ce mot sur la bouche! Ils voulaient tout savoir sur la compagnie, sur la Gigafactory, si Tesla allait investir sur une gigafactory en Chine, sur les tuiles solaires, les batteries, les futures voitures, bus et camions de Tesla, sur le système de conduite autonome de la marque…
    Je ne sais pas combien Ferrari gaspille en publicité payante chaque année, les autres grands constructeurs allemands et américains, ce sont de milliards par an…Tesla = 0! Et pourtant, ils n’ont que ce nom à la bouche…en Chine!

    Allez, ne vous en faite pas, Ferrari finira un jours par sortir des voitures hybrides plug-in, puis électriques, histoire que leur véhicules fonctionnant au jus de dinosaures puissent allez reposer dans un musée, comme le font les charrettes et carrosses d’antan aujourd’hui.
    Les gamins d’aujourd’hui, des USA, en France, au Portugal, en Chine, n’ont plus de posters de, Corvettes, Ferraris ou de Lamborghinis sur les murs de leur chambre (comme moi j’avais étant gamin), mais des posters de Teslas…

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