Taux US et Bund : la situation risque de basculer

Rédigé le 17 janvier 2018 par | Indices & Actions Imprimer

Avant de nous intéresser au marché obligataire et aux risques qui planent sur lui en ce moment, je vous propose de revenir brièvement sur certains mécanismes et fonctionnement des relations inter-marchés entre actions et obligations.

Les trois problèmes liés à une hausse des rendements

1. Une remontée trop brusque des rendements risque de mener à un krach obligataire. Quand les taux (= les rendements) augmentent, la valeur d’une obligation (le contrat, le titre que vous achetez en réalité) baisse. A l’inverse, quand les taux baissent, le contrat monte.

C’est tout à fait logique, en fait.

Imaginez que vous détenez une obligation à 10 ans qui distribue un coupon de 1,5% par an. Vous l’avez depuis 4 ans, et vous touchez donc annuellement vos 1,5% de rendement.

Mais, depuis, la situation macro a évolué. Désormais, la même obligation à 10 ans, adossée au même émetteur (que ce soit une entreprise ou un pays) est émise et proposée avec un rendement de 3% !! Le double de ce qu’elle vous rapporte !

Ni une ni deux, vous allez vouloir revendre votre ancienne obligation pour en racheter une nouvelle.

Mais qui voudra d’un titre qui ne rapporte que 1,5%, alors que le même risque est désormais disponible avec du 3% de rendement ? Personne… A moins que vous ne bradiez votre ancienne obligation.

Si vous voulez la revendre, au lieu de la vendre 100 (votre prix d’achat à l’époque), vous allez devoir la proposer bien moins cher afin que la décote compense la différence de rendement avec le 3% des nouvelles obligations.

C’est ainsi que se créent des krachs obligataires : quand les rendements montent trop vite d’un coup et que tout le monde veut vendre ses anciennes obligations. Oui, c’est pire que les soldes chez Darty. Les titres obligataires s’effondrent, et là, c’est la catastrophe.

2. Ce phénomène a des conséquences sur la valorisation du portefeuille obligataire des assureurs qui vont devoir mécaniquement constater une dépréciation dans leurs comptes.

Or, vous aussi, voyant votre assurance-vie qui ne rapporte rien, vous aurez envie de souscrire à des titres avec un meilleur rendement.

Mais à un moment, l’assureur ne pourra pas répondre à toutes les demandes de ses assurés ! Et petit rappel : la loi Sapin 2 autorise le gel de votre assurance-vie (pas de retrait possible) pour que l’assureur ne fasse pas faillite (Simone Wapler avait donné plus d’informations sur le sujet ici). Deuxième effet « kiss pas cool ».

3. Enfin, troisième effet kiss kool : si les obligations ne rapportent plus rien (comme c’est le cas depuis la baisse des taux, QE et autres taux zéros mis en place par les banques centrales), vous allez chercher du rendement ailleurs. Par exemple sur les marchés actions…. sur lesquels se déverse donc un flux de capitaux supplémentaires qui aurait autrement été investi sur les marchés obligataires. Résultat : les marchés actions montent.

Cette hausse à marche forcée des actions est qualifiée par certains « d’appétit pour le risque ». Plutôt qu’ « appétit », je préfère le terme « gavage », car comme les obligations ne rapportent plus rien, les gérants n’ont plus de choix… et sont forcés d’acheter des actions.

C’est la situation que nous avons depuis maintenant 8 ans : des marchés actions en hausse forcée parce que l’obligataire ne rapporte plus rien.

Or, vous l’aurez remarqué, l’époque est plutôt au relèvement des taux et à la réduction des politiques monétaires (Fed/BCE). L’exercice va donc être très difficile, car les banques centrales veulent absolument éviter le krach obligataire, qui mettrait banques et assureurs à genoux (ou à plat).

Sauf qu’à la moindre tension sur les taux, les choses peuvent déraper rapidement, tant sur le marché obligataire que sur les actions. Les capitaux retourneraient alors massivement sur l’obligataire, car étant donné le niveau délirant des PER des actions, les institutionnels seraient trop contents de se débarrasser d’actifs aussi risqués.

Je vous ai donc préparé quelques graphiques afin d’identifier des niveaux clés que vous devrez surveiller. Ces niveaux doivent être votre sonnette d’alarme s’ils sont touchés.

En fait, j’ai sélectionné trois segments qui menacent de casser des supports. Les taux à 30 ans et à 10 ans pour les US et le l’EuroBund (à 10 ans) pour l’Europe puisque c’est de loin le marché le plus important en ce qui concerne notre zone.

Un graphe permet de bien cerner la situation.

Le 30 ans et le 10 ans US malmènent leur support de long terme

Le canal haussier débute lors de la mise en place des programmes « accommodants » de politique monétaire (QE, etc.). Actuellement, le 30 ans est revenu au contact d’un double support constitué d’une part par le support oblique de ce canal ET par le support graphique horizontal « S » de la zones des 105 $.

Sur le 30 ans, si l’on casse le canal vert et le support « S », les marchés actions et obligataires retrouveront un peu de leur liberté par rapport à la contrainte qu’impose la Fed, comme nous l’avons vu.

Ce support est donc un niveau à surveiller comme le lait sur le feu car les obligations pourraient redevenir progressivement plus intéressantes au détriment des actions.

Taux US à 30 ans

Même constat sur le 10 ans UturS. Mais la maité étant plus courte, la situation est déjà plus avancée.

L’impulsion de la Fed suite à la crise des subprime correspond au début du segment oblique vert. Ce support avait permis nombre de rebonds (petites flèches vertes) mais il a été cassé, a fait un pull-back (flèche rouge) avant de retomber sur un niveau-clé formé par le support horizontal « S » dans la zone des 122/123 $.

Interprétation ? Le support « S » tient les cours depuis 2013. En cas de cassure, ce sera une alerte supplémentaire. Ce sera LE niveaux auquel je prêterai attention en priorité.

Taux US à 10 ans

Du côté européen, le Bund arrive sur un triple support

Regardez le graphique. Nous avons :

Les trois supports se regroupe sur les cours actuels alors que justement la BCE annonçait réfléchir à remonter les taux ! Aïe…

Eurobund

La cassure de ce support confirmera la sortie de la tendance initiée en 2008/2009 !

Dites-vous que ces trois graphiques sont vraiment importants pour anticiper les prochains mouvements de capitaux et donc la tendance des marchés actions dans les semaines à venir. Vous avez compris que si ces supports étaient cassés, alors les marchés actions américains comme européens risqueraient de se dégonfler très vite ; ne vous endormez donc pas dans la hausse !

Mais je ferai le point régulièrement pour vous alerter.

Gilles Leclerc

« Première parution dans La Bourse Au Quotidien le 15 janvier 2018 »

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La Rédaction
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