ADN – La Quotidienne de la Croissance http://quotidienne-agora.fr Investir sur la croissance Fri, 15 Dec 2017 10:30:24 +0000 fr-FR hourly 1 Test génétique : 23andme… et vous http://quotidienne-agora.fr/test-genetique-23andme/ http://quotidienne-agora.fr/test-genetique-23andme/#respond Thu, 08 Jun 2017 10:41:17 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=69776 23andme

En avril dernier, la FDA, l'agence américaine chargée d'autoriser la commercialisation de médicaments aux États-Unis, a pris une décision lourde de conséquences : elle a autorisé la société américaine 23andme à commercialiser des tests génétiques permettant d'identifier si vous êtes génétiquement plus susceptible que la moyenne de développer une dizaine de maladies dont celle de Parkinson, d'Alzheimer, la maladie cœliaque (intolérance au gluten), l'hémochromatose génétique (la maladie génétique la plus courante en Occident) ou encore de la maladie de Gaucher de type 1.

Si vous êtes un lecteur de longue date de La Quotidienne, 23andme ne doit pas vous être inconnue. La société s'est fait connaître du grand public en commercialisant des tests génétiques afin de déterminer l'origine de vos ancêtres à partir de votre patrimoine génétique. Pour 99 $ et le sacrifice d'un peu de salive, vous pouvez savoir si vos ancêtres viennent plutôt du Nord de l'Europe, du Moyen-Orient, d'Afrique, etc. Ou même si vous avez un petit peu d'ADN de Neandertal en vous.

Ces tests ont rencontré un grand succès aux États-Unis, terre d'immigration (du moins jusqu'à récemment) s'il en est.

23andme veut lire votre ADN... et votre santé

Les ambitions de 23andme ne s'arrêtent pas à ces tests. Pour s'en douter, il suffit de jeter un oeil aux principaux investisseurs du groupe parmi lesquels vous identifierez tout de suite Google. Google qui mise depuis plusieurs années sur la génétique afin de développer non seulement de nouveaux traitements mais aussi d'exploiter notre ADN, peut-être la plus précieuse de nos données.

Le groupe a ainsi injecté 3,9 millions de dollars dans 23andme. Parmi les autres grands actionnaires, on retrouve aussi une des biotech les plus emblématiques, Genentech, mais aussi Illumina, le spécialiste du séquençage génétique et la société qui est parvenue à faire tomber le coût d'un séquençage complet en dessous de 1 000 $.

Cet intérêt est en grande partie motivé par l'autre projet de 23andme, celui des tests destinés à en savoir plus sur vos risques génétiques. Si pour quelques dizaines de dollars vous pouviez découvrir si vous êtes génétiquement plus susceptible d'être touché par une maladie aussi effrayante qu'Alzheimer, ne seriez-vous pas tenté de faire un test ?

Les tests proposés par 23andme sont des tests "simples", qui n'analysent pas le génome mais ne font que repérer des marqueurs génétiques. En clair, ils ne sont pas forcément complètement fiables et surtout ne peuvent être exhaustifs. D'autant plus que, comme vous le savez, nos gènes ne sont pas les seuls responsables de nos maladies. Les facteurs extérieurs jouent aussi une part énorme dans leur déclenchement.

Le processus de test est très simple. Il vous suffit de prélever un peu de salive grâce au kit envoyé par la société, puis de le renvoyer pour analyse. Quelques semaines plus tard, vous pouvez vous connecter à votre espace personnel (sécurisé) et découvrir les résultats.

Le premier avantage est donc évident : il permet d'obtenir une information génétique plus rapidement et pour beaucoup moins cher qu'en passant par la voie médicale classique. Alors que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir en savoir toujours plus sur nous-même, l'ADN n'échappe pas à la règle.

Les tests génétiques grand-public tels que ceux commercialisés par 23andme peuvent donc servir d'indicateurs. Ils peuvent vous indiquer que vous êtes génétiquement prédisposé à une maladie et ainsi vous inciter à réduire les facteurs de risques extérieurs (en changeant votre mode de vie, d'alimentation, etc.).

Ils pourraient aussi, à terme, permettre à de futurs parents de s'assurer qu'ils ne sont pas porteurs de gènes à risque. Cela peut être particulièrement utile dans les cas où l'un des potentiels géniteurs a dans sa famille des maladies génétiques graves. Autant savoir à l'avance si l'enfant à venir risque d'en être porteur. Le développement des thérapies géniques – et les promesses d'outils comme CRISPR – pourraient permettre par exemple de réparer l'ADN de l'embryon très tôt dans la gestation. Voire même de réparer ovule et spermatozoïde. On parle là de possibilités, mais qui pourraient devenir des réalités dans quelques années.

Enfin, ces tests vont certainement nous permettre d'anticiper, et en particulier financièrement. Si vous savez que vous avez plus de risques de développer une maladie neurodégénérative, vous pouvez par exemple prendre une meilleure mutuelle (si vous êtes français) ou assurance maladie (si vous êtes américain) afin d'être le mieux couvert possible en cas de déclenchement de la maladie. Une anticipation qui risque de devenir de plus en plus nécessaire alors que les États affichent presque tous la même tendance à réduire la couverture sociale.

Malgré leur intérêt, le développement de ce marché et de ces tests ne se fait cependant pas sans heurts – et sans questions. 23andme en est la parfaite illustration.

L'auto-test génétique face à ses limites

Les ambitions de 23andme avaient été stoppées net en 2013, avec l'interdiction par la FDA de la commercialisation de ses tests génétiques sur les maladies. Les raisons avancées étaient essentiellement techniques : la FDA avait de sérieux doutes sur la fiabilité de ces tests. Évidemment, se voir, faussement, détecter une prédisposition à développer une maladie neurodégénérative n'est pas anodin.

Après une nouvelle phase d'essais, en 2015, la FDA a autorisé la commercialisation par 23andme d'un test permettant de déterminer si vous êtes porteur de la mutation génétique responsable de la mucoviscidose. Entre temps, 23andme s'était implanté dans des pays à la législation plus souple sur les

Cette autorisation avait été un premier pas pour la société, une nouvelle porte d'entrée sur le marché des tests génétiques personnels. En effet, ce test n'était pas destiné à confirmer le diagnostic de la maladie mais à déterminer si un individu est porteur d'une copie mutée du gène CFTR sur le chromosome 7. Que l'un des gènes – comme vous le savez, ceux-ci fonctionnent par paire – soit porteur de la mutation n'a pas de conséquence. Par contre, il peut en avoir sur ses enfants si l'autre géniteur est lui aussi porteur de cette mutation.

Avec l'autorisation d'avril dernier, 23andme passe à la vitesse supérieure : déterminer la probabilité que vous – et non pas uniquement votre descendance – développe une maladie.

Et c'est ce point qui a soulevé certaines polémiques. 23andme va en effet commercialiser un premier test permettant de détecter les risques d'une petite dizaine de maladies. Pour 199 $, vous pourrez donc en savoir plus sur vos ancêtres et si vous devez, en plus, faire attention au gluten.

Les tests sur les maladies d'Alzheimer et de Parkinson seront commercialisés à part. Dans le cas de la maladie d'Alzheimer, les équipes de 23andme repéreront à partir de l'ADN extrait de votre salive si vous êtes porteur d'une variante génétique appelée ApoE4. Si vous possédez une copie de ce gène, pas de chance, vous avez trois fois plus de risques de développer la maladie. Si vos deux gènes sont porteurs de la variation, vous avez 15 fois plus de risques. Évidemment, cela ne signifie pas que vous développerez forcément la maladie, mais cette variante implique un risque très sensiblement accru.

Encore faut-il savoir interpréter, relativiser, comprendre ces résultats. 23andme court-circuite le fonctionnement normal du dépistage génétique. Cela rend effectivement les tests plus accessibles, en particulier en termes de coût financier, mais cela élimine aussi la relation médecin-patient. C'est un choix. Reste à savoir si vous avez envie d'apprendre ainsi quels risques médicaux pèsent sur votre santé, et votre avenir.

Comment protéger la sécurité et l'utilisation de notre ADN ?

Le développement des tests génétiques personnalisés par des sociétés privées pose d'autres questions que nous avons déjà largement abordées dans la Quotidienne : celle de leur sécurité et de leur utilisation. La multiplication des cyber-attaques ces dernières années a rappelé qu'aucune donnée – même les plus sensibles – n'était complètement à l'abri. C'est la raison pour laquelle le secteur de la cybersécurité est en ce moment en plein effervescence, cherchant à développer des protections de plus en plus efficaces contre ces intrusions. Nous en avons déjà longuement parlé dans ces lignes et, comme vous le savez, c'est un des thèmes d'investissement préférés de Ray Blanco dans NewTech Insider.
[NDLR : Une des valeurs cybersécurité recommandée par Ray s'envole après d'excellents résultats trimestriels : il est encore temps de l'acheter, mais ne tardez pas trop, la tendance est clairement haussière. A retrouver rapidement dans NewTech Insider]

L'autre grande question est celle de l'utilisation de ces données par 23andme... ou par d'autres sociétés. Les données génétiques sont précieuses et les projets de grands groupes comme Google les concernant ne cessent de se multiplier.

Les objectifs affichés peuvent être d'utilité incontestable (avancer dans la compréhension et la lutte contre les maladies, en particulier génétiques) ou d'utilisation plus douteuse. Les données génétiques sont des informations comme les autres, qui s'échangent et se monnaient. Nul doute, par exemple, que les compagnies d'assurance seraient ravies de savoir que vous avez quatre fois plus de risque qu'un autre de développer la maladie de Parkinson, ou un cancer...

D'autant plus que, comme je vous le disais, nombre d'utilisateurs d'auto-tests génétiques pourraient être tentés de souscrire très en amont des assurances pour se protéger en cas de maladie. Pour les assurances, le poids financier supplémentaire serait non négligeable.

Pour le moment, ce genre de pratique (l'utilisation des données génétiques par les assurances) est interdit, mais la loi américaine est en train de changer, autorisant par exemple, les entreprises et les assurances à accéder à certaines données médicales. Là encore, c'est une petite ouverture de porte, mais une ouverture de porte à surveiller si vous ne souhaitez pas, un jour, que votre crédit immobilier – ou un emploi – vous soit refusé parce que vous avez plus de risque de développer telle ou telle maladie.

 

Cet article Test génétique : 23andme… et vous est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/test-genetique-23andme/feed/ 0
Notre conversation avec l’homme qui a aidé à développer CRISPR http://quotidienne-agora.fr/homme-developper-crispr/ http://quotidienne-agora.fr/homme-developper-crispr/#respond Wed, 29 Mar 2017 09:25:05 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=69282 CRISPR

Nous avons publié lundi la première partie de notre entretien avec George Church, professeur de génétique à l'école de médecine de Harvard. Il est l'un des acteurs du développement de la technologie CRISPR, qui est sans doute la découverte la plus importante dans le domaine des biotechnologies dans ce siècle.

En avril, des scientifiques chinois ont annoncé avoir édité les gènes d'embryons non-viables. En novembre, des chercheurs britanniques ont dit avoir réussi à traiter une fillette d'un an atteinte de leucémie en utilisant des lymphocytes T modifiés génétiquement. Selon vous, ces nouvelles vont-elles dans le bon sens ?

Vous parlez de deux choses différentes. [Pour ce qui est de] l'édition des lymphocytes T, l'édition peut servir à traiter des patients atteints du SIDA, de leucémies ou de divers cancers. On peut faire en sorte que les lymphocytes T injectés semblent moins étrangers pour limiter les rejets et leur permettre de faire leur travail : tuer le cancer.

Je pense que c'est sans doute une assez bonne nouvelle. Des vies peuvent être sauvées. Mais il faut attendre le feu-vert de la FDA, comme pour tous les autres traitements.

En somme, il faut faire preuve du même niveau de précaution que d'habitude. Il n'est pas nécessaire de faire passer de nouvelle loi. Il suffit de s'assurer que les traitements contre la leucémie sont testés. Il ne faut pas se précipiter.

Pour ce qui est des travaux chinois, beaucoup s'interrogent sur leur légalité. Ils sont parfaitement légaux dans la plupart des pays du monde, notamment aux Etats-Unis ou en Angleterre. Ils n'ont rien fait qui sorte de l'ordinaire. Ils ont utilisé des embryons triploïdes, qui sont pour ainsi dire un déchet de la médecine reproductive, mais ils auraient pu utiliser des embryons diploïdes. Il n'est cependant pas légal d'appliquer une nouvelle technologie médicale dans la population générale sans autorisation du gouvernement.

On décrit parfois la Chine comme ayant des réglementations très tolérantes, peu strictes. Ce n'est pas le cas. Les réglementations chinoises ne sont pas floues. Je ne comprends pas comment les gens peuvent s'imaginer le contraire. Ils ont mis fin à toutes les recherches génétiques dans le pays entier en un claquement de doigts, ce qui serait quasi-impossible dans d'autres pays. Cela concerne l'analyse génétique, et pas seulement la thérapie génique. La Chine est tout sauf un Etat laxiste.

Votre question est de savoir si l'on va dans le bon sens. Là encore, il faut se demander spécifiquement : qu'essayons-nous de guérir ? On peut penser que les chercheurs souhaitent traiter ou, mieux encore, prévenir nombre de maladies dont nous avons parlé.

Nous l'avons dit : la modification des spermatozoïdes pour lutter contre la maladie de Tay-Sachs, qui tue des enfants de quatre ans et peut provoquer des dommages psychologiques considérables dans les familles touchées, semble être une bonne méthode pour diminuer le nombre d'interruptions médicales de grossesse et améliorer la santé des enfants.

Vous avez parlé plus tôt de la controverse concernant le développement de la technologie CRISPR-Cas9 : qui y est parvenu en premier ? Vous avez contribué de manière significative à ce développement, mais vous n'êtes pas le nom le plus souvent cité. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Mon groupe a obtenu un certain nombre de brevets sur la technologie CRISPR. Nous avons été l'une des trois premières équipes en position. Je suis content que nous ne soyons pas impliqués dans le litige. Personne ne remet nos brevets en question, ce qui pourrait vouloir dire que notre valeur ajoutée est reconnue et unique.

Deux autres groupes sont impliqués : celui de Jennifer Doudna, et celui de Feng Zhang. Jennifer a trouvé un moyen de découper l'ADN et apporté des preuves dans un système sans cellules, avant d'émettre une hypothèse quant au fonctionnement possible dans les cellules humaines.

Ensuite, notre groupe et celui de Feng Zhang ont montré comment utiliser cette technique pour une édition génomique précise, c'est à dire comment procéder à des recombinaisons homologues. Au final, veut-on récompenser un protocole prophétique mais qui n'a pas été mené à son terme, ou le protocole en tant que tel, qui aboutit à une édition génomique précise ?

Au moment de la publication de tous les articles concernés, en janvier 2013 – tous les groupes ont publié le même mois – un seul groupe avait été en mesure d'effectuer des recombinaisons homologues sur des cellules souches humaines : le nôtre. Et un seul groupe avait l'ARN guide qui s'est avéré être celui utilisé par tous : le nôtre.

Le groupe de Feng Zhang avait effectué des recombinaisons homologues et de l'édition génomique précise sur les cellules humaines, mais n'avait pas encore modifié de cellules souches, ni développé le bon ARN guide.

Le groupe de Jennifer n'a fait que des découpes, sans recombinaison homologues, et n'avait pas le premier ARN guide, je le répète. C'est ce qui a été prouvé publiquement à l'époque.

Dans la plupart des domaines, de nombreuses inventions sont nécessaires à la pratique – la pratique dans des conditions réelles. Ce domaine-ci ne fera sans doute pas exception. Nous avons déjà obtenu certains [brevets] qui ne sont pas contestés, ceux-ci seront précieux.

Pour faire un téléphone mobile, il faut des milliers de brevets. Ce brevet [CRISPR] attire tous les regards, mais je ne pense pas que son impact financier sera énorme. Il se pourrait que je me trompe.

Les trois entreprises qui se sont lancées dans la thérapie génique sont toutes basées à Cambridge (dans le Massachussetts), et elles n'interfèrent pas vraiment les unes avec les autres. La question est entièrement académique et ne fait que diviser différentes universités.

Il y a d'autres entreprises qui fournissent des outils, et des entreprises qui fournissent des greffes, comme eGenesis ; aucune d'entre elles ne semble s'inquiéter particulièrement de cette tempête dans un verre d'eau.

Les différentes universités sont donc à la lutte pour une question de prestige ?

Non, je pense que c'est inexact. Le bureau des brevets a effectué une procédure formelle. Les universités lui répondent.

Ce ne sont pas des universités, ni des gens, qui se traînent mutuellement en justice : le bureau des brevets dit simplement : je vois qu'il y a des interférences, deux articles ont été publiés à peu près en même temps. L'un, plus prédictif, était un peu en avance sur l'autre, qui était le premier à mettre la technologie en pratique. Nous allons devoir prendre une décision... Je pense qu'au final, chaque groupe obtiendra un brevet, et des droits.

Il y a souvent de petits conflits pour déterminer qui a eu l'idée en premier. L'un dit "j'y ai pensé, mais je ne l'ai pas fait", l'autre "je l'ai fait, et j'ai dû affiner la technique pour que le tout fonctionne." Au final, les deux seront récompensés dans une certaine mesure.

Actuellement, la question est de savoir qui a déposé le brevet en premier. C'est ainsi que les choses se déroulent dans le reste du monde, et ce depuis un certain nombre d'années... les Etats-Unis ont rattrapé les autres pays à peu près au moment de la publication des articles.

Vous dites que les bénéfices financiers seront minimes pour les différents groupes ?

Je pense que le secteur connaîtra une croissance exceptionnelle. Beaucoup de richesse sera créée par ces petites entreprises de Cambridge. Mais je ne pense pas qu'elles se mettent mutuellement des bâtons dans les roues. Pour l'instant, pour autant que nous sachions, elles ne travaillent pas sur les mêmes thèmes.

Le véritable objectif d'un brevet, c'est d'obtenir un monopole limité sur le ou les produits que vous fabriquez. Je ne pense pas que ces différents candidats fabriquent le même produit. Même si elles créent des milliards de dollars de valeur, si chacune des trois entreprises met au point une dizaine de produits différents et qu'aucun de ces produits ne fait double-emploi avec un autre, il n'y aura pas de procès, peu importe les brevets obtenus ou non.

Avez-vous d'autres projets en cours au laboratoire Church ? Il me semble que vous cherchez aussi à prolonger la vie humaine ?

Oui... enfin l'idée est plutôt de renverser le processus du vieillissement. Le problème est d'obtenir une autorisation de la FDA pour cette idée d'un prolongement de la vie. Si vous souhaitez pouvoir écrire, sur l'emballage de votre traitement "prolonge la vie de 20 ans", il faudra effectuer une étude sur 20 ans. Par contre, il est possible d'obtenir des preuves de la réversibilité du vieillissement sur des animaux puis sur des humains en quelques semaines – en prouvant une amélioration du tonus musculaire, du temps de réaction, de la cognition etc.

Les exemples de rajeunissement ne sont pas rares dans des expérimentations animales, avec des résultats assez convaincants. Il en existe sans doute d'autres que je ne connais pas. Nous choisissons d'utiliser la thérapie génique parce que c'est une méthode dont l'efficacité-coût est supérieure entre l'idée et le traitement. Si vous avez une idée et que vous savez quels sont les gènes impliqués, vous pouvez développer un traitement. Les essais précliniques sont en cours sur les animaux pour des dizaines d'entre eux.

Vous expliquez que le vieillissement humain est l'une des premières causes de maladies. Etant donné que votre principal objectif est de lutter contre la maladie, lutter contre le vieillissement est une manière facile d'y parvenir.

Oui. Dans les pays industrialisés, environ 90% des gens meurent de maladies qui n'affectent pas les moins de 20 ans.

Dans les pays en développement, le problème est légèrement différent : les gene drives pourraient y être utiles pour lutter contre le paludisme et d'autres grandes maladies. Mais au-delà des différences régionales, le monde dans son ensemble est en train de s'industrialiser : il y a donc de plus en plus de gens qui meurent de maladies liées au vieillissement.

Avant de mourir et après leur retraite, ces personnes consomment des quantités immenses de ressources, ce qui pourrait devenir un poids énorme pour une population mondiale qui, en moyenne, vieillit.

Y a-t-il d'autres projets en cours au Church Lab dont nous devrions être au courant ?

Historiquement, nous sommes aussi acteurs d'une autre révolution : celle qui consiste à déchiffrer l'ADN. Ce que les gens oublient parfois, c'est que tous ces traitements –génétiques et autres –dépendent de plus en plus de notre capacité à déchiffrer nos génomes.

Les plus optimistes affirmaient que cette révolution allait prendre entre six décennies et six siècles. En réalité, cela n'a pris que six ans. Comme l'évolution du CRISPR, qui est aujourd'hui en marche depuis trois ans, la nouvelle génération du séquençage génétique, une autre révolution, a pris environ six ans : mon entreprise vient de l'annoncer, il faut aujourd'hui 199 $ pour une analyse complète du génome et un conseil génétique, contre trois milliards de dollars au départ. Il ne s'agit pas de données brutes, mais bien de leur interprétation.

Les choses continueront probablement sur cette voie, et cette technologie s'appliquera sans doute à la connaissance de l'environnement, des virus, et des organismes vivants. Nous ne savons pas si une toux ou un éternuement donné est hautement pathogène ou complètement non-pathogène. Cette révolution analytique pourrait être aussi importante, voire plus importante que les usages thérapeutiques dont nous sommes en train de parler.

Un article a été publié dans The Economist à votre sujet en 2014 : il avait pour titre "Bienvenue dans mon génome". Vous aviez rendu votre génome public, et vous permettiez à tout un chacun d'aller y farfouiller... Comment se passe le projet, et avez-vous pu convaincre beaucoup de personnes de faire preuve d'autant de générosité ?

Beaucoup de nos projets visent à fournir une feuille de route. Peu importe qui est couvert de gloire, qui obtient les financements. Nous voulons simplement montrer ce qui est possible. Depuis 10 ans maintenant, nous luttons pour défendre cette idée de partage des données – non seulement avec les personnes qui ont donné leur temps et leur dossier médical en tant que patient, mais aussi avec le monde entier.

Si toute la population mondiale avait son génome dans un coffre à la maison, personne n'en bénéficierait. L'idée de partager ces informations semblait étrange il y a 10 ans, mais elle est aujourd'hui d'utilité générale.

Quel que soit l'état d'avancement du Personal Genome Project en lui-même (il s'est aujourd'hui étendu au monde entier, et à de nombreux pays comme le Canada, l'Angleterre, la Corée, l'Autriche etc.), ce qui compte ce sont les conséquences qu'il a eues sur la recherche médicale dans son ensemble : le partage est aujourd'hui devenu la norme, alors qu'il était jusque-là l'exception.

C'est extrêmement important, car c'est ce qui nous permettra de déterminer les connexions entre les gènes, les environnements et les traits, ce qui nous aidera à obtenir une meilleure médecine préventive pour tous. Plutôt que d'attendre et de réagir en cas de métastase, par exemple, nous allons trouver de plus en plus de méthodes permettant d'éviter entièrement le développement du cancer.

La plupart des gens ne meurent pas du cancer. Nous aimerions faire en sorte que plus personne ne développe jamais de cancer plutôt que de dire aux personnes affectées "nous avons un traitement qui coûte plusieurs milliers de dollars et qui sera capable de prolonger votre vie dans des conditions terribles pendant deux ou trois mois supplémentaires." C'est pourtant sur ce genre de traitements que la plupart des recherches oncologiques se concentrent, et que la plupart des fonds sont investis. Nous devons nous pencher sur les corrélations et sur les causes dans la population.

Vous êtes fondateur ou co-fondateur de nombreuses entreprises. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Il y en a environ neuf qui seront lancées cette année et 12 (selon leurs performances) qui en sont à la phase de l'incubateur. Nous avons un excellent incubateur à Harvard, le Wyss Institute for Biologically Inspired Engineering. Il aide à prendre un bon départ sans trop avoir à s'inquiéter du soutien financier. Il est possible de tester des idées, et puis de se lancer dans le calme.

Parmi les entreprises entièrement lancées, on compte Warp Drive Bio, qui fabrique des produits chimiques à petites molécules qui ont évolué dans la nature, dans la guerre entre les bactéries et les champignons, mais peuvent être utilisés pour lutter contre diverses maladies humaines.

Editas vient d'entrer en Bourse – elle fournit des traitements utilisant l'édition génomique pour toute une gamme de maladies humaines, infectieuses ou héréditaires.

Etes-vous également co-fondateur d'Editas ?

Oui. Jennifer Doudna et moi-même tentions de cofonder une entreprise d'édition génomique. Nous avons recruté trois cofondateurs supplémentaires. J'ai aussi travaillé avec elle sur Caribou, qui a ensuite cofondé Intelia, qui est la deuxième des trois entreprises basées à Cambridge.

Avez-vous des intérêts financiers dans ces entreprises ?

Oui, chez Intelia, Editas et Warp Drive Bio... en réalité, dans toutes les entreprises que j'ai fondées. Je prends beaucoup de précautions pour être transparent en matière de conflits d'intérêt : tout est dit clairement sur mon site web, dans mes discours et dans mes articles.

Il semble que la technologie génétique pourrait être un avantage immense pour l'humanité. Ce que je retire de notre conversation aujourd'hui est que nous devons faire preuve de prudence, mais en tirer le maximum. Dans l'ensemble, c'est un progrès.

Oui. Je ne pense pas que nous devrions assouplir nos protocoles pour les tests de sécurité et d'efficacité, mais je suis d'accord avec tout ce que vous avez dit. Faire preuve de prudence, comme nous l'avons toujours ou presque toujours fait, et nous concentrer sur la prévention si possible, parce que c'est vraiment là que l'impact peut être le plus important.
[NDLR : Le potentiel de l'édition génomique vous attend... dans NewTech Insider. Dans cette lettre d'investissement dédiée aux nouvelles technologies, Ray Blanco a sélectionné une biotech qui a développé une technologie unique d'édition génomique. Une technologie qui a déjà fait ses preuves en guérissant des patients humains et qui pourrait bientôt être autorisée en Europe et aux Etats-Unis. N'attendez pas trop pour la découvrir... dans NewTech Insider]

Eoin Tracy

Cet article Notre conversation avec l’homme qui a aidé à développer CRISPR est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/homme-developper-crispr/feed/ 0
CRISPR : L’homme le plus important qu’il nous ait été donné d’interviewer http://quotidienne-agora.fr/crispr-interview-george-church/ http://quotidienne-agora.fr/crispr-interview-george-church/#respond Mon, 27 Mar 2017 09:55:02 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=69257 CRISPR

Aujourd'hui, je vous propose un entretien avec George Church. Il est professeur de génétique à l'école de médecine de Harvard, ce qui serait en soi une raison suffisante de l'interviewer, mais il est aussi l'une des personnes les plus importantes que nous ayons eu l'occasion d'interroger. Il est en effet en partie responsable du développement du CRISPR, la nouvelle méthode d'édition génomique qui est en train d'ouvrir la voie à une toute nouvelle ère de la biotechnologie.

Pour la première fois de l'Histoire, nous pouvons éditer les gènes avec une précision extrême : une large gamme de maladies génétiques pourrait ainsi être traitée ou guérie. Sa technique permet aussi l'édition génomique germinale, et ce quel que soit l'organisme concerné : les semences pour l'agriculture ou même nos propres enfants. Ces changements persisteront chez la descendance des organismes modifiés. Nous laisserons notre trace sur la vie, à jamais.

Vous êtes l'un des principaux développeurs de la technologie d'édition génomique CRISPR-Cas9. Pouvez-vous nous décrire la technologie et nous dire comment elle a été développée ?

Elle fonctionne déjà dans la nature, et sert à tuer les virus qui envahissent les bactéries en leur permettant de se souvenir des invasions précédentes. Pour ce faire, elles conservent une petite partie de l'ADN du virus envahisseur : il est ensuite très facile pour la bactérie, de reprogrammer une machine à découper, la nucléase CRISPR. C'est ce qui se passe dans la nature.

Petit à petit, l'humain a adapté ce mécanisme. Nous nous sommes rapidement tourné vers l'édition : au lieu de tuer des virus, nous souhaitions éditer l'ADN avec une grande précision – pas comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, en taillant dedans –en remplaçant l'ADN.

Deux groupes ont annoncé y être parvenus en janvier 2013 : le mien et celui d'un ancien doctorant de mon équipe, Feng Zhang, devenu enquêteur indépendant au Broad Institute.

Il est rapidement devenu évident que contrairement à certaines technologies, qui sont compliquées, celle-ci serait simple. Il aurait été impossible de le prévoir. La technologie peut facilement être adaptée à d'autres organismes une fois que l'on a compris comment l'adapter à des humains, ce qui a été la première étape.

Pouvez-vous expliquer les conséquences et les utilisations potentielles de cette technologie, aujourd'hui et dans l'avenir ?

Les applications des nouvelles méthodes d'édition génomique sont logiquement similaires à celles des outils traditionnels du génie génétique. Il y a notamment l'agriculture : plantes, animaux et, dans une certaine mesure, les micro-organismes comme les champignons.

Cette technologie peut aussi être utilisée pour lutter contre les infections ou les virus, comme c'est le cas dans la nature. Elle est déjà utilisée pour lutter contre la leucémie et le VIH/SIDA. Je suis très général, et je parle de l'édition génomique dans son ensemble, pas seulement du CRISPR.

Elle peut être utilisée pour les xénogreffes – la greffe sur l'humain d'organes de porcs – ou encore pour faire en sorte de rendre les organismes résistants aux virus...

Enfin, elle peut être utilisée pour le "gene drive", qui permet de modifier des populations sauvages à faible coût et avec une précision impressionnante pour lutter contre la malaria, la dengue, la maladie de Lyme, etc.

Vous parlez de l'application de la technologie d'édition génomique dans la lutte contre le cancer et le VIH. Il y a-t-il d'autres domaines de la médecine humaine où des avancées sont possibles ?

La thérapie génique est un vaste domaine qui inclut généralement, habituellement, l'insertion de nouveaux gènes. Il est aussi possible d'utiliser des méthodes d'édition plus précises pour retirer et insérer, et c'est là que le CRISPR entre en scène.

Les essais cliniques sont en cours pour 2 000 traitements génétiques, et beaucoup d'entre eux guérissent déjà des patients. Cela ne veut pas dire qu'ils ont été autorisés pour une utilisation généralisée.

Par exemple, des essais cliniques sont en cours pour faire en sorte de traiter certaines formes de cécité. La cécité a des causes génétiques que ce type de traitement peut guérir. Il faut généralement agir très tôt, chez les jeunes enfants par exemple. Les patients plus âgés pourront peut-être voir la lumière mais ils ne pourront pas l'interpréter, ni interpréter l'immobilité, parce que leurs cerveaux seront déjà trop développés et pourraient avoir du mal à s'adapter.

Il y a aussi la lutte contre divers agents infectieux, comme les virus de l'hépatite, ou contre les maladies sanguines qui provoquent des anémies hémolytiques... la liste est longue. Des milliers de gènes sont si bien compris qu'il suffit parfois d'une simple consultation génétique pour identifier les mutations et les maladies génétiques qui en découlent. Mais ce qu'offre une technologie comme CRISPR ce n'est pas simplement d'identifier l'origine de la maladie mais d'intervenir aussi bien en amont qu'en aval – soit d'empêcher la transmission d'une maladie génétique, soit de la réparer une fois que l'enfant est né.
[NDLR : Dans NewTech Insider, Ray Blanco vous recommande une des nombreuses biotech qui développent des traitements reposants sur l'édition génomique. Pourquoi elle ? Parce que contrairement à ces concurrentes, cette biotech a réussi à démontrer l'efficacité de son traitement en soignant plusieurs patients. Une bioech plus que prometteuse, une véritable pépite et qui est à retrouver dans NewTech Insider...]

Cette méthode ouvre aussi la voie à de nombreux dangers et de potentiels inconvénients. Pouvez-vous nous parler des risques liés au CRISPR, comme par exemple le risque d'erreurs d'édition ?

Presque tous les traitements ont des effets collatéraux, des répercussions sur autre chose que la cible prévue. C'est le cas des médicaments à petites molécules, des médicaments à base de protéines... et de CRISPR.

La différence est qu'il existe des programmes informatiques pour vous aider à comprendre la cible du CRISPR. En les utilisant correctement, vous pouvez trouver un endroit où il n'est pas possible de se tromper de cible. De plus, il existe des méthodes pour changer l'enzyme utilisées dans la méthode CRISPR, ce qui permet de le rendre nettement plus spécifique. Avec tout cela, on finit par être en mesure de trouver des solutions qui permettent de rendre la quantité de dommages collatéraux indétectable.

Cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas détectables dans le cadre d'expériences en laboratoire. Ils ne seront pas indétectables si l'on commence à traiter un milliard de patients, ou un milliard d'animaux, ou de plantes. Mais nos corps mutent constamment en raison des radiations, des produits chimiques, des chimiothérapies etc. CRISPR est très très loin au bas de la liste des mutations, très loin après les mutations spontanées. Et puis, on peut le diriger... le risque reste donc très hypothétique.

Un risque qui m'inquiète plus que les mutations collatérales est le risque systémique : que la technologie fonctionne comme on s'y attend, mais qu'elle ait des ramifications inattendues. C'est la raison pour laquelle tous les nouveaux traitements doivent traverser des essais cliniques autorisés par la FDA ou l'Agence européenne des médicaments. On vérifie que les résultats que nous avons obtenus lors des essais sur les animaux ont bien les conséquences attendues chez l'humain en termes de sécurité et d'efficacité.

Il y a aussi un risque que les parents, à l'avenir, souhaitent des bébés sur mesure. De futurs parents pourraient décider de sélectionner les caractéristiques de leurs enfants à naître. Selon vous, quel est le niveau de risque ?

Là encore, c'est le risque inhérent à toute nouvelle technologie. Les parents ont un grand pouvoir de décisions sur la vie de leur enfant – dans tous les domaines, de la santé à l'éducation. Cette technologie ne fera pas exception.

Dans tous les cas, les conséquences possibles de ce genre de sélection sont connues – et débattues. Généralement, le plus difficile est de revenir sur des changements qui paraissent le plus attrayants à la société. Pour nous y préparer, il faudra avoir le genre de conversation que nous avons en ce moment même. Il ne faut pas se limiter à une technologie donnée, mais parler des manières dont un parent peut influer sur la vie de ses enfants.

Vous n'avez pas l'air paniqué par cette idée de bébé-sur mesure.

Soyons clair : toutes les nouvelles technologies me font peur. Tester leur sécurité doit être la première priorité.

Mais nombre d'autres technologies devraient nous inquiéter tout autant. Et puis il y a des normes. Nous avons l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA), l'administration américaine des denrées alimentaires et du médicament (FDA), et leurs équivalents dans le monde entier, qui imposent un contrôle et posent les limites.

Malgré tout, c'est vrai, je suis très loin d'être tranquille. Et je veux que tout le monde s'inquiète –mais cette inquiétude doit être utilisée pour rendre une technologie comme CRISPR plus sûre.

L'édition génomique est dans l'ensemble considérée comme une bonne chose pour l'humanité. Les choses sont plus controversées, par contre, pour l'édition germinale. Votre collègue Eric Lander a déclaré lors d'une récente conférence que l'édition génomique ne serait utilisée que dans de rares cas et qu'il était nécessaire de faire preuve de prudence avant d'apporter des changements permanents au patrimoine génétique. Êtes-vous d'accord ?

Je pense que ce qu'une personne considère comme rare peut s'avérer être très commun. Dire qu'une chose est rare peut nous rendre moins prudents, plus complaisants. Comme je l'ai dit, cela m'inquiète beaucoup : en affirmant que cela reste rare, on ne reconnaît pas les forces qui peuvent être en place sur le marché.

Il existe par exemple en ce moment de très nombreuses maladies génétiques qui peuvent avoir des conséquences très graves, comme la maladie de Tay-Sachs. Dans l'immense majorité des cas, quand les enfants sont affectés, c'est parce que les parents sont porteurs.

Aujourd'hui, lorsque deux parents savent qu'ils sont des porteurs sains, un test prénatal est effectué à chaque grossesse. Dans environ un quart des cas, les parents doivent choisir s'ils souhaitent mettre fin à cette grossesse. Et c'est évidemment une décision difficile.

Une alternative pourrait être d'utiliser le génie génétique pour modifier le sperme du père et faire en sorte qu'aucune interruption médicale de grossesse ne soit plus jamais nécessaire.

Il pourrait même être possible de réduire le nombre de fausses couches en réduisant le risque de mutations génétiques ou de malformations. Cette dernière possibilité concernerait un très grand nombre de couples et permettraient de répondre à un besoin médical mais aussi social, celui de réduire le nombre de morts prénatales.

En éditant le sperme du père, la moitié des enfants naîtront porteurs – le gène ne disparaîtra pas – tandis que la moitié ne le s seront pas. Les porteurs comme les non-porteurs ne développeront pas la maladie... mais les gènes seront toujours présents.

Eric Lander souhaite faire preuve de prudence avant d'apporter des changements permanents au patrimoine génétique. Quel est votre point de vue ?

Je pense que la prudence est nécessaire dans tous les cas, un point c'est tout. Nous ne voulons pas faire preuve de complaisance et penser que si nous pouvons évaluer le patrimoine génétique, nous sommes à l'abri. Les conséquences sur la société sont nombreuses, sans qu'il soit nécessaire de toucher au patrimoine génétique.

Nous pourrions éliminer une maladie ou une caractéristique particulière, ou la modifier grâce à l'ingénierie sans pour autant changer la fréquence d'apparition de ce type d'ADN. Peu importe qu'il en existe une seule copie ou deux. On peut beaucoup influencer l'aspect d'une population sans modifier le nombre de personnes qui ont une copie donnée d'un type d'ADN.

Ce que j'essaye de dire, c'est qu'il ne fait pas preuve d'assez de prudence. Selon lui, nous devons simplement nous inquiéter de ce qui est susceptibles de modifier le patrimoine génétique. Pour moi, nous devons nous inquiéter bien en amont de cela.

Il faut parfois des siècles avant que les conséquences ne soit ressentie sur le patrimoine génétique ; mais l'on peut, en quelques années, modifier les traits d'une population – j'entends par là les caractéristiques exprimées. On exerce tous types de pressions, liées à l'éducation ou aux dynamiques de groupe, pour faire en sorte que les enfants se tiennent bien dans une salle de classe. Sans affecter leur patrimoine génétique, on peut avoir des répercussions majeures sur leur comportement à l'école, ou ailleurs. La prudence ne suffit absolument pas.

Nous devons donc faire attention à toutes les étapes.

Oui. Et ce ne sont pas que les lignées germinales : c'est somatique. En réalité, l'aspect somatique m'inquiète nettement plus – c'est-à-dire la manière dont nous pratiquons actuellement la médecine.

Admettons que vous développiez une thérapie génique pour réduire le déclin cognitif chez les patients atteints de la maladie d'Alzheimer. C'est une idée raisonnable : notre population vieillit, un traitement est extrêmement attrayant.

Certes pour l'instant, nous comprenons mal le fonctionnement du cerveau, des facultés cognitives et de l'intelligence. Mais d'importantes découvertes ont été récemment faites sur le fonctionnement du cerveau de certains animaux, comme les souris. Ces expériences vont être étendues au cerveau humain, et nous pouvons alors espérer de grands progrès dans cette compréhension dans les années à venir.

Une thérapie génique agissant sur le cerveau pourrait aussi être utilisée sur des personnes qui gagnent leur vie grâce à leur intellect, et qui souhaitent l'améliorer. Vous voyez le problème.

Tout ceci peut être fait sans utiliser les lignées germinales, mais se répandre nettement plus rapidement qu'elles. Il faut 20 ans par génération pour que les lignées germinales se répandent. La technologie dont je vous parle pourrait se généraliser en un an. Voilà la différence entre l'héritage culturel et l'héritage ADN. L'héritage culturel fait beaucoup plus peur et nécessite une surveillance beaucoup plus attentive.

La suite de l'interview de George Church sera à retrouver dans une prochaine Quotidienne !

Eoin Tracy

Cet article CRISPR : L’homme le plus important qu’il nous ait été donné d’interviewer est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/crispr-interview-george-church/feed/ 0
Le moment est-il venu pour vous d’investir sur CRISPR ? http://quotidienne-agora.fr/moment-venu-investir-crispr/ http://quotidienne-agora.fr/moment-venu-investir-crispr/#respond Mon, 28 Nov 2016 12:01:20 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=68678 ADN médecine personnalisée

Comme je vous le disais la semaine dernière, la Chine vient de prendre une longueur d'avance sur ses concurrents en lançant les premiers essais cliniques sur des patients humains d'une thérapie reposant sur CRISPR, relançant une compétition entre équipes de recherche et pays qui n'est pas qu'une pure création des médias.

Il faut dire que les enjeux qui se cachent derrière cette technologie d'édition génomique sont énormes.

Ils sont tout d'abord scientifiques. CRISPR, en offrant la possibilité d'intervenir facilement au sein même de l'ADN, ouvre une infinité de possibilités thérapeutiques. Les pistes les plus prometteuses portent actuellement sur la réparation des gènes – et donc un espoir contre les maladies génétiques –, en oncologie et dans la lutte contre les virus et les bactéries.

Et ce n'est qu'un début : à plus long terme, on peut très bien imaginer, par exemple, réparer notre ADN et empêcher nos cellules de vieillir.

Comme nous l'avons vu la semaine dernière, CRISPR va aussi permettre de créer de nouvelles générations de végétaux et de semences, plus résistantes, plus nutritives ou plus productives. C'est la raison pour laquelle Monsanto mise tant sur cette technologie.

L'ampleur des enjeux financiers est à la hauteur de ces possibilités biotechnologiques et thérapeutiques. L'argent afflue vers les équipes utilisant CRISPR, et tout particulièrement vers les biotech spécialisées dans le domaine.

Un exemple parmi d'autres : la fondation Bill et Melinda Gates finance à hauteur de 75 millions de dollars les recherches d'une équipe britannique contre le paludisme. Cette équipe travaille sur une des voies les plus prometteuses : celle du "gene drive" appliquée à des populations de moustiques modifiés via CRISPR pour soit éliminer les moustiques femelles, soit supprimer le gène qui permet à ces insectes de transmettre le paludisme.

De manière plus générale, l'édition génomique attire les investisseurs et les investissements. Selon le Boston Consulting Group, depuis 2014, c'est plus d'un milliard de dollars en capital-risque qui a afflué vers les entreprises du secteur.

Emergence d'une nouvelle génération de biotech estampillées CRISPR

Depuis début 2016, trois biotech spécialisées dans le développement de thérapies utilisant CRISPR sont entrées en Bourse : Editas, Intellia Therapeutics et CRISPR Therapeutics. Une autre société, Caribou Biosciences demeure pour l'instant privée, même si une possible IPO et régulièrement évoquée.

Derrière ces quatre sociétés se trouvent en fait trois noms bien connus des amateurs d'actualité scientifique : Jennifer Doudna, Emmanuelle Charpentier et Feng Zhang. Tous trois sont considérés comme les découvreurs de CRISPR-Cas9, mais c'est bien sûr bien plus compliqué que cela.

Je l'avais déjà évoqué dans une précédente Quotidienne : la découverte de CRISPR fait aujourd'hui l'objet d'une homérique bataille légale entre les trois chercheurs susnommés et plusieurs universités. D'un côté, Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier, soutenue par l'université de Californie à Berkeley et l'université de Vienne. De l'autre, Feng Zhang avec, derrière lui, le Broad Institute et le MIT. Des poids lourds donc.

Pour résumer rapidement les enjeux, Doudna et Charpentier sont les premières à avoir démontré que CRISRP-Cas9 pouvait être utilisé pour découper des gènes et les remplacer. Zhang a quant à lui axé ses travaux sur l'application de cette technique pour l'édition génomique. En outre le Broad Institute et le MIT sont les premiers à avoir déposé des brevets sur CRISPR, et ce même si l'antériorité des travaux de Doudna et Charpentier est reconnue par (presque) tout le monde.

Doudna et Charpentier contestent donc les brevets attribués à Zhang et aux instituts qui le soutiennent. La bataille juridique est lancée, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis, et personne ne peut encore prédire comment elle se terminera. Aux dernières nouvelles (qui datent d'octobre), l'Office européen des brevets pencherait en faveur de Zhang mais, je vous le disais, rien n'est réglé.

Or c'est un énorme problème car la survie des quatre biotech que je vous citais plus haut dépend en très grande partie de l'issue de ces batailles légales.

Editas a ainsi été fondé par Zhang et Doudna avant que celle-ci claque la porte (à cause de ces fameux problèmes de brevets) et rejoigne Caribou Biosciences.

Caribou Biosciences a ensuite créé une autre biotech, Intellia Therapeutics, qui est chargée d'exploiter, fabriquer et commercialiser les recherches et découvertes menées par Caribou en matière de thérapies reposant sur CRISPR.

Quant à Emmanuelle Charpentier, elle a participé à la création de CRISPR Therapeutics.

Avancées de la recherche et concurrence acharnée

Sacré bazar. Pour ne rien arranger, toutes ces biotech se concentrent sur des domaines de recherches assez proches. Assez logiquement, elles tentent chacune de développer des thérapies destinées à des maladies génétiques qui ne nécessitent que de petites modifications génétiques.

Editas s'est ainsi fait une spécialité de certaines cécités génétiques rares – dont l'amaurose congénitale de Leber. CRISPR Therapeutics et Editas travaillent sur la mucoviscidose, la maladie de Duchenne (DMD) et la drépanocytose (une maladie génétique caractérisée par des globules rouges en forme de faucille). CRISPR Therapeutics s'intéressent en outre à l'hémophilie.

De plus, Elles travaillent toutes sur des thérapies contre le cancer utilisant des lymphocytes T modifiés – des thérapies très semblables à celles développées par l'université du Sichuan. Dans le domaine, les biotech CRISPR doivent également affronter la concurrence des autre biotech spécialisées dans l'immunothérapies, et qui développent presque leurs propres bataillons de super-lymphocytes T.

Les traitements développés par Editas, Intellia ou CRISPR Therapeutics n'en sont en général qu'aux premiers stades des essais, ceux des tests in vitro ou sur les animaux. Seule exception : Editas prévoit le lancement d'un essai clinique de Phase I (donc sur des humains) pour un traitement contre l'amaurose congénitale de Leber. Dans tous les cas, aucun des traitements développés par ces biotech n'atteindra le marché avant plusieurs années, et peut-être même pas avant une décennie.

Les prémices de leurs recherches suscitent malgré tout un énorme intérêt de la part des investisseurs, mais aussi des grandes pharmas.

Celles-ci se sont penchées sur le berceau CRISPR et investissent lourdement dans les biotech du secteur. Quelques exemples : en octobre 2015, CRISPR Therapeutics a conclu un contrat de collaboration avec Vertex Pharmaceuticals pour 105 millions de dollars et, en décembre 2015, annonçait la création d'une joint-venture avec Bayer dans laquelle le géant allemand a prévu d'investir 335 millions de dollars.

Intellia peut quant à elle se vanter d'avoir attiré l'attention de Novartis pour le développement de plusieurs traitements

Et boursièrement ?

Trois introductions en Bourse en 2016 – celle d'Editas (en février), d'Intellia (en mai) et de CRISPR Therapeutics (en octobre) –, trois véritables événements boursiers. L'IPO a permis à Editas de lever 94,4 millions de dollars, 108 millions pour Intellia et un peu plus de 90 millions pour CRISPR Therapeutics. Pas mal du tout pour des entreprises qui n'affichent que des pertes et sont de loin de la phase de commercialisation.

Ces introductions, et tout particulièrement celle d'Editas, ont même suscité un intérêt démesuré. Clôturant autour de 18,20 dollars après sa première journée de cotation, le cours d'Editas s'est ensuite envolé de 130%, flirtant avec les 42 dollars en avril 2016. Depuis, l'emballement boursier s'est un peu calmé, le cours est repassé sous les 16 dollars et perd 14% depuis son introduction.

Le destin d'Intellia est très similaire : le cours s'est envolé de 33% après son IPO en mai 2016... pour ensuite perdre 23% par rapport à son premier cours de clôture.

Seule CRISPR Therapeutics échappe pour l'instant à cette petite malédiction – il faut dire que son IPO est récente – et gagne 34% depuis mi-octobre.

Comment expliquer ce relatif désamour pour les valeurs CRISPR ? Premièrement, il faut bien le reconnaître, par un certain effet de "bulle médiatique". La découverte de cette technologie d'édition génomique a fait la Une de nombreux médias ces dernières années. Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier sont pressentie pour un prix Nobel de médecine, et quelle autre récente découverte scientifique a suscité autant d'espoirs, de craintes, de fantasmes et de débat ?

Sentant l'argent, les investisseurs se sont précipités sur Editas, première biotech spécialisée dans l'utilisation thérapeutique de CRISPR, qui s'est jetée dans le grand bain de la cotation. Bis repetita, même si dans une moindre mesure, avec l'IPO d'Intellia quelques mois plus tard.

Puis ce fut la phase de déception. Je soupçonne les investisseurs d'avoir enfin pris le temps de jeter un oeil aux pipelines de développement d'Editas et Intellia, et de s'être rendus compte qu'aucun traitement n'atteindrait les marchés avant plusieurs longues années. Les biotech sont souvent des paris à long terme, CRISPR l'est encore plus.

Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

Un pari à long terme et un pari particulièrement risqué. Il y a bien sûr le risque inhérent aux biotech et au hasardeux développement de nouveaux médicaments (le taux d'échec atteint 90% en moyenne). A cela il faut ajouter notre relative inexpérience en matière de CRISPR et, surtout, la guerre des brevets qui est loin d'être réglée et dont l'issue pourrait être sanglante pour le cours des biotech concernées.

Vous l'aurez compris, aussi prometteuse soit-elle, la technologie CRISPR est un pari risqué pour les investisseurs particuliers. Deux solutions s'offrent à vous si vous ne voulez pas passer à côté de la révolution de l'édition génomique :

- répartir les risques en investissant (peu) sur Intellia, Editas et CRISPR Therapeutics. Chacune dispose d'atouts à faire valoir dans cette frénésie qui entoure CRISPR.

- miser sur une autre technologie d'édition génomique qui a l'énorme mérite d'avoir déjà fait ses preuves sur des patients humains... et de n'être l'enjeu d'aucune bataille juridique.
[NDLR : La meilleure des biotech spécialisées dans l'édition génomique ? Selon Ray Blanco, c'est une valeur française, et c'est ce qu'il vous explique dans NewTech Insider]

Cet article Le moment est-il venu pour vous d’investir sur CRISPR ? est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/moment-venu-investir-crispr/feed/ 0
CRISPR vs. le cancer : round 1 http://quotidienne-agora.fr/crispr-vs-cancer-round-1/ http://quotidienne-agora.fr/crispr-vs-cancer-round-1/#respond Fri, 25 Nov 2016 10:45:02 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=68674 CRISPR Therapeutics - stockage de données sur ADN

Après l'accord de licence obtenu par Monsanto pour utiliser CRISPR, une autre grande première a retenu mon attention – et celle des médias – ces derniers jours : celle du premier essai clinique sur des patients humains d'une thérapie issue de l'utilisation de CRISPR.

Ce n'est évidemment pas la première fois que cette technologie d'édition génomique est utilisée sur l'humain. Vous vous souvenez peut-être d'une annonce qui avait fait grand bruit : celle de la modification génomique, par des équipes chinoises, d'embryons humains (non-viables). Cette première scientifique avait, à juste titre d'ailleurs, suscité énormément de mises en garde, voire de critiques. Depuis, nombre d'équipes de chercheurs – dont des équipes américaines – se sont lancées dans le domaine.

Si cette première avait été si controversée, c'est que les chercheurs chinois avaient modifié le génome de ces embryons, ouvrant la voie à des humains génétiquement modifiés.

L'expérience qui vient d'être tentée par une autre équipe chinoise devrait susciter beaucoup moins d'interrogations éthiques, car CRISPR a été utilisé pour développer un traitement contre le cancer. Le genre de recherches qui est généralement très bien accueilli.

CRISPR contre le cancer

L'équipe de l'université du Sichuan a injecté des lymphocytes T modifiés grâce à CRISPR à un patient atteint d'un cancer du poumon métastasé. Les lymphocytes T (un des types de globule blanc) sont en quelque sorte les fantassins de notre système immunitaire. Ils repèrent les intrus, les sources de danger ou les cellules qui dégénèrent, et les éliminent.

Le problème est que les cellules cancéreuses possèdent la capacité de se rendre invisibles aux lymphocytes T – une des raisons pour lesquelles le cancer est un ennemi si redoutable.

Une des techniques utilisées par les cellules cancéreuses pour passer inaperçue de notre système immunitaire est d'émettre des molécules (dites ligands) qui agissent sur des récepteurs protéiniques situés à la surface des lymphocytes, dont les protéines PD-1.

Ces récepteurs, aussi appelés "immune checkpoints", agissent comme des interrupteurs pour notre système immunitaire : ils peuvent déclencher une réaction immunitaire ou bien, au contraire, ce que l'on appelle un "silence immunitaire".

L'équipe de l'université du Sichuan a donc purement et simplement supprimé le gène codant les protéines PD-1 des lymphocytes. Privées d'interrupteurs, ces cellules sont donc programmées pour être en mode "attaque" en permanence, et donc détruire les cellules cancéreuses qui ne peuvent plus se dissimuler du système immunitaire.

L'essai mené par l'université du Sichuan va porter sur 10 patients. La semaine dernière, on apprenait que le premier patient, traité depuis 15 jours, se portait bien et répondait favorablement au traitement. Trois autres injections de lymphocytes modifiés sont prévues pour compléter l'essai.

Première étape, premiers obstacles

Si cette première étape est prometteuse, la thérapie développée par les chercheurs chinois se heurte malgré tout à quelques difficultés. La première a été reconnue par l'équipe elle-même : l'essai a dû être reporté de deux mois alors que la culture des lymphocytes modifiés s'avérait plus ardue que prévue.

L'autre question qui devra être posée est celle des effets secondaires de cette thérapie : en débridant le système immunitaire du patient, on lui offre la possibilité de s'attaquer à toutes les cellules, qu'elles soient ou non cancéreuses. C'est un phénomène couramment observé chez les patients traités par immunothérapies.

Dernière question – et limitation – : celle du coût. Pour mettre au point cette thérapie, l'équipe de l'université du Sichuan a utilisé les propres lymphocytes T du patient, les a modifiés, les a cultivés puis les a réinjectés. Un processus long, malgré tout compliqué et extrêmement coûteux. Pour chaque patient, il faut donc développer une thérapie personnelle et unique, qui ne pourra être appliquée à un autre malade.

Si vous suivez les recommandations de Ray Blanco dans NewTech Insider, vous savez qu'une biotech française, Cellectis, a développé une thérapie assez similaire mais universelle grâce à une autre technologie d'édition génomique, TALEN. Cette thérapie a déjà été testée avec succès sur des patients humains. Pour en savoir plus sur Cellectis et sa thérapie, je vous conseille vivement de foncer découvrir ce que Ray en dit dans NewTech Insider.

Malgré tout, et malgré quelques limites, si le traitement développé par la Chine s'avère efficace, une nouvelle ère s'ouvrirait en matière de lutte contre ce fléau qu'est le cancer. D'autres essais sont prévus en Chine, contre le cancer du rein, de la vessie ou encore de la prostate.

Il ouvre aussi une nouvelle ère de compétition entre la Chine et le reste du monde, tout particulièrement les Etats-Unis, en matière d'utilisation de CRISPR. Une étude sur des humains pour une thérapie utilisant des lymphocytes T modifiés grâce à CRISPR a bien été autorisée aux Etats-Unis, mais elle ne devrait débuter qu'en 2017. Pour le moment, la Chine a donc une belle longueur d'avance, même sur les biotech américaines spécialisées dans le domaine. C'est ce que nous verrons dans une prochaine Quotidienne !

Cet article CRISPR vs. le cancer : round 1 est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/crispr-vs-cancer-round-1/feed/ 0
Monsanto + CRISPR : le nouveau pacte faustien des OGM ? http://quotidienne-agora.fr/monsanto-crispr-nouveau-ogm/ http://quotidienne-agora.fr/monsanto-crispr-nouveau-ogm/#comments Thu, 24 Nov 2016 10:48:37 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=68671 Monsanto CRISPR

Et si nous prenions des nouvelles d'une de nos découvertes scientifiques préférées, j'ai nommé CRISPR-Cas9 ?

Pour ceux d'entre vous qui nous rejoignent, et qui se demandent ce qu'est CRISPR, je vous renvoie à la série d'articles plus explicatifs que j'ai consacré à cette technique d'édition génomique, ici et .

Et pour tout le monde, un rapide rappel. CRISPR est une méthode d'édition de nos gènes qui possède de nombreux avantages : elle est extrêmement précise, assez rapide et relativement peu coûteuse. Autre avantage, elle s'applique à la plupart des organismes vivants, des plantes aux animaux en passant par les bactéries, les virus... et, bien sûr, les êtres humains.

A partir de là, eh bien, tout est possible, du moins en matière d'édition génomique. Quand je dis "tout", c'est vraiment tout. Supprimer un gène défectueux puis le remplacer, détruire des agents infectieux (bactéries, virus) ou encore cellules cancéreuses en s'attaquant à leur ADN, réparer notre ADN contre les dommages du temps, créer par manipulation génétique de nouvelles espèces aussi bien végétales qu'animales, les améliorer, modifier profondément et définitivement des êtres vivants... D'où le surnom de "couteau suisse" dont a hérité cette technique.

Les avantages potentiels sont infinis. En premier lieu contre les maladies génétiques qui sont, comme vous le savez, dû à la présence de gènes défectueux. Imaginez la possibilité de remplacer suffisamment de gènes défectueux par une version "saine"... cela nous permettrait de vaincre la plupart de ces maladies.

Les risques sont tout aussi infinis. CRISPR peut être utilisés sur toutes nos cellules, mêmes les cellules germinales, celles qui forment, chez les animaux, spermatozoïdes et ovocytes. En clair, nous pourrions complètement éradiquer certains gènes d'une espèce entière. Ou bien en rajouter. C'est là l’un des principaux risques induits par CRISPR : la modification génétique peut ne pas concerner qu'un individu mais aussi, via ses cellules germinales, toute sa descendance. Le spectre de l'eugénisme plane donc au-dessus des éprouvettes.

L'alliance de Monsanto et de CRISPR : nouveau pacte faustien ?

La facilité permise par CRISPR de créer de nouveaux organismes est ce qui a attiré l'attention de... Monsanto, le géant américain des biotechnologies agricoles (comprenez des plants et semences OGM) qui s'offre aussi le luxe d'être une des entreprises les plus détestées et critiquées de la planète.

En septembre dernier, Monsanto signait un accord non-exclusif d'utilisation de CRISPR à des fins agricoles avec le Broad Institute du Massachusetts Institute of Technology (MIT), un des deux candidats à la détention de brevets sur cette technologie.

Ce genre d'alliance a évidemment de quoi inquiéter, Monsanto s'étant fait connaître pour ses semences OGM contestées mais aussi pour sa technologie "Terminator" qui lui permettait de rendre les semences stériles (ce qui oblige les agriculteurs à en racheter de nouvelles après chaque récolte).

Pour Monsanto, les avantages sont évidents. Il faut plus d'une dizaine d'années pour développer un OGM avec les techniques traditionnelles. Ce délai pourrait être considérablement raccourci grâce à CRISPR, rendant l'opération d'autant plus rentable.

L'autre grand avantage mis en avant par Monsanto est celui de la sécurité de ces nouvelles espèces crées via CRISPR. Je vous le disais, cette technique est particulièrement précise : elle permettrait donc – la question est encore très largement discuté – de créer des organismes génétiquement modifiés bien plus stables, puisqu'elle ne nécessite pas l'introduction d'un gène "étranger» et donc présentant bien moins de risques que les OGM traditionnels.

Que peut et veut faire Monsanto avec CRISPR ?

Conscients du caractère presque faustien de cet accord, le Broad Institute a imposé trois limitations aux utilisations de la technologie CRISPR par Monsanto.

Premièrement, le groupe américain ne pourra pas rendre ses semences stériles, et ce pour éviter une reprise du scandale "Terminator".

Deuxièmement, Monsanto ne devra pas utiliser le "gene drive", une technique permettant d'accélérer la propagation d'un gène, et donc d'une mutation, au sein d'une population. Le gene drive est par exemple utilisé pour créer des populations de moustiques incapables de transmettre le paludisme. Lâchée dans la nature, hors du contrôle humain, l'introduction accélérée d'une mutation peut créer d'importants dégâts, comme l'éradication entière d'une espèce. Une excellente analyse (que vous pouvez lire ici) rappelle que le gene drive via CRISPR nous ouvre, pour la première fois de l'histoire, la possibilité de domestiquer tout le vivant.

Troisième et dernière limitation imposée à Monsanto : celle de modifier des plants de tabac, excepté pour des visées de recherche purement scientifique. On imagine bien en effet les conséquences de la création de plants de tabac rendant les fumeurs encore plus dépendants.

OGM ou pas ?

Ces trois limitations sont-elles suffisantes ? Peut-être pas. Cet accord entre le Broad Institude et Monsanto va cependant peut-être accélérer les discussions en cours quant au statut des organismes créés ou modifiés par CRISPR. Certains militent très fortement pour que ces semences ne soient pas considérées comme des OGM, et donc ne soient pas soumises aux différentes réglementations en vigueur sur les organismes génétiquement modifiés.

Aux Etats-Unis, le débat est déjà en grande partie tranché : le département de l'Agriculture (USDA) a décidé que les semences modifiées par un autre géant américain DuPont et la biotech spécialisée dans CRISPR, Caribou Biosciences, n'étaient pas des OGM mais des organismes génétiquement améliorés (organisms genetically optimized). La raison de cette décision : l'utilisation de CRISPR ne passe pas, contrairement aux OGM traditionnels, par l'introduction d'un gène étranger au sein de l'ADN de l'organisme. Cet organisme n'est donc pas "transgénique" mais simplement "amélioré" ou "optimisé".

Au sein de l'Union européenne, les débats – houleux – sont toujours en cours et la décision d'intégrer les organismes modifiés via CRISPR a été reportée... aux calendes grecques.

Les défenseurs de CRISPR mettent en avant la fiabilité de cette technologie d'édition génomique (ce qui, au passage, rappelle que les OGM ne sont donc pas tous si sûrs que cela...) puisqu'elle ne nécessite pas l'introduction d'un gène étranger.

C'est un argument de poids mais il se heurte pour l'instant au peu de recul dont nous disposons quant à l'utilisation de CRISPR pour améliorer le vivant. La technique n'a été que réellement mise au point en 2012-2013. Quatre ans après, les répercussions de cette technologie sont encore loin d'être parfaitement étudiées et comprises.

Autre point soulevé par CRISPR : les plants génétiquement édités via CRISPR sont plus difficilement détectables (voire indétectables), ce qui pose la question de la traçabilité.

Malgré tout, l'utilisation de CRISPR pourrait répondre à certains besoins urgents, en faisant évoluer les semences bien plus rapidement pour répondre aux changements climatiques et environnementaux. Monsanto a mis en avant sa volonté de créer des plants plus productifs, plus résistants à la chaleur ou au stress hydrique.

Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

Monsanto n'est pas la seule entreprise de biotechnologies végétales à s'intéresser au potentiel de CRISPR, ou des techniques d'édition génomique voisines que sont TALEN (Transcription activator-like effector nucleases), ou les nucléases à doigt de zinc. J'évoquais plus haut la collaboration entre DuPont et Caribou Biosciences dans le domaine.

Autre société très active, Cellectis – une biotech que les abonnés de NewTech Insider connaissent bien – et qui, via sa filiale de biotechnologie végétale Calyxt, travaille sur des organismes améliorés grâce à CRISPR mais aussi à TALEN.

En octobre dernier, Calyxt annonçait ainsi l'autorisation de commercialisation accordée par l'USDA à l'un de ses produits, une variété de pomme de terre stockable au froid et moins sensibles aux meurtrissures. Pour promouvoir ses produits, la société a même organisé il y a quelques semaines, à New York, un dîner préparé par Alain Ducasse et intégrant le résultat de ses recherches (soja, pomme de terre...).

Des rumeurs persistantes laissent entendre que Cellectis pourrait introduire en Bourse sa filiale. A suivre.

Dans une toute prochaine Quotidienne, nous quitterons le domaine des applications végétales de CRISPR pour nous intéresser à une autre nouvelle qui a retenu l'attention de l'obsédée de CRISPR que je suis : celle de la première application, sur un humain, d'un traitement utilisant cette technologie d'édition génomique. Nous prendrons aussi des nouvelles des biotech "CRISPR" qui se sont récemment introduites en Bourse.

Cet article Monsanto + CRISPR : le nouveau pacte faustien des OGM ? est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/monsanto-crispr-nouveau-ogm/feed/ 2
CRISPR : Sommes nous prêts pour les superhumains ? http://quotidienne-agora.fr/crispr-superhumains/ http://quotidienne-agora.fr/crispr-superhumains/#comments Wed, 07 Sep 2016 09:44:58 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=68448 bactéries résistantes biotech

CRISPR, ainsi que les autres techniques d'édition génomique, pourraient bien être la plus grande découverte scientifique du XXIe s. Ce genre de découverte qui bouleverse notre compréhension du vivant mais révolutionne aussi notre rapport à la maladie. Du cancer au VIH en passant par les maladies auto-immunes ou génétiques... l'édition génomique a le pouvoir de "réparer les vivants".

Ce pouvoir est tel que cette découverte suscite autant de craintes que d'espoirs. Dans ce débat, il est nettement plus facile de remporter l'adhésion si l'on a réussi à mettre ainsi au point un traitement contre le cancer ou les maladies cardiaques. Les avantages pour l'humanité sont évidents et immédiats.

Mais qu'en est-il de l'autre côté du débat ? Pourrions-nous utiliser ces techniques pour améliorer les personnes saines, plutôt que pour traiter ou prévenir les maladies ?

Je me suis penché sur les deux aspects du débat dans le cadre d'un livre sur lequel j'ai travaillé (appelé "The Exponentialist", qui sortira cet automne.)

Dans ce cadre, j'ai discuté avec toutes sortes de personnes différentes, connectées à cette industrie.

L'une de ces personnes était Marcy Darnovsky du Centre pour la génétique et la société (une organisation qui se consacre à l'analyse des biotechnologies du point de vue de la justice sociale, des droits de l'homme, et de l'intérêt public,) selon laquelle :

Quand quelqu'un a une maladie qui menace sa vie ou sa santé, alors oui, il faut essayer de les traiter à l'aide d'une thérapie génique. Mais lorsqu'il s'agit de modifier les gènes que nous allons transmettre à nos enfants et à chaque cellule de leur corps, ce qui est irréversible, et sera transmis à leurs enfants : c'est à ce moment-là que la limite est atteinte.

De nombreux pays et un traité international ont retenu cette limite – le traité du Conseil de l'Europe que le Royaume-Uni n'a pas signé. Le Royaume-Uni lui-même, par ailleurs, a une loi nationale contre la modification des lignées germinales humaines, ce qui est la raison pour laquelle le Parlement a été appelé à voter sur une technique de manipulation mitochondriale.

Sarah Gray, de l'Association Américaine des banques de tissus, a présenté le même argument de manière plus émotionnelle, mais non moins pertinente. Gray a donné naissance à un fils, atteint d'anencéphalie, un défaut embryonnaire qui signifie que certaines parties du cerveau et du crâne ne se développent pas. Le fils de Gray a souffert de convulsions pendant six jours, avant de mourir.

Comme elle l'a expliqué lors d'un sommet de l'Académie Nationale des Sciences sur l'édition génomique, "si vous avez les compétences et les connaissances capables d'éliminer ces maladies, faites-le, je vous en supplie."

Les Superhumains et l'erreur des Jetsons

Cette limite est peut-être valide. Mais de nombreuses personnes –moi inclus—pense que les améliorations génétiques sur les personnes saines vont finir par arriver, c'est une question de temps.

Comme l'auteur Michael Bess le dit, lorsque nous pensons à l'avenir, nous envisageons un monde dans lequel la technologie est nettement plus avancée, mais où les humains sont, pour l'essentiel, les mêmes qu'aujourd'hui. Il appelle ça "l'erreur des Jetsons".

J'ai baptisé ce problème "l'erreur des Jetsons" sur la base de l'émission télévisée des 1960, qui se passait en 2062. Un grand succès populaire. Tout le monde regardait ce dessin animé, qui décrivait un monde où les voitures volent et les gens peuvent être transportés par des tubes pneumatiques, où les robots sont omniprésents, mais les gens, eux, sont les mêmes qu'en 1962.

Un autre excellent exemple, ce sont les films Star Wars. Techniquement, ils disent toujours "Il y a très longtemps, dans une galaxie lointaine...". Ils disposent de technologies que nous considérons comme futuristes. Mais les humains sont tous les mêmes qu'aujourd'hui – Luke Skywalker, la Princesse Leia...  – le seul qui est profondément modifié est Dark Vador, ce qui envoie le message assez peu subtil que se transformer en cyborg bioélectronique est une très mauvaise idée et susceptible de vous transformer en un terrible monstre.

Et puis il y a les films comme Iron Man ou Hulk ou Spider man, où il y a des bio-modifications, mais elles se limitent toujours à des individus uniques. On n'essaye jamais d'imaginer une société où des millions de gens sont bio-améliorés en même temps.

Ce qui est clair, c'est qu'à mesure que ces technologies progressent, elles offriront la possibilité de modifier génétiquement les embryons humains, efficacement et en toute sécurité.

Notre société devra donc faire un choix. Est-ce quelque chose que nous souhaitons faire, ou non ? Parce que c'est une possibilité technologique et médicale qui s'ouvrira bientôt à nous.

CRISPR : Le choix du siècle

La dynamique de la situation est fascinante. D'un côté, nous avons une technologie qui nous permet de refaire le monde selon nos souhaits – ou selon ce que nous pensons souhaiter. Les usages potentiels sont potentiellement illimités. Cela crée une raison évidente pour explorer et repousser les limites de ce que nous pouvons faire.

Il y a évidemment des implications morales à cette technologie. Mais je pense pouvoir dire qu'aucune autre technologie n'est aussi susceptible d'être révolutionnaire que l'édition génétique.

Aucune autre civilisation dans l'histoire de la planète n'a eu la possibilité de réécrire les règles de la vie avec une telle précision. Il s'agit maintenant de déterminer comment utiliser cette capacité, ce qui sera la question la plus importante du siècle.
[NDLR : N'attendez plus pour investir sur le potentiel de l'édition génomique : dans NewTech Insider, Ray Blanco vous révèle LA valeur qui, selon lui, dispose du plus grand potentiel thérapeutique, et du pouvoir de remodeler le monde. A découvrir dans NewTech Insider]

Cet article CRISPR : Sommes nous prêts pour les superhumains ? est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/crispr-superhumains/feed/ 1
Avec CRISPR, misez sur l’invention scientifique la plus importante du XXIe s. http://quotidienne-agora.fr/crispr-invention-scientifique-plus-importante-xxie/ http://quotidienne-agora.fr/crispr-invention-scientifique-plus-importante-xxie/#respond Tue, 06 Sep 2016 09:15:01 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=68418 CRISPR Therapeutics - stockage de données sur ADN

Aujourd'hui, je vais vous faire une grande prédiction :

Je pense que la technologie CRISPR – qui nous permet d'éditer les gènes – restera dans l'Histoire comme l'avancée scientifique la plus importante de notre siècle.

Vous pensez peut-être que j'exagère. Ce n'est pas le cas. Donnez-moi trois minutes, et je vous montrerai pourquoi.

Donner de la mémoire à votre ADN

Début août, des chercheurs du MIT, l'Institut de Technologie du Massachusetts, ont annoncé avoir trouvé une manière de faire en sorte que notre ADN "se souvienne" de certaines choses.

J'ai mis le verbe entre guillemets parce qu'il est facile de se laisser emporter par son imagination en lisant ce genre de phrases. Nous ne parlons pas, ici, de mémoire consciente – nous ne pouvons pas faire en sorte que notre ADN mémorise la liste des courses, par exemple.

La mémoire, ici, est similaire à celle des premiers ordinateurs (les tous premiers, je vous parle ici des années 1940), qui devaient transformer l'information en un signal lisible et compréhensible, stocké dans une machine. Dans la même veine, les chercheurs ont réussi à faire en sorte que l'ADN de nos cellules enregistre certaines informations pour qu'elles puissent être lues à nouveau a posteriori.

Pour l'heure, ces informations sont assez basiques : nous pouvons enregistrer des "événements" : y a-t-il eu inflammation ? Combien de temps celle-ci a-t-elle duré ? Quelle était son degré de sévérité ?

Mais l'objectif de ces recherches, à terme, est de faire en sorte que notre ADN puisse stocker des informations plus complexes sur les progrès d'une maladie ou les résultats d'un traitement.

Comme le dit Timothy Lu, professeur associé d'ingénierie électrique, de science informatique et d'ingénierie biologique : "Pour approfondir notre compréhension de la biologie, nous avons modifié des cellules humaines qui sont maintenant capables d'écrire un rapport sur leur propre histoire sur la base d'enregistrements encodés génétiquement."

Nous pourrons explorer les implications de ce domaine spécifique de la recherche plus en détail une autre fois. Mais pour l'instant, il suffit de se rappeler d'une chose : cette avancée, comme tant d'autres, n'aurait pas été possible sans la technologie CRISPR.

L'avancée la plus importante du siècle

Pour commencer, qu'est-ce que la technologie CRISPR, au juste ?

L'abréviation signifie Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats ("Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées"). On dit aussi parfois CRISPR/Cas9. Mais le nom qu'on lui donne n'est de loin pas aussi intéressant que le fait que cette technologie nous permet de faire quelque chose qu'aucune civilisation n'a pu faire avant nous : éditer le code génétique d'organismes vivants, et nous remodeler pour être tels que nous souhaitons être.

Par exemple : au milieu du siècle dernier, Francis Crick et James Watson ont découvert la structure de l'ADN. Fixons à cette date la naissance de la recherche génétique moderne. On peut dire que nous avons, à cette époque, trouvé le manuel d'utilisation du corps humain.

Rendez-vous maintenant 50 ans plus tard, en l'an 2000, quand le Projet Génome Humain a réussi à décoder un génome pour la première fois : cela nous a donné la possibilité de lire ce manuel d'utilisation (au moins en partie).

Ce que la technologie CRISPR nous permet de faire, c'est de réécrire ce manuel du tout au tout, de nous débarrasser des parties qui ne nous intéressent pas, d'échanger des chapitres avec ceux d'un autre livre, de créer un tout nouveau livre si nous le souhaitons.

C'est une révolution majeure. Nous ne sommes plus maintenant dans l'étude et la compréhension passive du sujet : nous sommes à l'ère de l'implication active, du remodelage pour faire en sorte que les choses soient conformes à ce que nous souhaitons.

C'est une technologie émergente. Mais ses usages se multiplient presque quotidiennement.

Prenez par exemple l'histoire de Layla Richards, une petite fille d'un an.

Comme l'a dit le Daily Mail : "Layla Richards avait l'une des pires leucémies que ses docteurs aient jamais vu. Etant donné que tous les autres traitements échouaient, ils dirent à ses parents de s'attendre au pire."

Il y a 10 ans – il y a cinq ans, même – Layla n'aurait pas pu être sauvée par la médecine. Mais aujourd'hui, les choses ont changé. Grâce à l'édition génomique, les médecins ont pu lutter contre sa leucémie à l'aide d'une nouvelle arme. Ils ont utilisé un lymphocyte T d'une personne saine, édité son code génétique pour en "désactiver" certains éléments, et l'ont greffé à Layla (en utilisant une technique d'édition génétique similaire à CRISPR, appelée TALEN.)
[NDLR : Cette technique vous dit quelque chose ? C'est normal : Ray Blanco vous a recommandé une biotech spécialisée dans cette technique d'édition génomique... et qui réalise des miracles avec elle. A découvrir dans NewTech Insider) pour profiter de ce qui pourrait être la plus grande découverte médicale du XXIe siècle.]

Les cellules modifiées génétiquement ont fonctionné. Layla est guérie.

Selon les médecins à l'origine de cette expérience, c'est "un tournant dans l'utilisation de nouvelles technologies d'ingénierie, et les effets sur cette enfant ont été spectaculaires. S'il est possible de dupliquer les résultats, cela pourrait représenter un progrès immense dans le traitement de la leucémie et d'autres cancers."

Selon Rob McDonald, expert en oncologie et chercheur chez Novartis, dans un entretien en 2016 "CRISPR est un rêve de généticien devenu réalité. Cette technologie nous permet de réaliser des expériences dont nous ne pouvions que rêver par le passé."

CRISPR contre... les fléaux de notre siècle

Pour faire simple, l'édition génomique permet aux scientifiques de se pencher sur des milliers de gènes liés au cancer. L'objectif est de trouver un "interrupteur" – le ou les gènes nécessaires à la survie du cancer. En les trouvant, il serait possible de concevoir des traitements capables d'atteindre leur cible avec plus de précision.

Il a ainsi été possible de donner naissance à un projet majeur mené par les Instituts Novartis pour la Recherche BioMédicale (NIBR) et le Broad Institute du MIT et de Harvard, connu sous le nom de l'Encyclopédie des lignées cellulaires cancéreuses (Cancer Cell Line Encyclopaedia). L'objectif est de transformer les informations génomiques obtenues sur le cancer et la biologie de la tumeur en des données utiles pour le traitement. Un moyen de combattre une maladie déjà développée chez un patient. Mais est-il possible de remodeler nos profils génétiques pour nous immuniser totalement face à certaines maladies ?

C'est précisément ce que des chercheurs de l'Université du Massachussetts (UMass) ont tenté de faire. Ils essayent de créer une immunité au VIH en "coupant" et en éliminant les matériaux génétiques fautif.

Selon un communiqué de leur école de médecine :

Pour tenter de rendre le VIH latent totalement inoffensif, les chercheurs de l'Ecole de médecine de UMass utilisent CRISPR/Cas9, un outil d'édition génomique puissant, pour développer une technologie innovante capable de découper l'ADN du virus latent pour l'éliminer d'une cellule infectée.

"Au niveau le plus basique, nous utilisons une paire de ciseaux de très haute précision pour aller ôter l'ensemble ou la totalité du génome du VIH et réinsérer les morceaux sains du génome humain," explique le principal co-investigateur, le Dr Scot Wolfe, Professeur associé de biologie cellulaire, cancéreuse et moléculaire. "Si nous y parvenions, cela ouvrirait la voie vers un traitement curatif fonctionnel du VIH."

Et ce n'est pas tout. Le nombre d'usage cliniques du CRISPR – et de l'édition génomique au sens plus large – augmente sans cesse. Tout comme le cancer et le VIH, les chercheurs du monde entier ont connu des succès préliminaires en utilisant le CRISPR contre la mucoviscidose et la drépanocytose.

Et puis il y a des usages plus controversés, comme la création de moustiques modifiés génétiquement pour éliminer le reste de leur espèce (en les faisant se reproduire uniquement avec eux, donnant naissance à une descendance stérile) afin de combattre la malaria et le virus Zika.

Les limites morales de CRISPR

Etant donné les usages potentiels du CRISPR et d'autres techniques d'édition génomiques pour le traitement ou la prévention des maladies, il semble presque certain qu'elle devienne une industrie majeure – et peut-être même une partie clé de nos vies.

Ces techniques ont aussi déclenché un conflit moral à l'idée de modifier les briques fondamentales qui constituent la vie.

Dans ce débat, il est nettement plus facile de remporter l'adhésion si l'on a réussi à mettre ainsi au point un traitement contre le cancer ou les maladies cardiaques. Les avantages pour l'humanité sont évidents et immédiats.

Mais qu'en est-il de l'autre côté du débat ? Pourrions-nous utiliser ces techniques pour améliorer les personnes saines, plutôt que pour traiter ou prévenir les maladies ?

C'est ce que je vous propose d'examiner dès demain, dans la Quotidienne.

Cet article Avec CRISPR, misez sur l’invention scientifique la plus importante du XXIe s. est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/crispr-invention-scientifique-plus-importante-xxie/feed/ 0
CRISPR Therapeutics, Magic Leap, Oxford Nanopore Technologies : 3 valeurs technologiques qui vont faire parler d’elles http://quotidienne-agora.fr/crispr-therapeutics-magic-leap-oxford-nanopore-technologies/ http://quotidienne-agora.fr/crispr-therapeutics-magic-leap-oxford-nanopore-technologies/#respond Wed, 24 Aug 2016 09:53:18 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=68367 CRISPR Therapeutics - stockage de données sur ADN

Hier, avec Sébastien Maurice, nous avons vu que les vents boursiers étaient, depuis quelques semaines, de nouveau favorables aux biotechs.

Et si vous suivez les recommandations de Ray Blanco dans NewTech Insider, vous savez aussi que les techs se portent extrêmement bien en ce moment. Les deux fabricants de micro-processeurs qu'il vous a recommandé ces derniers mois affichent déjà des plus-values latentes de 46% et 74%... Quant à ce spécialiste de la sécurité automobile et de la voiture autonome, il progresse de 25% en quelques semaines.

Ce mouvement haussier m'a donné envie de m'intéresser à ces valeurs qui pourraient être les futurs grands noms des techs et des biotechs. Des entreprises qui ne sont pas encore dans le radar de la plupart des investisseurs puisqu'elles ne sont pas (encore) cotées.

Quel intérêt pour vous, si vous ne pouvez pas y investir ? C'est simple, ces valeurs sont à surveiller de près car elles ont les cartes en main pour bouleverser le secteur dans lequel elles oeuvrent, et aussi parce que certains signes laissent à penser qu'elles pourraient bientôt plonger dans le grand bain boursier.

Voici donc de quoi prendre les marchés de vitesse avec trois sociétés dont l'introduction en Bourse (IPO) pourrait être imminente.

Un des trois champions de la technologie d'édition génomique CRISPR

Première société à garder à l'oeil, CRISPR Therapeutics. Son nom vous renseigne immédiatement sur son champ d'action : le développement de thérapies à partir de l'outil d'édition génomique CRISPR. A propos de CRISPR, Le Monde lui a consacré cet été une très intéressante série de six articles. Origine, applications concrètes, controverses... Je vous rappelle aussi que Ray a consacré un dossier entier à cette technique d'édition génomique, que vous pouvez retrouver dans NewTech Insider.

Mais revenons à CRISPR Therapeutics. La biotech se concentre sur les applications thérapeutiques de CRISPR sur les maladies génétiques. Rares sont les biotechs dont les travaux en matière de CRISPR sont suffisamment avancés pour être crédibles. En fait, elles sont trois : Editas (EDIT:NASDAQ), Intellia Therapeutics (NTLA:NASDAQ) et donc... CRISPR Therapeutics. Parmi les atouts de CRISPR Therapeutics, la participation d'une des deux découvreurs de la méthode CRISPR-Cas9, Emmanuelle Charpentier, ainsi que des partenariats avec des grands noms des pharmas comme Bayer, Celgene ou Généthon.

Editas et Intellia se sont introduites en Bourse au cours des derniers mois, avec succès. CRISPR Therapeutics devrait donc être tenté de suivre leur modèle dans les mois qui viennent, ce qui lui permettrait, entre autres, de poursuivre le financement de ses recherches.

Une très secrète réalité augmentée

Magic Leap oeuvre quant à elle dans un domaine complètement différent, mais tout aussi prometteur, celui de la réalité virtuelle (VR) et surtout celui de la réalité augmentée (AR). Vous savez certainement à quel point je mise sur l'AR. Selon moi, son potentiel de croissance est encore plus important que celui de la réalité virtuelle. Ray vous prépare d'ailleurs un dossier spécial sur le sujet, avec ses meilleures recommandations pour en profiter dès à présent... A suivre dans NewTech Insider.

Reste qu'une des entreprises les plus intrigantes en matière de réalité augmentée, Magic Leap, est encore privée.

On ne sait pas grand-chose sur les produits développés par la société, mais chacune des vidéos qu'elle dévoile parvient à créer un véritable enthousiasme chez les amateurs de nouvelles technologies. Si vous voulez vous faire une idée de ce que promet Magic Leap, vous pouvez regarder ces vidéos ici et ...

D'après les brevets déposés par la société, Magic Leap développerait une paire de lunette consacrée à l'AR.

L'autre probable grand atout de la société, c'est sa gestion de la 3D. La façon la plus simple de créer un sentiment de profondeur est d'utiliser le même principe que celui des stéréoscopes de votre enfance : proposer à chacun de vos yeux une image d'un même objet, mais prise sous un angle légèrement différent.

La 3D stéréoscopique s'est remarquablement améliorée ces dernières années, mais continue à poser quelques problèmes à l'utilisation même avec la dernière génération de casques de réalité virtuelle. En forçant les yeux, en les "mystifiant", vous perturbez votre vision avec pour conséquence migraine, nausées et étourdissements. La technologie de Magic Leap reposerait sur une 3D plus "naturelle", respectant le fonctionnement de notre vision.

Je vous le disais, on ne sait pas grand-chose de la technologie que proposera Magic Leap. Selon certaines rumeurs, la société pourrait lancer son premier produit d'ici quelques mois, et plus probablement l'année prochaine. Ce mystère soigneusement entretenu par la direction n'est pas forcément très rassurant mais Qualcomm, Alibaba, Warner Bros, JP Morgan ou encore Google ont investi dans la société et sa technologie, tandis que Lucasfilm, le studio à l'origine de Star Wars, a signé un partenariat avec elle en juin dernier.

Côté IPO, le lancement prochain du premier produit de la société ouvre probablement la voie à une introduction en Bourse.

Le séquençage qui tient dans la main

Dernière valeur dont l'IPO est à surveiller : celle d'Oxford Nanopore Technologies. La société oeuvre dans un secteur qui s'est imposé comme indispensable, celui du séquençage de l'ADN. Une société, Illumina (ILMN:NASDAQ), qui a réussi l'exploit de faire tomber le coût d'un séquençage complet de l'ADN à 1 000 dollars. Oxford Nanopore Technologies a développé la prochaine révolution du secteur : un séquenceur rapide, efficace... et qui tient dans la paume d'une main.

MinIon

Actuellement, les séquenceurs – de la taille d'un gros photocopieur – ne sont pas transportables. Avec son MinION, Oxford Nanopore Technologies permettra des séquençages sur le terrain, et en quelques secondes, ce qui va être particulièrement utile en cas d'épidémie de virus ou pour les analyses d'eau et d'air.

Le séquençage est un secteur en pleine explosion, et la technologie d'Oxford Nanopore Technologies va permettre un nouveau saut technologique.

La dernière levée de fonds de la société date de 2015, et une IPO semble se préparer.

Trois valeurs à suivre !
[NDLR : Pas envie d'attendre ? Les technos et biotech les plus prometteuses – et qui ont déjà franchi le pas de l'IPO – sont dans NewTech Insider]

Cet article CRISPR Therapeutics, Magic Leap, Oxford Nanopore Technologies : 3 valeurs technologiques qui vont faire parler d’elles est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/crispr-therapeutics-magic-leap-oxford-nanopore-technologies/feed/ 0
Le stockage de données sur ADN devient une réalité – profitez-en ! http://quotidienne-agora.fr/stockage-de-donnees-sur-adn/ http://quotidienne-agora.fr/stockage-de-donnees-sur-adn/#respond Mon, 01 Aug 2016 09:32:46 +0000 http://quotidienne-agora.fr/?p=68330 CRISPR Therapeutics - stockage de données sur ADN

Vendredi dernier, nous avons vu que la multiplication – et c'est un faible mot – des données numériques posait un double problème : celui de leur stockage mais aussi celui de leur conservation. Double problématique, mais solution potentiellement unique grâce au stockage de données sur ADN. Théoriquement, le stockage de données sur ADN appartient au domaine du possible. Restait à passer de la théorie à la pratique...

Stockage de données sur ADN : de la théorie à la pratique

Ces dernières années, la biologie de synthèse a fait d'énormes progrès. Etienne Henri vous en parlait récemment dans la Quotidienne. Nous sommes aujourd'hui capables de modifier l'ADN, les cellules et par là même, des organismes vivants. Nous sommes aussi capables – et c'est assez récent – de créer de toutes pièces ces organismes. Des découvertes, comme le ciseau génétique CRISPR, ont largement contribué à ces avancées.

Pour l'instant, seuls les organismes simples peuvent ainsi sortir de nos éprouvettes – des bactéries par exemple. En 2010, le biologiste américain Craig Venter est parvenu à synthétiser en entier un ADN bactérien. Nous savons donc maintenant "construire", brique génomique après brique, des nucléotides (ADN ou ARN). Et puisque nous pouvons construire de l'ADN, nous pouvons le faire afin qu'il code de l'information.

Dès 2012, deux équipes, une en Angleterre et l'autre aux Etats-Unis, sont parvenues à passer à l'étape suivante : encoder des informations dans de l'ADN.

Puisqu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, l'équipe américaine de George Church a codé 70 milliards de fois un ouvrage rédigé par celui-ci, Regenesis : How Synthetic Biology Will Reinvent Nature and Ourselves in DNA, contenant 53 000 mots, 11 images au format jpeg et un programme informatique. L'ADN ainsi créé a ensuite été "décodé" – ce que l'on appelle le séquençage – permettant de constater une quasi-intégrité des données.

Restait à démontrer que ce stockage était réellement pérenne – ce qui a été réalisé, en 2015, par l'équipe de Robert Grass de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich). Pour cela, l'équipe suisse a codé des données sur un brin d'ADN, puis l'a enfermé dans une minuscule bille de silice. Celle-ci a ensuite été soumise à un traitement de choc – soit une température de 70°C pendant sept jours, qui permet de répliquer un stockage à 10°C pendant 2 000 ans. Dernière étape : le séquençage qui a permis de constater la parfaite intégrité de ces données (le Pacte fédéral suisse de 1291 et un texte d'Archimède).

Cette expérience a démontré la possibilité d'un stockage sur de très longues périodes (plusieurs milliers d'années au bas mot).

De la pratique à la commercialisation

Le stockage de données sur ADN est progressivement en train de quitter le seul terrain des laboratoires. Il se heurte cependant à certaines contraintes, dont la principale est celle du coût.
La technique, nous l'avons vu, est relativement au point, et la marge d'erreur réduite. Reste que le coût actuel de construction d'un ADN de synthèse, puis sa lecture, demeure élevé.

De nouvelles technologies, comme celle d'édition génomique CRISPR-Cas9, pourrait réduire significativement le temps et le coût de synthétisation de l'ADN. A l'autre bout de la chaîne, le prix du séquençage – étape indispensable pour lire les données encodées –, s'il s'est effondré ces dernières années, se monte encore à un millier de dollars.

Les coûts du stockage sur ADN les réservent, pour le moment, à des projets bien particuliers, tels la conservation du patrimoine de l'Humanité. Le stockage pour ADN à destination du grand public n'est donc pas pour tout de suite.

La préservation de nos données les plus précieuses – votre dernière conversation par sms ne devrait pas être concernée, rassurez-vous ! – pourrait alors s'inspirer de la réserve mondiale de semences du Svalbard, située en Norvège, et où sont conservées des semences venues de la planète entière à une température de -18°C.

Livres, films, photographies et enregistrements sonores à valeur patrimoniales pourraient – et devraient si nous voulons assurer leur survie à travers les décennies à venir – être transférées sur ADN. En début d'année, la société Technicolor a par exemple annoncé avoir transféré le Voyage dans la Lune réalisé en 1902 par Georges Méliès sur ADN. Et non pas une seule copie mais un million...

Un exploit qui a tout de même nécessité six semaines de travail et coûté des dizaines de milliers de dollars. Technicolor, dont l'expérience en matière de cinéma n'est plus à démontrer, semble bien décidée à améliorer la technologie pour la commercialiser dès l'année prochaine.

Autre société à surveiller de près : la start-up américaine Twist Bioscience, spécialisée dans le stockage sur ADN. Elle est parvenue à convaincre Microsoft de la validité de sa technologie. En avril 2016, on apprenait que le géant américain avait acquis 10 millions de brins d'ADN, déléguant à Twit Bioscience le soin d'encoder ses données.

Cette collaboration a déjà abouti sur un premier record : celui de l'encodage sur ADN du plus grand volume de données. Vous y trouverez, pêle-mêle, la Déclaration universelle des droits de l'homme en une centaine de langues, un vidéo-clip d'un groupe de rock, les 100 livres les plus téléchargés du Projet Gutenberg, et une base de données des semences du Global Crop Diversity Trust.

Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

Le stockage sur ADN est déjà une réalité. Ne reste plus qu'à en réduire le coût pour que cette technologie devienne commercialement viable.

Reste à savoir comment en profiter. Malheureusement, Twist Bioscience n'est pas cotée. Je vais surveiller son parcours car elle pourrait s'avérer une très belle opportunité d'investissement.

Vous pouvez miser sur des valeurs cotées mais dont le stockage sur ADN n'est pas le coeur de métier. Je pense tout particulièrement à Technicolor (FR0010918292) mais aussi à Microsoft (MSFT-Nasdaq).

Autre valeur, que j'apprécie particulièrement, Illumina (ILMN-Nasdaq), qui est parvenue à faire chuter les prix du séquençage sous la barre des 1 000 $. La société poursuit sa quête, grâce à une R&D innovante, pour réduire le temps et le coût d'un séquençage – des progrès indispensables pour faire réellement émerger le stockage sur ADN – et s'est attribuée un quasi-monopole sur ce marché en forte croissance.

Cet article Le stockage de données sur ADN devient une réalité – profitez-en ! est apparu en premier sur La Quotidienne de la Croissance.

]]>
http://quotidienne-agora.fr/stockage-de-donnees-sur-adn/feed/ 0