SpaceX : pari gagné !

Rédigé le 3 avril 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

C’est fait ! Dans la nuit du 30 au 31 mars (heure française), SpaceX a, pour la première fois dans l’Histoire de la conquête spatiale, fait voler deux fois une fusée commerciale.

SpaceX
Cette fusée décolle pour la seconde fois…
Crédit photo : SpaceX

Nous avions parlé dans de précédentes Quotidiennes de la prouesse qui consiste à faire revenir en bon état un lanceur une fois sa mission terminée.

Ces derniers mois, SpaceX a réalisé un quasi-sans faute en terme d’atterrissage de ses fusées. Qu’il s’agisse d’un retour sur le plancher des vaches ou sur une petite barge autonome au milieu de l’océan, faire revenir de l’Espace une fusée à bout de carburant et la poser en douceur sur une cible grande comme la moitié d’un terrain de football tient désormais de la routine pour la firme d’Hawthorne.

Bien sûr, la récupération des lanceurs usagés n’est pas la finalité de cette prouesse technologique. Le retour sur Terre n’est que la première étape vers la réutilisation de fusées pour diminuer les coûts de mise en orbite.

Si vous regardez à la télévision ou sur Internet un décollage de fusée, vous serez impressionné par la quantité de flammes et de fumée qui sortent des moteurs. Toute cette débauche d’énergie consomme énormément de carburant… et pourtant, le coût prépondérant d’un lancement en orbite n’est pas dans l’énergie, mais dans la construction et la préparation de la fusée « à vide ».

Elon Musk, fondateur de SpaceX, a décidé de s’attaquer à l’aberration économique qui tient lieu de règle dans les lancements spatiaux depuis la course à la Lune : l’utilisation de fusées jetables.

Son pari ? Réussir là où la NASA et sa navette spatiale avaient échoué.

Après de nombreux succès dans la récupération du premier étage de la fusée Falcon 9, il était temps de passer à l’étape suivante : la réutilisation effective de ces lanceurs.

Ce que vous ne verrez pas dans la presse

L’inspection des milliers d’éléments qui composent le premier étage d’une fusée fraîchement récupérée ne permet pas de faire de belles vidéos. Cette phase de remise à niveau, bien moins médiatique qu’un décollage ou un atterrissage, est pourtant critique dans la viabilité du projet de fusées réutilisables. Il s’agit d’un travail de fourmi qui se fait dans l’ombre.

Des centaines d’ingénieurs et techniciens se sont relayés durant des milliers d’heures pour inspecter le lanceur qui a été réutilisé le 30 mars.

La mission qui leur a été confiée était particulièrement ingrate. Vérifier la conformité d’un lanceur neuf n’est déjà pas une mince affaire, et les erreurs – fréquentes comme dans toute activité humaine complexe – ont des conséquences désastreuses.

Dans ce cas précis, il leur a fallu vérifier que le lanceur serait capable de supporter un deuxième tir… alors même que personne ne sait avec certitude comment se comporte une fusée de cette taille après plusieurs lancements !

Les équipes ont donc travaillé dans l’incertitude. Elles ont dû faire de leur mieux pour imaginer les points de contrôle nécessaires à un second lancement, puis mener à bien tous les tests.

Nous sommes d’accord : l’image de dizaines de personnes passant des mois à démonter et remonter un gigantesque réservoir sur pattes (en l’occurrence, neuf moteurs développant 65 tonnes de poussée) ne fait rêver ni l’enfant, ni l’investisseur qui sommeille en nous.

Pourtant, c’est bien le coût des remises en état qui a tué le programme de la navette spatiale. Les ressources nécessaires à l’inspection et aux petits travaux de réparation ont signé l’arrêt de mort économique du programme de la NASA. Dès les premiers vols, il était clair que la préparation d’une navette pour un vol supplémentaire coûtait cher – bien plus cher que le tir d’une fusée classique.

La décision de maintenir les tirs de ces lanceurs mal nés a été politique, pas économique ni scientifique.

Les navettes ont malgré tout continué leur activité alors que leurs vols représentaient un gouffre financier face aux fusées russes de capacité équivalente. Les dernières estimations indiquent que le coût d’un lancement d’une navette était de plus de 500 millions de dollars à la fin du programme – à comparer aux 65 millions de dollars facturés par SpaceX pour le lancement d’une fusée Falcon 9…

Ne dépendant pas du contribuable américain pour financer ses lanceurs, SpaceX se doit de maintenir une certaine rentabilité dans son activité.

L’opération de remise en état des lanceurs a donc été prévue pour être rentable, pas politique. La question qui subsistait était la suivante : la procédure choisie serait-elle suffisante pour que la fusée puisse voler à nouveau ?

La réponse, depuis le 30 mars, est oui.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Ce palier technologique et économique franchi avec succès, SpaceX peut se féliciter d’avoir une fois de plus réussi là où la NASA s’était, en son temps, embourbée.

Ce premier lancement d’une fusée de récupération ne signe pas pour autant la fin de la Recherche & Développement chez SpaceX.

Tout d’abord, il faudra valider dans la durée que les fusées réutilisées ont un taux de succès comparable à celui des fusées neuves. Dans le secteur des lanceurs spatiaux, les clients comparent la fiabilité autant que les coûts. Une fusée qui ne place pas son satellite sur l’orbite prévue, c’est pour le client des années et de travail et des dizaines de millions de dollars qui partent en fumée.

Le calcul bénéfice/risque est donc vite fait : il est inutile de gagner 30% sur le coût du lancement si la fiabilité est sensiblement moindre !

N’oublions pas non plus que l’objectif ultime de SpaceX est d’amener l’Homme sur Mars. Lancer des fusées réutilisables permettra d’accéder à l’orbite terrestre à bas coût. Pour des questions de contraintes physiques, un lancement direct du plancher des vaches vers la planète rouge n’est pas réaliste.

En amenant progressivement des hommes et du matériel en orbite, une mission habitée vers Mars devient envisageable. Dans cette optique, le lancement du 30 mars est un jalon plus qu’une finalité.

Quelles conséquences sur vos investissements ?

Vous connaissez mon enthousiasme pour cette société qui dépoussière le lancement spatial.

Mû principalement par des considérations politiques durant l’après-guerre, ce secteur est passé en une génération de symbole de l’innovation et de l’ambition à celui de la prudence, voire de la frilosité. Alors que les lancements spatiaux étaient devenus aussi excitants qu’un trajet en camion sur l’A7, SpaceX a rebattu les cartes et relancé la machine à rêver.

L’arrivée sur le marché des lanceurs Falconest une excellente nouvelle, et je suis convaincu que SpaceX est la société innovante qui a le plus de chance de connaître une forte rentabilité. Si je conseille la plus grande prudence à ceux qui souhaiteraient investir dans Tesla(l’autre création d’Elon Musk qui me semble en pleine bulle médiatique), j’aimerais pouvoir vous conseiller d’investir dans SpaceX…

Malheureusement pour nous, SpaceX n’est pas cotée en Bourse.

Vous pouvez toutefois miser sur son succès en anticipant que les coûts de lancement de satellites vont être tirés à la baisse grâce aux fusées Falconréutilisables. Toutes les sociétés dont l’activité est basée sur des satellites verront leurs marges s’étoffer dans les prochaines années avec la baisse des coûts de mise en orbite.

Qu’elles fassent appel à SpaceX ou aux concurrents (qui seront obligés d’aligner leurs tarifs), ces entreprises bénéficieront par ricochet de ce saut technologique.
[NDLR : Dans NewTech Insider, Etienne vous a justement recommandé un opérateur européen de satellites de télécommunications qui pourrait être un des grands gagnants du pari réussi de SpaceX. Une valeur qui, en outre, retrouve la faveur des marchés. A saisir, dans NewTech Insider.]

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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