Ce que la sortie de l’euro fera (et ne fera pas) pour vous

Rédigé le 13 avril 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Cette Quotidienne marque une parenthèse dans nos habitudes.

Exceptionnellement, nous ne parlerons aujourd’hui pas de voitures autonomes, de fusées dans l’espace, de progrès médicaux ni d’investissements à fort rendement.

Nous nous concentrons les deux prochains jours sur les conséquences d’une sortie de l’euro sur votre pouvoir d’achat. Tous les candidats à la prochaine élection présidentielle ont un avis sur la question. Les arguments électoraux sont bien connus ; ils vont du maintien du rêve européen à une souveraineté retrouvée de l’Etat français.

Chacun adhère, généralement, à tel ou tel argument en fonction de ses préférences politiques. Mais quel candidat, et quel programme, prend le temps d’expliquer toutes les conséquences qu’auraient une sortie de l’euro et le scénario contraire du statu quo ?

Je vous propose aujourd’hui d’aborder le sujet sur un mode plus pragmatique. En laissant de côté pour quelques minutes nos habitudes d’électeur, nous pouvons nous poser la question de manière ouverte : « Serai-je gagnant ou perdant en cas de sortie rapide de l’euro ? »

Quelle est l’importance de l’euro dans notre économie ?

Cela fait une quinzaine d’années que nous avons cessé d’utiliser notre vénérable franc pour laisser place à l’euro. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les promesses d’embellissement économique n’ont pas eu lieu. Le taux de chômage est toujours proche des 10%, et l’augmentation de la richesse du pays, concentrée dans quelques mains, est imperceptible pour la grande majorité des citoyens.

Ce constat fait, il faut rappeler ce qu’est l’euro : une monnaie. Rien de plus, rien de moins.

Nombreux hommes et femmes politiques répètent à l’envi que la monnaie unique est notre seule planche de salut économique ou, au contraire, la source de tous nos maux.

Ces raccourcis simplistes sont, comme toujours, faux. L’économie est un art autant qu’une science, et les phénomènes en jeu sont complexes. Que l’on parle de durée légale du travail, de choix de la monnaie ou d’âge de la retraite, aucune variable prise individuellement n’est capable d’expliquer l’état global de la situation du pays. Les acteurs économiques (vous, moi, les entreprises et l’Etat) adaptent en permanence leur comportement en fonction des différents facteurs.

Jouer sur un seul paramètre fait généralement des gagnants et des perdants, avant que les choses ne trouvent un nouvel équilibre.

Après des mois de propagande électorale durant laquelle les certitudes des candidats ont été assénées en boucle, il leur est difficile d’admettre leur impuissance sur un sujet aussi important que l’argent que nous manipulons tous les jours…

Ce qu’aurait dû nous apprendre le pic inflationniste de 2008

Pour dissiper vos derniers doutes, je vous propose de nous remémorer le pic inflationniste du début 2008. Si nous sommes aujourd’hui toujours en train de nous dépêtrer de la crise des subprime, n’oublions pas qu’elle a débuté il y a près de 10 ans…

Le tableau était le suivant : pétrole à 100 $ le baril (il allait dépasser les 140 $ au mois de juillet), matières premières alimentaires en ébullition, économie réelle en train de caler et CAC 40 qui débutait son plongeon vers les 2 700 points.

Vous souvenez-vous de ce que nos brillants stratèges donnaient comme source de tous les maux ? L’euro, bien sûr, et son taux de change exorbitant de 1,6 pour 1 $.

La solution était simple, il suffisait que la BCE accepte de faire marcher la planche à billet pour envoyer l’euro au tapis, et tout serait réglé.

Quel dommage que l’inertie des traités européens empêchent nos brillants dirigeants d’appliquer leur formule magique. Une fois n’est pas coutume, les clivages politiques s’effaçaient face à cette évidence : un euro faible aurait pu nous sauver si la planche à billets avait pu être mise en marche… Sans l’Europe, on aurait vu ce qu’on aurait vu !

Les entreprises auraient enfin pu exporter ; notre balance commerciale serait revenue dans le vert ; les embauches auraient accéléré et le taux de chômage serait redescendu vers les mythiques 5%.

Ironie de l’Histoire, la BCE a renié son héritage germanique et a bel et bien fait tourner les rotatives pour inonder les marchés d’euros frais.

Le taux de change EUR/USD a connu un plongeon sans précédent :

EURO/USD depuis 2008
Taux de change EUR/USD depuis 2008

Nos dirigeants ont eu ce qu’ils n’attendaient pas : une impression monétaire digne d’un raz-de-marée et un euro dévalué de près de 40%.

Qu’est-il arrivé à notre PIB et notre taux de chômage ?

Rien.

chomage
Taux de chômage en France depuis 2008 selon Eurostat

Le chômage a continué à grimper durant ces années. Le revenu médian corrigé de l’inflation n’a quasiment pas bougé.

L’euro a perdu plus d’un tiers de sa valeur sans que notre économie ne s’améliore.

Même si l’économie est un art, il n’est pas interdit de l’aborder avec une grille de lecture cartésienne. Nous avons vu, depuis 2008, que baisser sensiblement la valeur de l’euro n’améliore pas la question du chômage et du pouvoir d’achat.

Tordons-donc le cou une fois pour toute à cette idée simpliste qui consiste à dire que l’euro était « trop cher » et asphyxiait notre économie. Si cela avait été le cas, nous aurions observé un retour à l’emploi lors de la baisse de l’euro.

Cette corrélation entre la valeur de la monnaie unique et notre taux de chômage étant écartée, sur quels effets bien réels pouvons-nous baser notre réflexion ?

Monnaie forte ou monnaie faible, faites votre choix

Si nous voulons éviter les raccourcis que nous reprochons à nos hommes politiques, la rigueur de notre raisonnement nous limite aux faits dans la recherche d’effets, de causes, et de corrélations.

Nous pouvons cela dit nous autoriser cette tautologie : la seule chose que nous ayons constatée avec certitude lors de la baisse de l’euro est que la monnaie unique a perdu 40% de sa valeur depuis 2008.

Malgré cette baisse, l’euro est une monnaie qui résiste plutôt bien au temps qui passe par rapport à l’autre mastodonte : le dollar US. Lors de sa mise en circulation au 1er janvier 2002, il fallait 0,9 $ pour acheter 1 euro. Aujourd’hui, il en faut 1,06.

L’euro s’est donc légèrement apprécié face au billet vert sur la période (+17%).

A titre de comparaison, le nouveau franc français (FRF) avait connu de bien plus importantes fluctuations face au dollar. Les épisodes inflationnistes post-1968, lors du choc pétrolier de 1973 et les dévaluations dans le cadre du SME dans les années 1980 avaient érodé le pouvoir d’achat de la monnaie française de manière bien plus importante que l’euro depuis sa création.

Nous pouvons donc en conclure que la nouvelle monnaie française sera, quelle que soit son appellation, une monnaie moins forte que l’euro. Elle aura vocation à être rapidement dévaluée pour rééquilibrer les finances publiques. La baisse de cette nouvelle monnaie sera-t-elle de -15%, -30% ou -50% ?

Si le prochain gouvernement laisse un taux de change flottant entre cette monnaie et l’euro, nul ne peut prévoir exactement quelle valeur elle prendra. Le chiffre de -30% n’est qu’une hypothèse qui se base sur des ratios habituels, à prendre avec beaucoup de recul !

La seule chose certaine, c’est qu’une baisse de valeur de la monnaie légale n’a rien fait pour notre économie ces 10 dernières années. Il n’y a aucune raison que cela change dans les 10 années suivantes.

Quel effet pouvons-nous donc raisonnablement attendre en cas de sortie de l’euro ? Qui seront les gagnants, et les perdants ? C’est ce que nous verrons dès demain.
[NDLR : En attendant, Eric Lewin a sélectionné 3 valeurs – intégrables au PEA – qui vont vous permettre d’être le grand gagnant de ces élections. 3 valeurs à découvrir ici…]

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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