Sortie de l’euro : serez-vous gagnant ou perdant ?

Rédigé le 14 avril 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Nous continuons aujourd’hui notre série dédiée à l’euro et à l’impact que pourrait avoir un retour à une monnaie nationale en France.

Nous avons vu hier que le franc 2017 serait probablement une monnaie faible – ce qui va dans le sens des pourfendeurs de l’euro pour qui sa force face aux autres monnaies est son principal problème.

Nous avons également tordu le cou à l’idée simpliste qui prétend que la dévaluation d’une monnaie a un effet positif sur le chômage.

Aujourd’hui, nous nous intéressons à l’effet inflationniste qu’appellent de leurs voeux certains prétendants à l’Elysée.

Avec une monnaie dévaluée par rapport à l’euro, quels seraient les conséquences au quotidien ?

Le coût direct d’un choc inflationniste

Vous souvenez-vous de la hausse des matières premières entre 2005 et 2008 ? Le prix du plein de carburant augmentait tous les mois. Celui des matières premières agricoles (farines, huile, céréales) avait plus que triplé en quelques mois.

Ces hausses n’étaient rien par rapport à celles qu’ont subi les personnes hors zone euro. Nos prix, exprimés en euro, étaient adoucis par le niveau record de la monnaie unique. Là où nous, Européens, avons subi des prix qui doublent, les Américains ont vu les prix tripler. Les pays en développement qui n’avaient pas la chance d’avoir une monnaie arrimée au dollar ou à l’euro ont encore plus souffert.

Nous retrouverons ce type d’inflation des biens importés si la France cesse d’utiliser la monnaie unique. Le passage à une monnaie nationale faible augmentera immédiatement le prix de ces biens. Le choc sur le pouvoir d’achat sera immédiat, et durable.

Si, en prime, le futur gouvernement fait marcher la planche à billets, la nouvelle monnaie sera de plus en plus affaiblie – et les prix de vos courses augmentera d’autant.

Difficile à croire ? L’inflation est pourtant déjà là

Après une dizaine d’année de taux zéro et d’inflation au plancher, il est facile de penser que les épisodes inflationnistes ne sont que des reliques des temps anciens pour les livres d’Histoire…

Pourtant, des signaux montrent que l’inflation revient en Europe. S’il ne fallait prendre qu’un exemple, prenons celui des produits électroniques. Depuis 30 ans, ils sont le prétexte parfait pour dire que notre pouvoir d’achat ne fait qu’augmenter. Un ordinateur personnel coûtait un an de salaire il y a une génération, un mois de salaire il y a 10 ans. Nos chers gouvernements et instituts de sondage ont donc pu proclamer que le coût de la vie était de moins en moins cher.

L’effet déflationniste de la high-tech a permis de gommer les augmentations de prix des denrées de base et du logement – en théorie bien sûr. En pratique, nous savons bien que les Français ne se sont pas enrichis depuis le début du XXIe siècle…

Figurez-vous que les prix de l’électronique repartent à la hausse depuis un an. Le coût des composants de base, des ordinateurs et des iPhones monte à un rythme soutenu. Cette fois-ci, les artifices comptables ne fonctionneront pas : même les indices officiels seront obligés de confirmer la réalité : les prix des biens augmentent.

Qui en bénéficiera ?

Les consommateurs seront donc les grands perdants de l’inflation à venir. Fait nouveau, elle concernera tous types de biens et non plus les seules matières premières agricoles et énergétiques.

Qui bénéficiera de la hausse du prix des biens ? Ceux qui vendent des biens pour acheter des services. Si vous avez connu les précédents épisodes d’inflation, vous savez que les salaires suivent avec retard les hausses de prix. Les salariés souffriront, tandis que les retraités, chômeurs et rentiers seront laminés.

Les gagnants (relatifs) seront donc les entreprises qui vendent des biens dont elles pourront augmenter les prix et non les salariés qui n’auront que peu de moyens de pression pour demander des augmentations.

En pratique, les entreprises ne feront pas fortune : la paupérisation de la clientèle limitera la marge de manoeuvre pour augmenter les prix. Les entreprises auront simultanément des coûts d’approvisionnement en hausse et une clientèle de moins en moins solvable.

Les secteurs les plus concurrentiels subiront une vague de faillites.

Les jeunes hyper-connectés et frontaliers pourront toutefois vendre à bas coût leurs services en Allemagne ou en Suisse… le modèle low-cost de l’Inde appliqué en France, en somme !

Et la dette ? Ne sera-t-elle pas effacée ?

Lorsque nous utilisions le franc, l’inflation avait pour vertu d’alléger les dettes. Ceux qui ont connu cette époque se souviennent d’une inflation douce pour les jeunes actifs et salariés endettés, qui efface les dettes et permet de rembourser en monnaie de singe.

C’est ce tableau qu’agitent les partisans d’une sortie de l’euro. Sans oser prononcer le mot inflation, ils utilisent l’euphémisme de la dévaluation, synonyme dans l’imaginaire collectif d’une dette effacée. Ceux qui rêvent d’un Jubilé après l’élection présidentielle devraient cependant ne pas oublier une différence de taille avec les années 1970-1980 : cette fois-ci, nous avons emprunté en euros et non en francs.

Que l’on parle de la dette publique, de nos emprunts immobiliers ou des crédits à la consommation, toutes les dettes conclues depuis 15 ans sont libellés dans la monnaie unique. Si la France fait cavalier seul et retourne au franc alors que l’euro existe encore, il n’y a aucune chance que les créanciers acceptent de convertir les dettes en nouveaux francs.

Cette fois-ci, l’inflation ne signera pas la victoire des emprunteurs sur les créditeurs, mais bien leur asphyxie économique. Au fur et à mesure de la dévaluation de la nouvelle monnaie nationale, la charge des emprunts (pour l’Etat comme pour les citoyens) augmentera jusqu’à l’insoutenable.

L’inflation en cas de sortie de l’euro aura donc tous les inconvénients d’un épisode inflationniste sans avoir l’avantage de l’effacement de dette.

Bilan : comment profiter d’une sortie de l’euro ?

Bien sûr, il y aura un gagnant derrière chaque perdant. Nous terminons cette analyse par quelques recommandations sur la stratégie qui sera, en terme de probabilités, la plus rentable en cas de sortie de l’euro pour un résident en France.

Encore une fois, nous ne pouvons pas prévoir la réaction de l’économie dans son ensemble, et toutes les situations individuelles sont uniques. Nous pouvons en revanche transposer les expériences de la Russie, du Venezuela, du Zimbabwe et de la Grèce et en tirer quelques projections qui ont l’avantage d’être issues de la réalité et non d’un programme électoral.

Salariés : Faites le gros dos. Traditionnellement, les salaires suivent l’inflation avec retard. Attendez-vous donc à une baisse de pouvoir d’achat.

Allocataires, rentiers, épargnants : Prévoyez des sources de revenu supplémentaires. Vos allocations et pensions risquent de rester immobiles face à l’envolée des prix. Votre assurance-vie risque de perdre toute sa valeur voire d’être irrécupérable si le gouvernement met en jeu les mécanismes de blocage votés ces derniers mois.
[NDLR : Comment adapter votre assurance-vie à un Frexit, voire une dissolution de la zone euro ? Comment la protéger ? Mory Doré et Simone Wapler vous indiquent la marche à suivre dans La Stratégie]

Emprunteurs : attention à vos emprunts en euros. La charge du remboursement risque d’être difficilement supportable à mesure que le franc sera déprécié.

Actionnaires : Les actions d’entreprises sont un rempart acceptable contre l’inflation. Ne vous précipitez-pas pour autant après l’élection : les capitaux étrangers reflueront d’abord de France en cas de risque monétaire. Ce n’est qu’une fois que le Village gaulois ne pourra plus compter que sur ses propres épargnants qu’une hausse des actions françaises sera possible.

Prêteurs en euro : Si vous arrivez à prêter à des clients solvables (hors de France, donc) en euros, vous serez gagnant. Vous continuerez à vivre en francs tout en touchant vos remboursements en euros. Acheter de la dette allemande ou tout simplement ouvrir un compte bancaire en Allemagne est un bon moyen de protéger votre épargne.

Entrepreneurs étrangers près des frontières : Vous serez les grands gagnants. Vous pourrez embaucher à bas prix des Français que vous rémunérerez en francs tout en réalisant votre chiffre d’affaires en euros. Vous profiterez d’une main-d’oeuvre haut-de-gamme à prix cassé.

Voilà ce que l’expérience des nations utilisant des monnaies faibles nous enseigne.

Comme vous le voyez, il y aura des gagnants et des perdants. Il est de la responsabilité de chaque électeur d’en avoir conscience avant de déposer son bulletin dans l’urne et de faire son choix en connaissance de cause.

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Un commentaire pour “Sortie de l’euro : serez-vous gagnant ou perdant ?”

  1. Bonjour,

    Les emprunts en euro seront automatiquement libellé en Franc du jour au lendemain, c’est la lex monetae. Les français qui ont un emprunt immobilier de 100 euros verront leur emprunt passer à 100 FF. De façon transparente et indolore.
    La dette publique française est très majoritairement en droit français et donc la lex monetae s’appliquera de même.
    La preuve en est que pour passer du Franc à l’Euro, cela s’est déroulé ainsi (avec un ratio de 6,55957) sans soulever ce type d’objection à l’époque.

    Voir le Considérant n°8 ici :
    http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A31997R1103

    Soutenir autre chose est de la mauvaise foi et de la malhonnêteté.
    On peut être pour ou contre une sortie de l’euro, tout en argumentant sans mensonge.

    Il y a un coût à sortir de l’euro ? De la souffrance ? Certainement.
    Mais il est très inférieur au coût d’y rester. Il suffit pour s’en convaincre de voir la croissance en zone euro et les ravages de l’austérité.
    La renégociation des traités, nécessaire pour conserver l’euro, n’est pas réaliste, l’Allemagne n’a pas les moyens ni la volonté de payer pour les autres.
    En tout état de cause, le temps passe, et TARGET 2 diverge, l’affaire sera entendue assez vite nonobstant les avis des uns et des autres.

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