Snap est-il le futur Facebook ?

Rédigé le 21 février 2017 par | A la une, Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Hier, nous avons vu qu’à notre très humble avis, investir sur l’IPO de Snap, l’éditeur de Snapchat n’était peut-être pas l’idée du siècle.

Reste à savoir ce que vaut l’application et sa maison-mère sur le long terme. Car comme l’a prouvé Facebook, après une presque traditionnelle phase de déprime, un titre nouvellement introduit en Bourse peut se reprendre, et faire des étincelles.

Facebook - snap

Alors que vaut Snap ?

Le principal atout de Snapchat, je vous le disais, ce sont ses utilisateurs : jeunes, très actifs sur les réseaux sociaux, accrochés à leur smartphone et utilisateurs réguliers de l’application.

Depuis plus d’un an déjà, Snap a concentré ses efforts sur la monétisation. Encore peu présente chez les utilisateurs européens, la publicité a fait son apparition dans l’appli, principalement sous la forme de filtres de modification d’image au nom d’une marque ou d’un événement (sortie d’un film, d’une série, etc.) et de publicités au format vidéo insérées entre deux lectures de snaps. Des publicités qui ne peuvent pas être bloquées par l’utilisateur…

Pour mieux monétiser son application, Snap pourrait aussi compter sur l’impressionnante masse de données personnelles à sa portée. Difficile de s’y retrouver clairement au milieu des conditions d’utilisation et de la politique de confidentialité de ce genre de services mais Snap propose, par exemple, du ciblage publicitaire en fonction de l’email utilisé pour créer le compte.

En la matière, Snap devrait pouvoir s’inspirer des précédents de Facebook ou du réseau de partage de photos Instagram (racheté par Facebook en 2012 pour 750 millions de dollars) qui proposent de la publicité de plus en plus ciblée. La formule a été efficace : début février, Facebook annonçait une hausse de 51% de son chiffre d’affaires sur un an, à 8,8 milliards de dollars. Sachant que la publicité représente 97% des revenus du réseau social, vous vous doutez que Facebook a su développer une stratégie publicitaire très efficace. Le groupe estime que chaque utilisateur sur cette planète lui rapporte en moyenne 16 $ par an…

Snap prévoit que le développement de la publicité lui permettra d’afficher des revenus autour de un milliard de dollars cette année, contre 404,5 millions en 2016. Si le groupe continue sur cette lancée, il pourrait rapidement devenir très rentable – et mériter votre intérêt et votre argent.

Encore faut-il que Snap se développe suffisamment pour valoir les 20 et quelques milliards de valorisation boursière qui se profilent (pour rappel, le groupe pense s’introduire en bourse entre 14 $ et 16 $).

Une future victime de « l’effet du cool » ?

Je vous disais que les utilisateurs de Snapchat étaient son point fort. Ils sont aussi son talon d’Achille.

Malgré une évolution sensible de l’âge et du profil de ces utilisateurs, ceux-ci demeurent essentiellement des adolescents et de jeunes adultes, dont l’intérêt est volatile. Snapchat a su s’intégrer aux vies adolescentes mais saura-t-il continuer à séduire des adultes ?

Sur ce point, je n’ai pas de réponse définitive, mais je ne suis pas certaine que les adultes s’amusent pendant des années à prendre des photos qui les font ressembler à Bambi (ou vomir un arc-en-ciel, un autre filtre très populaire de Snapchat).

En outre, les adolescents sont généralement des « consommateurs en puissance ». Pour une marque, les adultes et les jeunes adultes (ceux qui gagnent leur vie sans dépendre de l’argent de poche de leur parent ou de petits boulots) sont une cible plus intéressante, et bien plus fructueuse.

L’autre problème est que Snapchat est tellement populaire, et sa progression a été tellement rapide, que le marché semble saturé. Ceux qui sont potentiellement intéressés par l’application l’ont téléchargé. Le phénomène est bien visible dans la courbe de progression du nombre d’utilisateurs.

utilisateurs facebook snap millennial

Selon eMarketer, si le nombre d’utilisateurs de Snapchat (l’étude cible précisément les utilisateurs de Snapchat nés entre 1981 et 2000 et utilisant l’application via leur smartphone) a progressé de 45% en 2015 et de près de 22% en 2016 ; en 2017, cette hausse n’atteindra que 7%. Et 1,7% en 2020. Bien sûr les nouvelles générations d’adolescents seront là pour remplacer les utilisateurs les plus âgés mais peut-être ne trouveront-ils Snapchat plus si « cool » que cela.

Le modèle Facebook

Facebook a dû faire face à ce désintérêt de la part des plus jeunes, à cette perte du « cool ». C’était d’ailleurs la raison pour laquelle j’avais exprimé mon scepticisme sur l’avenir du réseau social en 2012, au moment de son IPO.

Mais Facebook a su se renouveler, élargir son audience et surtout se diversifier. Depuis sa création, le groupe de Mark Zuckerberg a racheté plus d’une soixantaine d’entreprises et de startups (vous en trouverez la liste ici). Il s’intéresse par exemple aux autres formes de réseaux sociaux, et tout particulièrement à ceux reposant sur les photos. Il a racheté Instagram et s’est très fortement inspiré des meilleures fonctions de Snapchat pour les intégrer dans ses propres applications. Facebook a aussi acheté plusieurs applications de modifications/améliorations de photos.

Le réseau social s’intéresse en outre la messagerie, grâce entre autres au rachat de WhatsApp.

L’intérêt de Zuckerberg porte aussi sur l’intelligence artificielle, le deep learning, la reconnaissance d’image. Là encore, les acquisitions se sont multipliées et devraient permettre à Facebook d’améliorer son ciblage publicitaire.

Autre secteur d’acquisition de Facebook : la réalité virtuelle (VR), qui est manifestement un des grands dadas de Zuckerberg. En 2014, le réseau social mettait ainsi la main sur le fabriquant de casques de VR Oculus Rift pour deux milliards de dollars et, depuis, Mark Zuckerberg multiplie les démonstrations reposant sur les nouvelles formes de réalité.

En bref, Facebook innove et étend sa domination sur d’autres domaines, quitte peut-être à se perdre un peu.
[NDLR : Qu’attendre de Facebook dans les années qui viennent ? A quel niveau acheter ? Quel cours viser ? Ray Blanco, qui a mis le réseau social en portefeuille, répond à toutes ces questions dans NewTech Insider. Et vous propose en plus d’investir sur les autres secteurs de croissance, comme le cannabis légal. Pour en savoir plus…]

Survivre à l’ère du « tout smartphone »

Mais Snap ? A part Snapchat, le groupe est peu diversifié. Il s’intéresse essentiellement aux lunettes connectées, les Spectacles.

Spectacles - snap

Hum…

Ces lunettes permettent de prendre de courtes vidéos. Pour 130 $. Mais elles sont disponibles en plusieurs couleurs. Pas convaincu ? Moi non plus.

La principale raison est que nous vivons manifestement à l’heure du « tout smartphone ». La domination de nos téléphones est telle qu’aucun autre objet ne parvient, pour le moment, à les remplacer voire même à s’imposer en parallèle. Les utilisateurs veulent intégrer de nouvelles fonctions à leur smartphone, pas avoir à gérer plusieurs appareils en même temps.

C’est ce qui explique en grande partie l’échec des Google Glass et même le relatif échec des montres connectées.

Le très peu fabuleux destin de FitBit et d’autres entreprises spécialisées sur les objets connectés portables doivent vous servir d’avertissement.

Très emblématique de cette domination du smartphone : alors que des téléphones dotés d’écrans de plus en plus grands sont mis sur le marché, les ventes de tablettes sont en fort recul.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

A moins d’avoir un goût marqué pour le risque, évitez l’IPO de Snap et ne vous précipitez pas non plus sur la valeur dans les mois qui viennent.

Si cette valeur vous tente, je vous conseille de surveiller la progression de ses revenus sur plusieurs trimestres en gardant à l’oeil le coût d’acquisition des nouveaux utilisateurs. Pour le moment, celui-ci est très important, et bien supérieur au revenu publicitaire engendré par chaque « snapchateur ».

Autre élément à surveiller : la diversification de l’activité de Snap et sa politique d’acquisition. Sans cette indispensable diversification, Snap est clairement survalorisé.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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