Sell-off du 9 juin sur Apple et le Nasdaq : une mine d’informations et un cri dans la nuit

Rédigé le 19 juin 2017 par | Indices & Actions Imprimer

Le 9 juin dernier, les indices américains ont connu un trou d’air inattendu. Les valeurs technologiques, locomotives de la hausse des indices depuis des mois, ont décroché. La valeur la plus scrutée, Apple Inc, a bien sûr plongé la tête la première. Les analystes se sont tournés vers l’actualité de la firme de Cupertino pour expliquer cette baisse et, par extension, celle de toutes les valeurs du secteur.

Il est naturel de tenter d’expliquer à chaud ce type d’événements. Après tout, une baisse d’une telle ampleur en pleine torpeur printanière doit avoir une raison évidente.

La raison qui a été retenue quasi-unanimement par la presse économique est l’annonce d’une limitation (toute relative) des performances du prochain iPhone 8. Apple sera contrainte de s’approvisionner à la fois chez Qualcomm et Intel pour acheter les puces qui serviront de modem sur ce futur modèle.

Seul problème : les puces Intel sont sensiblement moins rapides que celles proposées par Qualcomm. Pour éviter un effet de loterie chez les acheteurs avec des téléphones plus rapides que d’autres, Apple aurait décidé de brider la vitesse pour assurer des performances identiques à tous les exemplaires produits.

Soyons clair : cette révélation est un non-événement qui ne justifie en rien un décrochage du titre – encore moins une vente massive de toutes les valeurs technologiques.

Pourquoi cette raison n’en est pas une

Apple est le plus grand vendeur (en valeur) de smartphones au monde. La diversification de ses sous-traitants est plus qu’une option : il s’agit d’un impératif industriel.

Dépendre d’un seul fabricant pour un composant aussi important que le modem du téléphone serait une faute majeure. La firme à la pomme en fait l’amère expérience depuis des années avec sa dépendance à Samsung sur d’autres composants-clé (processeur, mémoire, écrans).

Il est donc légitime qu’Apple ne confie pas l’intégralité de ses commandes de modems à Qualcomm, d’autant que les deux sociétés sont en délicatesse devant les tribunaux.

Les marchés auraient dû, en toute logique, saluer cette décision qui va dans le sens d’une plus grande robustesse de la chaîne d’approvisionnement.

La défiance des marchés serait-elle alors due à la crainte de voir les consommateurs bouder l’iPhone 8 en représailles ? Cet argument ne tient pas une seconde. Savez-vous qui est le fondeur du processeur interne de votre téléphone ? De quelle marque est son modem ? Qui a fabriqué son écran LCD ou OLED ? Probablement pas. Moi non plus, et les milliards d’autres acheteurs d’iPhone n’en ont cure.

Imaginer un quelconque boycott de l’iPhone 8 parce que les consommateurs ne pourraient bénéficier de la vitesse améliorée des modems Qualcomm relève du fantasme : à part les technophiles, personne ne sait même la quantifier ! Vous noterez que je vous épargne d’ailleurs les chiffres exacts qui n’apportent strictement rien au débat.

Dernier argument, et non des moindres : ce n’est pas la première fois que l’iPhone aura les performances du plus faible de ses composants. Apple a toujours essayé, dans la mesure du possible, de diversifier les fournisseurs.

Certaines fois, le marketing a décidé de laisser tout le potentiel des composants s’exprimer. D’aucuns ont crié au scandale car il était impossible lors de la commande de savoir quel modèle l’acheteur obtiendrait. Apple a gagné des fortunes sur ces iPhones.

D’autre fois, le marketing a décidé de brider les composants pour avoir des performances exactement identiques. D’aucuns ont crié au scandale et à l’obsolescence programmée. Apple a gagné des fortunes sur ces iPhones.

Au final, aucun acheteur ne se souciera de savoir quel modem est dans son iPhone 8. Un réseau qui va « très vite » est suffisant pour déclencher l’acte d’achat. Le bénéfice d’Apple sur les prochaines années ne dépend pas de ça — ceux des autres GAFA, encore moins.

Et si la raison du décrochage était plus simple ?

Un décrochage-test

Une autre hypothèse est que la hausse des valeurs technologiques commence à manquer de carburant. Nous n’avons de cesse, aux Publications Agora, de vous mettre en garde contre les valorisations extrêmes du secteur.

Le cycle va, fatalement, s’inverser et les actions retrouver des multiples plus raisonnables. Quand ? Là n’est pas la question. Nous n’allons pas vous conseiller de liquider toutes vos positions et vous enfermer dans un bunker en espérant timer le marché.

Nous pouvons simplement prendre acte que la hausse effrénée marque le pas. Amazon, Apple, et Facebook ont déjà pris 35% cette année.

Si vous êtes investisseur centré sur la valeur, vous n’avez probablement pas pris part à cette phase maniaque des marchés. Si vous êtes plus téméraire, bravo : vous pouvez aujourd’hui être fier d’être resté en position.

Le marché nous offre aujourd’hui une information intéressante pour qui possède un portefeuille d’actions technologiques : la chute des valeurs le 9 juin était inversement corrélée à leur performance sur les 12 derniers mois.

En d’autres termes, les actions qui ont le plus chuté sont celles qui s’étaient le mieux comporté par le passé.

Quelles leçons en tirer ?

Nous savons désormais qu’en cas de turbulences, les Blue Chips qui ont fait la hausse de ces derniers mois ne protègeront pas la richesse de leurs actionnaires.

Si vous êtes mal à l’aise face aux valorisations actuelles, la dernière chose à faire serait d’arbitrer en faveur des grosses valeurs technologiques. Je ne parle pas uniquement des GAFA : sur la journée, Netflix et AMD ont perdu 5% et Nvidia a creusé ses pertes jusqu’à 6%.

La stratégie de momentum, qui consiste à acheter les meilleurs titres de la cote en espérant que la hausse se poursuive, va devenir très dangereuse. M. le Marché nous a prouvé qu’il est prêt à faire des plus gros gagnants les plus gros perdants. La fuite vers la valeur, réaction naturelle lorsque les turbulences apparaissent, ne s’est pas faite en faveur des entreprises high-tech les plus populaires.

De là à penser que les grosses mains savent très bien que ces entreprises relèvent plus du casino que de l’investissement, il n’y a qu’un pas…

La stratégie qui consiste à n’investir que par le biais d’ETF, pourtant réputée prudente, risque aussi d’être mouvementée au cours des prochains mois. Comme la valeur des indices américains est désormais tirée par les quelques stars qui les composent, tout décrochage à la baisse des grosses capitalisations se retrouvera aussitôt dans la valeur des ETF.

Aujourd’hui, la plupart des valeurs sont chères et le stock-picking demande un travail minutieux. Il existe encore de belles valeurs sur les marchés, et même pourquoi pas au-dehors de la cote. Le plus important désormais est de ne pas rester accroché aux stars de la cote alors que la nervosité commence à monter. [NDLR : Laissez des spécialistes des nouvelles technologies vous guider dans votre choix de valeurs : Etienne Henri, pour les valeurs françaises, et Ray Blanco, pour le Nasdaq, sélectionnent les valeurs les plus prometteuses. Des valeurs qui innovent mais disposent encore d’un beau potentiel de hausse sur les marchés. Une poignée de valeurs sélectionnées avec attention… et qui sont à découvrir dans NewTech Insider.]

Le moment est donc opportun pour faire le ménage dans son portefeuille de valeurs en gardant à l’esprit la manière dont les marchés se sont comportés lorsque les opérateurs ont redécouvert le mot « baisse ».

La Bourse a ceci de fantastique qu’elle offre toujours des opportunités et des informations à qui veut bien les voir. Prudence, donc, d’autant que ce qui pouvait initialement passer pour un flashkrach commence à ressembler, une semaine après, à un point haut…

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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