Le secteur agricole entre-t-il dans une phase de jachère ?

Rédigé le 13 mars 2013 par | Nouvelles technologies Imprimer

Tempête dans un champ de blé. Nombre de grandes banques, comme BNP Paribas, Barclays ou encore le Crédit Agricole, ont annoncé leur intention d’abandonner ETF et autres produits permettant de spéculer sur le cours des matières premières devant le feu nourri des accusations mettant volatilité du prix des matières premières agricoles. Que ce rôle soit prouvé ou pas – ce que contestent certains intervenants du secteur comme Deutsche Bank – force est de reconnaître que le sujet faisait la une depuis les émeutes de la faim de 2007.

Une nouvelle qui arrive au moment où les cours des céréales repartent à la baisse et où nombre de spécialistes du secteur prédisent une année morose sur le front de l’agriculture.

2012 avait vu flamber le cours de la plupart des matières premières agricoles. Selon la Banque mondiale, les prix alimentaires ont flambé de 10% en moyenne entre juillet 2011 et juillet 2012. Sur la même période, le cours du maïs a grimpé de 25% et celui du soja de 17% pour atteindre un plus-haut historique. En cause, une année difficile sur le front climatique, marquée par une importante sécheresse en Russie, en Ukraine et aux Etats-Unis, trois pays importants exportateurs de céréales et d’oléagineux. Les récoltes dévastées ainsi que le faible niveau de stocks cours avaient fait flamber les cours et fait craindre un problème massif d’approvisionnement.

Les dernières nouvelles venues des Etats-Unis sont plutôt rassurantes : les actuelles fortes précipitations de neige devraient permettre aux nappes phréatiques de se reconstituer, du moins en partie. Et la récolte de blé d’hiver qui s’annonce sera meilleure que prévue. D’après l’USDA, la production de maïs devrait atteindre des records cette année, à 14,35 milliards de boisseaux soit 35% de plus qu’en 2012. Celle de soja devrait quant à elle augmenter de 13%, à 3,4 milliards de boisseaux. De bonnes récoltes qui vont faire chuter les cours : celui du maïs devrait passer de plus de 7 $ le boisseau à 4,80 $, et celui du soja de plus de 15 $ à 10,5 $.

Relativisons tout de même : outre les aléas climatiques qui sont, par nature, aléatoires et qui peuvent faire exploser les cours en quelques semaines, les prix des céréales et oléagineux devraient, en moyenne, restés élevés cette année.

Une hausse constante
Dernier exemple en date, le conflit qui, au Sénégal, a opposé meuniers et boulangers, les premiers ayant augmenté le prix du sac de farine de 50 kg, de 20 000 à 20 600 francs CFA (un peu moins d’1 euro). Une augmentation justifiée, selon les meuniers, par la hausse du cours du mondial du blé. La tonne de blé (importée) est en effet passée de 274 euros à 320 euros en quelques mois. Le gouvernement sénégalais a tranché, donnant raison aux boulangers et fixant le sac de farine à 20 000 francs CFA.

Moins dramatique, mais plus proche de nous car il devrait vous concerner si vous aimez les plats exotiques, le prix de riz basmati en Europe flambe. Ce riz, produit au Pendjab, une région partagée entre l’Inde et le Pakistan, et exclusivement destiné à l’exportation, est la parfaite illustration du cercle vicieux qui guette toutes les matières premières. En 2011, les agriculteurs du Pendjab produisent trop de riz basmati. Les prix s’effondrent. En 2012, au moment des semis, ces mêmes agriculteurs, échaudés par la faiblesse des cours, ne veulent pas renouveler la même erreur et plantent deux fois moins de surfaces en riz basmati. Conclusion, l’offre étant drastiquement réduite – et la demande se maintenant –, les prix explosent. En un an, la tonne est passée de 700 à 1 300 $.

Projetons-nous un peu. Que risque-t-il de se passer en 2013 ? Face à la folie qui a emporté les cours, les surfaces plantées en riz basmati vont augmenter, la production aussi, et donc les prix vont baisser. Et rebelote. Ce qui est vrai pour le riz basmati l’est pour toutes les matières agricoles… Et c’est un élément à prendre en compte dans nos investissements.

A cela il faut ajouter la faiblesse inquiétante des stocks, épuisés par les mauvaises récoltes de 2012. Les stocks de soja américain sont, en volume, à leur plus bas niveau depuis 2004.

Le risque d’une nouvelle flambée des prix est donc loin d’être écartée… même si les leçons des précédentes crises ont été retenues.

Quelles perspectives pour 2013 ?
Première conséquence, nous l’avons, vu les limitations progressives – mais limitées – de la spéculation sur les matières premières agricoles. La réduction de la volatilité sur les cours serait une excellente nouvelle.

Deuxième conséquence : une baisse limitée, certes, de la demande… du moins celle qui est compressible. Ainsi, certains éleveurs de bovins ont abattu des cheptels entiers, qu’ils ne pouvaient plus nourrir car les prix des céréales et des fourrages avaient atteint des niveaux stratosphériques. Certaines usines de production d’éthanol ont quant à elles coupé leur production. Mais ce recul de la demande reste limité, alors que la population mondiale devrait atteindre les 8 milliards d’ici à 2025, soit un milliard de plus qu’aujourd’hui.

Mais aussi une prise de conscience de l’urgence alimentaire alors que le nombre de bouches à nourrir ne cesse de croître, au rythme de 300 000 par jour, faut-il le rappeler ? Cet indispensable accroissement de l’offre passe par différentes méthodes :

L’augmentation des rendements, grâce à irrigation, la mécanisation, et surtout l’utilisation d’engrais. Dernièrement, le secteur des engrais traversent une zone de turbulence qui a vu les prix descendre de leurs sommets historiques. Mouvement confirmé il y une dizaine de jours par Dahlman Rose, spécialiste du secteur, qui a dégradé les principales valeurs du secteur, telle Agrium ou encore CF Industries. La principale raison : le secteur serait en surproduction, et la demande en baisse. Notre lettre « grandes tendances » Défis & Profits mise d’ailleurs sur ce dernier secteur grâce à un producteur d’engrais qui résiste bien à cette zone de turbulence grâce à sa diversification dans le lithium et dans l’iode. A plus long terme, la demande d’engrais devrait se reprendre alors que la demande alimentaire est en hausse constante.

Côté mécanisation, là encore les avancées sont d’importance. D’ici 2017, le Brésil aura entièrement mécanisé ses récoltes de canne à sucre. Une mécanisation qui va augmenter les rendements, réduire les problèmes sociaux (les conditions de travail de certains coupeurs de canne à sucre étaient régulièrement dénoncées par ONG et organisations internationales) et réduire le coût écologique (la coupe à la main s’accompagne de brûlis).

C’est d’ailleurs au secteur de l’équipement agricole auquel je vais m’intéresser dans le prochain numéro de Défis & Profits.

L’augmentation des surfaces cultivées – et c’est cette solution qui est privilégiée actuellement, tout particulièrement en Afrique mais aussi en Amérique latine. Cette année, le Brésil devrait ainsi accroître ses surfaces plantées de soja de 8% à 10%.

D’ici à 2050, il faudra 70 millions d’hectares de terres arables de plus pour nourrir la population mondiale, qui atteindra près de neuf milliards d’humains. Un besoin devenu d’autant plus urgent que la surface de terres arables disponibles fond comme neige au soleil, au rythme de 70 000 à 140 000 km2 par an, sous l’effet de l’épuisement des terres, de l’érosion, de la pollution, de l’urbanisation, de l’extension des surfaces consacrées à l’élevage plutôt qu’à l’agriculture…

A court terme, les valeurs agricoles devraient donc pâtir de la baisse des cours des matières première. A long terme, la tendance est toujours aussi porteuse. La baisse des mois à venir est donc une formidable opportunité pour nous intéresser aux fabricants d’engrais ou de matériel agricole.

Première parution dans La Quotidienne d’Agora le 12/03/2013.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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