Les satellites, la solution aux milliards de non-connectés

Rédigé le 17 février 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Si le taux de pénétration d’Internet dépasse les 80% en Occident (jusqu’à 88% en Amérique du Nord), la moitié de la population mondiale n’est toujours pas connectée. En considérant qu’en Amérique du Nord, tous ceux qui souhaitaient se connecter l’ont fait, nous pouvons en conclure qu’Internet est utile à environ 85% d’une population. Les 15% restants ne se connecteront probablement pas même si l’accès est facile et peu cher.

Suivant ces chiffres, il reste plus de deux milliards de personnes potentiellement intéressées par un accès au réseau. Leur arrivée augmenterait de près de 60% le nombre d’utilisateurs actifs !

C’est pour cette raison d’arithmétique basique que les géants d’Internet se penchent sur le cas de ces non-connectés. Alphabet (la maison-mère de Google) et Facebook ont tous deux pour ambition de connecter l’ensemble de la planète. Ce n’est bien sûr pas l’altruisme qui les motive mais la quasi-certitude que ces deux milliards de nouveaux venus utiliseront leurs services. En effet, le taux de pénétration des réseaux sociaux dépasse les 60% et celui des moteurs de recherche frôle le 100%.

Les difficultés d’accès que rencontrent ces exclus du numérique sont principalement dues à des limites d’infrastructure. En France, un pays densément peuplé et où 79% de la population est concentrée dans les villes, rares sont les habitants pour qui aucune solution de connexion n’existe.

Avec le déploiement de l’ADSL et de la fibre optique, le haut débit est même la norme pour la plupart d’entre nous. Mais ce n’est pas le cas partout sur Terre. L’utilisation d’Internet nous semble virtuelle et déconnectée de la réalité physique. Les informations voyagent à la vitesse de la lumière, nous pouvons discuter par vidéo-conférence avec quelqu’un à l’autre bout de la planète… Pourtant, ce semblant d’immatérialité est basé sur une réalité bien physique : comme les voies de circulation routières, les autoroutes de l’information sont basées sur une infrastructure tangible et coûteuse.

L’Europe et l’Amérique du Nord bénéficiaient déjà d’un réseau téléphonique dense à la fin du XXe siècle. La bulle des dot.com et sa déferlante de milliards de dollars a encore renforcé les infrastructures de télécommunication sur ces territoires.

Ces raisons historiques expliquent comment la moitié de la population mondiale se retrouve aujourd’hui éloignée de l’accès au réseau. Bien souvent, les difficultés économiques des pays émergents relèguent les dépenses d’infrastructure numérique au second plan ; il est naturel que les dépenses d’alimentation et de santé priment sur la communication et le divertissement !

Les émergents passent directement au tout-numérique

Au vu de la situation économique mondiale, la probabilité que les pays concernés investissent massivement dans les infrastructures terrestres d’ici à 2030 est quasi nulle.

Ce constat est partagé par Alphabet et Facebook. Dans leur course à la connexion des peuples, ils ont d’ailleurs tous deux opté pour des stratégies ne nécessitant pas de réseau physique.

Si vous avez un terminal 4G (et un abonnement adapté), vous avez pu remarquer que l’accès Internet sur votre mobile peut être sensiblement plus rapide qu’avec la connexion ADSL de votre domicile. Les progrès des radiocommunications font que le vénérable réseau cuivré offre désormais des performances inférieures aux derniers modems hertziens – et c’est une excellente nouvelle pour tous les pays qui n’avaient justement pas de réseau de téléphonie fixe historique.

Nous assistons dans ce domaine à une progression digne des débuts de la micro-électronique. La technologie Edge, utilisée par les premiers iPhone en 2007 avait un débit descendant de 48 kilooctets par seconde (ko/s). En 2010, la 3G permettait un débit jusqu’à 230 ko/s. La 4G, présente dans les métropoles depuis 2013, peut – dans des conditions idéales – offrir un débit de 18 000 ko/s (bien plus que l’ADSL, déjà largement suffisant pour la plupart des usages). La 5G, actuellement en phase de normalisation, pourrait encore multiplier ce débit par 100 à l’horizon 2020.

Les technologies numériques nous ont habitués à ces progrès exponentiels. Ils sont d’autant plus impressionnants que la petite dizaine d’années qui sépare les smartphones Edge des derniers mobiles 4G aurait été trop courte pour décider, voter, financer et construire un réseau cuivré à l’échelle d’un pays.

L’avenir est donc clair : la connexion des derniers exclus d’Internet se fera par communication radio, et non pas par le réseau cuivré ou la fibre optique.

De l’île du Pacifique aux data center californiens

Aujourd’hui, les terminaux mobiles sont tout à fait capables de communiquer à très haute vitesse. N’importe quel smartphone récent peut émettre et recevoir en 4G. Le débit est plus que confortable pour surfer sur Internet, regarder des vidéos et télécharger des gros documents.

Cela ne suffit cependant pas à connecter l’utilisateur à Internet : la liaison 4G assure la connexion entre le terminal et l’antenne-relai – rien de plus.

Prenons l’exemple d’une île de quelques habitants au milieu du Pacifique ou d’un village en plein désert. Une antenne 4G stratégiquement placée assurera une couverture idéale à l’ensemble des utilisateurs. Il reste toutefois un chaînon manquant : comment connecter cette antenne au reste du monde ? Ici encore, la stratégie utilisée dans les villes occidentales est inapplicable. Pas question de tirer une fibre optique sur des milliers de kilomètres pour raccorder une antenne qui ne desservira que quelques centaines de personnes.

Pourquoi ne pas, une nouvelle fois, faire appel aux ondes électromagnétiques, cette fois-ci sur de longues distances ? Il existe justement un moyen d’échanger des données à l’échelle du globe terrestre – et il est au-dessus de nos têtes.

Le salut viendra des cieux

L’idée d’utiliser des relais spatiaux pour les télécommunications n’est pas nouvelle. Dès le début de la course à l’espace, l’intérêt de disposer d’antennes placées en orbite est devenu évident.

Partant du principe que la meilleure antenne radio est celle qui est directement visible, une antenne au-dessus de nos têtes est bien plus efficace et économique qu’une multitude de relais terrestres installés sur des collines, châteaux d’eau et autres installations artificielles.

L’utilisation de satellites présente plusieurs avantages par rapport aux réseaux terrestres. Un satellite peut communiquer simultanément avec plusieurs stations au sol (alors qu’une liaison de type fibre optique relie un point A à un point B) ; la zone couverte ne dépend pas de la topologie (mers, océans et montagnes ne coûtent pas plus cher à couvrir que la plaine) ; et son signal ne peut être interrompu par des malveillances ou des accidents.

En 1963, le premier satellite géostationnaire de télécommunication a été mis en orbite. Avec son poids plume de 68 kg, Syncom avait pour mission de prouver la faisabilité du concept d’antenne relais spatiale.

Syncom sattelites
Syncom, pionnier des télécommunications spatiales
Crédit : NASA

Seuls trois essais ont été nécessaires pour mettre en place un premier exemplaire fonctionnel. Quelques semaines après sa mise en orbite, il assurait la retransmission des images des Jeux olympiques de Tokyo jusqu’aux États-Unis ! Six ans seulement après le lancement de Spoutnik, l’ère des télécommunications spatiales débutait.

La création d’Intelsat dès 1964 a donné un cadre aux coopérations internationales nécessaires au bon fonctionnement de ces dispositifs dont l’activité est, par nature, inter-étatique. Le contexte politique de l’époque a naturellement émaillé d’incidents la vie de l’organisation.

Côté technique, les progrès réalisés en parallèle dans les câbles sous-marins ont régulièrement remis en question la pertinence de l’utilisation de satellites de télécommunication pour certains usages. La téléphonie intercontinentale, qui souffre dans ce cas d’une désagréable latence due à la distance parcourue par le signal radio, en est le parfait exemple.

Dans d’autres domaines, les satellites offrent encore aujourd’hui un service inégalé. C’est le cas pour la diffusion de télévision numérique et… l’accès à Internet.

Misez sur la connexion par satellites

Facebook et Alphabet ont exploré de nombreuses pistes pour assurer la connexion des zones sans infrastructures. La créativité des ingénieurs n’ayant pas de limite, les solutions les plus étonnantes ont été envisagées. Ballons dirigeables, drones et autres ailes volantes sont sortis des bureaux d’études – avec plus ou moins de succès.

Force est de constater que ces solutions, malgré leur côté innovant indéniable, ne seront certainement pas les premières à couvrir les zones ciblées. Le passage du prototype au produit commercial est un chemin parsemé d’embûches. Le récent abandon par Alphabet de son projet de drones solaires nous le rappelle.

Alphabet satellites
Les drones Internet d’Alphabet, un projet trop futuriste désormais à l’arrêt
Crédit : Alphabet

Les concepts encore à l’étude sont séduisants et l’on ne peut que leur souhaiter d’être menés à bien. Dans une optique d’investissement, une petite dose de pragmatisme est toutefois conseillée.

La solution la plus à même de connecter les zones reculées à court terme est l’Internet par satellite.

Ce constat est d’ailleurs partagé par le célèbre Elon Musk. Non content de commercialiser les premières fusées réutilisables avec sa société SpaceX, le milliardaire a sollicité il y a quelques semaines l’accord du gouvernement américain pour déployer une flotte de 4 500 satellites Internet.

Il est un peu tôt pour savoir si le Californien touche-à-tout aura les ressources nécessaires pour mener à bien ce projet.

Il existe toutefois un opérateur historique de satellites de télécommunications idéalement placé pour répondre, dès aujourd’hui, aux besoins de connectivité des personnes éloignées des infrastructures terrestres.
[NDLR : Cet opérateur de satellites de télécommunications européen est au coeur de la recommandation que vous propose Etienne Henri dans NewTech Insider. Il a devant lui un marché en pleine croissance, bénéficie d’une solide expérience et est, en ce moment, particulièrement peu cher. Une valeur pour connecter les profits à retrouver dans NewTech Insider]

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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