Et pourquoi pas la Russie ?

Rédigé le 2 juin 2016 par | Pays émergents Imprimer

Et pourquoi pas la Russie ? C’est une question qui revient régulièrement lors des conférences que je donne sur l’investissement. Je réponds souvent à cette question par cette autre question : à quoi bon ?

Si le marché boursier russe, volatile, peut faire le délice des traders, il est souvent le cauchemar des investisseurs. Ceci étant dit, étudions de plus près ce marché boursier bien mystérieux.

Les actions russes sont au plus bas. La plupart ont chuté de plus de 50% par rapport à leur plus haut de 2011 et leur PER est inférieur à 10. Par exemple, l’ETF VanEck Vectors Russia (RSX:NYSE), s’échange à un PER de moins de 8, comparé à plus du double pour celui du S&P 500.

Une décennie difficile en Russie

Toutefois, alors que les titres russes paraissent attractifs selon la plupart des critères, à mon avis, elles ne valent pas mieux que celles d’un marché émergent.

Si vous recherchez un trade strictement basé sur la volatilité court terme ou un « flyer » basé sur une monnaie qui se renforce, alors la Russie peut vous intéresser. Mais si vous recherchez un investissement fondamentalement solide, alors la Russie est bien le dernier endroit à envisager.

La Russie et l’investissement, une histoire bien compliquée

L’économie est loin d’y être transparente. J’ai visité pour la première fois la Russie en 1982, bien avant la perestroïka qui a restructuré le Parti communiste et a conduit à la dissolution de l’URSS.

A cette époque, la Russie était un endroit plutôt lugubre, où les pénuries étaient le pain quotidien et où le marché noir était le marché de choix pour les touristes et les membres corrompus du Politburo – les seuls qui pouvaient se payer des « produits de luxe. »

Clairement, ce n’était pas le moment d’investir en Russie alors je ne l’ai pas fait… pas avant 1995.

Mon premier investissement en Russie fut l’achat d’un parking à Moscou. Cela s’est révélé être un échec. Non parce que le parking ne marchait pas mais parce qu’il n’était pas facile de contrôler l’investissement et que les droits de propriété étaient, au mieux, flous.

Mes investissements suivants furent pour le marché boursier. J’ai acheté Templeton Russia Fund et un opérateur en téléphonie mobile appelé VimpelCom. C’était juste après que la crise financière asiatique de 1997 a fait vacillé tous les marchés émergents. Ces investissements ont bien marché. Mais c’était plus lié au bon timing qu’au bon investissement.

Les actions russes relèvent la tête

Depuis peu, le marché boursier russe reprend du poil de la bête. L’ETF VanEck Vectors Russia a gagné près de 40% depuis mi-janvier. Ces rendements conséquents ont attiré l’attention de nombreux observateurs.

Mais ces gains récents ne sont pas le résultat d’un changement fondamental de l’économie ou de ses perspectives futures. Au contraire, le pays est dans une situation économique catastrophique, dirigé par un homme dont les ambitions à la fois personnelles et pour la Russie sont… hum… peu pacifiques, et par une oligarchie accrochée à ses privilèges.

Il n’est donc guère surprenant que le rouble russe se soit effondré. Il est passé de moins de 30 roubles pour un dollar il y a deux ans à 81 roubles pour un dollar en janvier dernier. Deux raisons à cette dégringolade : 1. Les sanctions à l’encontre de la Russie après l’agression militaire en Ukraine et l’annexion de la Crimée 2. L’effondrement du prix du pétrole, qui est le poumon du pays pour le marché des changes.

Résultat, le pays connaît un sérieux ralentissement accompagné d’une forte inflation et d’une récession économique.

Pour que l’économie russe reprenne et que les actions deviennent un investissement intéressant, il faudrait que les sanctions soient levées et que le prix du pétrole remonte.

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, il existe une corrélation très étroite entre le prix du pétrole et la performance des actions russes. En fait, la hausse depuis janvier peut être attribuée à cette relation.

Séparés à la naissance

Même si l’Occident lève les sanctions contre la Russie et même si le prix du pétrole remonte, il faut avoir le coeur bien accroché pour investir en Russie.

Dans mon livre Where in the World Should I Invest? [NDT : Où investir dans le monde ?], j’avais évoqué le cas de la Russie et ce que j’y ai écrit reste encore vrai aujourd’hui.

Il y a un énorme écart entre les méga-riches et les pauvres. Les oligarques et les agents du gouvernement du bloc russe prospèrent grâce au chaos. La mafia russe entretient des liens étroits avec le gouvernement.

En tant que puissance nucléaire, la Russie fera toujours plus de bruit que de mal, et interviendra lourdement au Moyen-Orient et en Asie où elle détient des intérêts commerciaux majeurs.

La Russie et les ex-républiques soviétiques ne se sont jamais complètement remises de l’effondrement de l’URSS. L’Etat de droit, la répartition des capitaux et la transparence des marchés posent question.

Jusqu’à ce que ces problèmes soient résolus, la région – en dehors des pays baltes – devra faire face à d’importants problèmes ces prochaines années si ce n’est ces prochaines décennies. A moins d’être un trader expert avec une tolérance élevée au risque, cette région n’est pas un endroit que je conseillerais pour investir.

Naturellement, il est possible de placer des paris gagnants sur les actions russes. A présent qu’elles sont au plus bas, elles pourraient rapporter un joli pactole. Mais n’oubliez pas que ces actions sont un pari risqué, pas un investissement. [NDLR : Envie de tenter le pari russe, sans prendre de risques inconsidérés ? Dans Trades Confidentiels, Jim Rickards fait le pari d’une certaine reprise des marchés actions russes et vous propose un outil très simple pour en profiter. Un pari très maîtrisé qui est à retrouver dans Trades Confidentiels]

Karim Rahemtulla

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