3 Russes, 1 réconciliation et 2 raisons d'investir

Rédigé le 6 décembre 2012 par | La quotidienne Imprimer

S’ils ne sont certainement pas devenus les meilleurs amis du monde, la glace est cependant rompue entre Vladimir Potanine et Oleg Deripaska.

Le premier gère le groupe russe Interros, et le deuxième est le directeur général de Rusal, le géant de l’aluminium russe. Les deux milliardaires étaient à couteaux tirés depuis 2008 pour le contrôle de l’autre géant minier russe, Norilsk Nickel. Premier producteur de nickel au monde, la compagnie est également le premier producteur de palladium et un important producteur de cuivre.

Les deux acteurs viennent de trouver un terrain d’entente grâce à l’oeuvre civilisatrice d’un autre milliardaire russe, Roman Abramovitch, président du sidérurgiste Evraz et proche du Kremlin.

Cette résolution pesait sur la confiance des actionnaires et sur les plans d’investissement de la compagnie. Aujourd’hui, un nouvel horizon s’ouvre pour Norilsk.

J’ai repéré pour vous deux raisons d’investir sur Norilsk.

Un investissement malheureux à la base
Norilsk est né sous sa forme actuelle en deux temps. D’abord, Norilsk a acquis sa taille critique sous Gorbatchev, qui a créé en 1989 un champion du nickel en regroupant les activités mécanique d’Olenegorsk avec deux autres compagnies de nickel. Ainsi est né RAO Norilsk Nickel.

Puis sous la période de privatisations orchestrées par Boris Eltsine en 1994, Norilsk a été vendu à deux proches du pouvoir, Vladimir Potanine et Mikhail Prokhorov. S’il a subi les cours erratiques du nickel dans les années 1990, le cours de Norilsk a décollé pendant l’ère bénie des métaux dans les années 2000. Entre 2006 et 2008, le cours a augmenté de 155% !

Cette performance exceptionnelle a commencé à attirer l’attention. Ainsi en 2008, Oleg Deripaska, maître de l’aluminium russe, investit dans Norilsk Nickel à hauteur de 14 milliards de dollars. Le timing était particulièrement mauvais, les cours du nickel ont perdu près de 60% sur l’année 2008.

Une bataille homérique
Le scénario était alors planté. Vladimir Potanine, solidement ancré à la tête de Norilsk par l’intermédiaire de son directeur général Vladimir Strzhalkovsky, faisait du rachat d’action sa priorité. Oleg Deripaska, alors que son groupe Rusal plongeait dans le rouge et voyait sa dette se creuser pour atteindre cette année 10,7 milliards de dollars, comptait sur l’augmentation des dividendes de Norilsk pour réduire l’endettement du groupe. Ces visions opposées ont incité les deux oligarques à se livrer une véritable guerre économique et juridique.

Ainsi Vladimir Potanine a essayé de racheter les 25% de Rusal dans Norilsk il y a quelques années, en vain. La bataille a ensuite été amenée sur le terrain juridique, également en vain. Las, le président russe élu en mars dernier, Vladimir Poutine, a décidé de siffler la fin de la partie cette année. Il semble effectivement que le Kremlin soit à l’origine de l’intervention d’Abramovitch. Grâce au nouveau pacte d’actionnaire conclu avec Abramovitch, Potatin va prendre la tête de Norilsk, mais les dividendes vont être augmentés. En parallèle, la compagnie d’investissement d’Abramovitch, Millhouse, va acquérir 22% de Norilsk pour 2,2 milliards de dollars, afin de servir de tampon entre les deux autres acteurs. La part des deux protagonistes sera ramenée à la hauteur de celle de Millhouse.

Un grand vainqueur, Abramovitch
Le détail important, c’est que Millhouse va acquérir ses parts dans Norilsk au prix du marché. Cet investissement valorise la société autour de 30 milliards de dollars. Or quelques années auparavant, la proposition de rachat de Potanine des parts de Deripaska valorisait la société à 60 milliards de dollars.

Roman Abramovitch profite donc de prix cassés. Qui plus est, avec la promesse d’augmenter les dividendes, il devrait récupérer chaque année 5% de sa mise. Mais le plus profitable est à venir. Tombé à leur plus bas cette année, les prix du nickel sont prêts à rebondir dès 2013.

C’est notamment l’analyse de la banque HSBC. Selon la banque, la consommation de nickel en Chine a pratiquement stagné cette année, du fait d’une production d’acier inoxydable en hausse de 1,4% cette année. Mais la demande devrait repartir à la hausse à partir de 2013.

[NDLR : Matières à Profits a orienté son portefeuille ces derniers mois pour profiter à fond de la reprise chinoise. Ainsi, alors que la production manufacturière chinoise vient d’afficher un deuxième mois de croissance, une valeur, en hausse de 6%, devrait réellement décoller à partir de 2013. Pour en profitez vous aussi, abonnez-vous.]

En plus de cette reprise chinoise, les évolutions de l’offre vont également soutenir les prix. La chute des prix a conduit plusieurs mineurs à couper dans leur prévision d’investissement. Ainsi la baisse des investissements va réduire l’offre de nickel en 2013. Ce graphe présente bien les révisions continuelles de la production entre octobre 2011 et octobre 2012.

Graphique du nickel
Source : HSBC

Les prévisions de capacité de production ont été réduites de 20% en un an. Lorsque l’on enlève un cinquième de la production sur un marché, il est rare que les sociétés concernées restent insensibles.

Mon conseil
Je considère donc qu’investir dans Norilsk Nickel est une bonne idée pour deux raisons :

Je suis déjà revenu sur le cas du nickel en 2013 dans l’Edito Matières Premières. Je confirme bien mon analyse, la tendance sur le marché du nickel est à la hausse. Selon les calculs de la banque HSBC, les prix moyen du nickel devrait ainsi passer de 17 920$ la tonne cette année à 18 740$ la tonne en 2013.

La régularisation du secteur du nickel en Russie permettra à Norilsk de développer sa stratégie d’investissement à long terme. D’ailleurs, l’action de Norilsk gagnait 1,5% à l’annonce du résultat. Le Russe devrait profiter de son implantation à l’international pour continuer sa progression. Après ses percées majeures en Afrique, notamment au Botswana, en Afrique du Sud, et en Australie, le groupe pourrait décider des prix encore bas du nickel pour procéder à de nouvelles acquisitions.

Première parution dans l’Edito Matières Premières & Co le 05/12/2012.

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