Avec Rocket Lab, la mobylette de l’espace est arrivée

Rédigé le 8 février 2018 par | Indices & Actions Imprimer

Nous avons découvert lundi le concept de CubeSat et les formidables opportunités qu’il offre à nombre d’acteurs pour pouvoir lancer des satellites à coût dérisoire. Il manque, nous l’avons vu, un moyen fiable de placer les CubeSat en orbite. Dépendants des vols commerciaux, les lancements de CubeSat sont fréquemment reportés, voire déprogrammés.

Le coût d’une fusée traditionnelle est trop élevé pour justifier d’en tirer avec une charge utile exclusivement composée de CubeSat.

Rocket Lab a pour ambition de répondre à la demande des concepteurs de CubeSat en proposant un véhicule spatial certes peu performant mais robuste, peu cher, et très disponible.

Vers une fusée à taille humaine

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La fusée Electron

Crédit : Rocket Lab

Comme vous pouvez le voir, la fusée Electron nous change du gigantisme habituel des lanceurs. Il ne faut pas oublier que cette fusée n’emportera que 150 kg au lieu des tonnes mises en orbites par les fusées Falcon et autres Ariane.

Malgré son apparence de jouet, Electron sera capable de placer les mini-satellites sur une orbite à 500 km du sol. Si cette orbite peut sembler bien basse par rapport à celle utilisée par les satellites géostationnaires (36 000 km), elle n’en reste pas moins bien supérieure à celle de la station spatiale internationale qui voyage à 330 km au-dessus de nos têtes.

Un CubeSat mis en orbite à 500 km d’altitude par Electron sera bien logé. Comme je vous le disais lundi, les CubeSat sont toujours des citoyens de seconde zone lors des lancements. Ils sont mis en orbite quand la charge principale le permet, une altitude et une orientation subies…

Des orbites de 200 km d’altitude ne sont pas rares. A une si faible distance du sol, la densité d’atmosphère est tout sauf négligeable. Les frottements, même infimes, sont constants. Le satellite perd en continu de la vitesse et se rapproche inexorablement du niveau de la mer. L’atmosphère devient alors de plus en plus dense, ce qui freine le satellite de plus en plus rapidement.

Comme pour un barrage qui lâche, les frottements de l’atmosphère ne sont pas progressifs. Une fois que le satellite est tombé à une altitude suffisamment basse, les frottements augmentent brutalement, et la chute n’est plus qu’une histoire de minutes.

Une fois les 150 km d’altitude atteints, le satellite est assuré de finir sa carrière en belle étoile filante en moins d’une révolution autour de la Terre, soit à peine plus d’une heure.

Quelques dizaines de kilomètres supplémentaires font donc toute la différence. C’est l’altitude de l’orbite initiale qui conditionne directement la durée de vie d’un satellite.

Un petit satellite placé à 300 km d’altitude retournera sur Terre au bout d’un an et demi. Le même appareil placé à 500 km restera plus d’un siècle en orbite !

L’altitude-cible choisie par Rocket Lab est par conséquent largement suffisante pour assurer la pérennité nécessaire à tous types de projets scientifiques et techniques.

Electron est une véritable mobylette de l’espace : légère, peu chère, accessible à toutes les bourses et amenée à révolutionner le transport pour le plus grand nombre.

Premiers vols

Le premier vol d’essai de la fusée Electron a eu lieu en avril 2016. Le début du vol s’est bien passé, mais l’absence de retour en temps réel des capteurs embarqué a conduit les opérateurs à demander sa destruction par mesure de sécurité.

Le 21 janvier 2017, une seconde fusée Electron a été tirée. Elle a mis en orbite avec succès 3 CubeSats et un curieux objet de démonstration.

Rocket Lab ne s’est en effet pas contentée de fournir un service parfait. Le quatrième passager mis en orbite par la start-up est… une « boule de discothèque » géante…

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Humanity Star

Crédit : Rocket Lab

Faut-il y voir un hommage à Sputnik et ses bip-bip qui ont marqué le début de la conquête spatiale ? Une tentative de rivaliser en terme d’extravagance avec Elon Musk qui vient d’envoyer une Tesla en orbite ? Difficile de savoir ce qui a motivé le P-DG de Rocket Lab Peter Beck à lancer un objet aussi incongru.

Force est de constater qu’il s’agit en tout cas d’une superbe opération de marketing et de communication. Seuls les passionnés de technologie et de course à l’espace ont suivi avec avidité les nouvelles du lancement de la fusée Electron.

En revanche, les réseaux sociaux bruissent ces jours-ci de commentaires autour du choix d’envoyer l’Humanity Star en orbite. D’aucuns moquent l’inutilité d’envoyer une masse inerte en orbite. D’autres se plaignent du lancement d’un énième débris spatial.

Tous, sans le savoir, contribuent à faire connaitre la bonne fortune de Rocket Lab. Peter Beck a donc réussi le 21 janvier un double coup de maître : réaliser un exploit technologique et sortir de l’anonymat.

Quelles conséquences pour les gros lanceurs ?

Dans l’immédiat, ces lancements à bas coût ne feront aucune ombre aux lanceurs traditionnels. Le faible poids des charges utiles mises en orbite cantonne Rocket Lab au rôle de ramasse-miettes de l’industrie spatiale.

Aujourd’hui, ce sont les armées, les entreprises de télécommunication et les scientifiques qui commandent des fusées rubis sur l’ongle.

Il faut savoir que le coût d’un lancement est d’environ 100 millions de dollars (éventuellement partagé entre plusieurs clients). Un CubeSat est généralement emporté pour 1 000 fois moins cher.

Même si Rocket Lab capte 100 % du marché des CubeSat à court terme, le manque à gagner sera absolument indolore pour les Arianespace et SpaceX… Du moins tant que le marché ne change pas.

Là est tout l’intérêt de l’arrivée de ce nouvel acteur : il se pourrait qu’un appel d’air ait lieu si les fusées Electron sont lancées à la cadence prévue.

Il n’est pas rare que des satellites commerciaux embarquent en leur sein des appareils expérimentaux pour la science (les armées évitent généralement ce genre d’arrangements). Le regroupement des charges utiles conduit à l’inflation de masse des appareils en orbite.

Joindre son matériel à un satellite commercial est la voie la plus sure pour être certain d’être mis en orbite en temps et en heure. Passer par un CubeSat représente un risque immense : celui de ne pas être lancé parce que les « vrais » clients de la fusée ne sont pas prêts.

Avec des lancements réguliers de fusées Electron, nombre d’expériences scientifiques vont pouvoir être basculées vers des satellites plus petits.

Rocket Lab pourrait bien jouer le même rôle de trublion que SpaceX sur son segment de marché.

A l’heure où Arianespace vient de faire son plus mauvais lancement depuis près de 15 ans, en plaçant sur une mauvaise orbite deux satellites de télécommunication, il ne faut pas négliger cette concurrence entrée par la petite porte.

Bien peu donnaient à SpaceX la moindre chance de succès lors de sa création. Aujourd’hui, la fusée Falcon est statistiquement parlant la fusée la plus fiable.

Aujourd’hui, les grands noms du lancement spatial se gaussent de la capacité modeste de la fusée Electron. N’oublions pas que les innovations technologiques à succès sont quasi-systématiquement amenées par un nouvel acteur qui se positionne sur un segment de marché inférieur (moins cher, moins puissant, ou moins flexible). Lorsque les acteurs historiques fuient vers le haut-de-gamme pour maintenir leurs marges, c’est généralement le signe que la messe est dite et que leur hégémonie est en train de prendre fin.

Coïncidence (ou pas) : c’est exactement le virage qu’est en train de prendre Arianespace… Nous surveillerons donc avec la plus grande attention les prochains vols de Rocket Lab : le prochain est prévu dès le mois de mars pour emporter des satellites expérimentaux de la NASA.

D’ici là, vous pouvez lever les yeux vers le ciel et surveiller le passage de Humanity Star au-dessus de nos têtes ! Pour vous éviter le torticolis, vous pouvez surveillez sa position en temps réel sur ce site.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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