Quand les robots remplacent vraiment les humains

Rédigé le 4 octobre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Les « hommes herbivores » sont-ils la véritable menace qui pèse sur le Japon ? Ces jeunes hommes semblent avoir renoncé à tout ce qui fait l’essence de l’archétype du Japonais : un travail de salarié, une vie sociale, une femme, des enfants. Dans un pays frappé de plein fouet par le vieillissement de sa population, le phénomène est pris très au sérieux. Et il ne concerne plus uniquement le pays du Soleil Levant.

Comment l’expliquer ? Dans tous les pays développés, l’augmentation du niveau de vie s’est accompagnée – comme nous l’avons vu hier – d’une baisse drastique de la natalité. Mais ceci n’explique pas tout : le Japon n’est pas le plus riche des pays développés mais il est sans aucun doute le plus vieux.

Les raisons sont donc aussi à aller chercher dans la culture.

Qui a besoin d’amis ?

Le Japon est en pointe dans deux domaines : celle du vieillissement de la population mais aussi dans certaines nouvelles technologies.

Récemment, mon collègue Mischa Frankl-Duval remarquait : « le recours aux robots dans la restauration est tout à fait normal [au Japon]. En fait, à moins que vous choisissiez un restaurant haut de gamme, vous avez peu de chances d’avoir affaire à un être de chair et sang ». Il poursuivait sa réflexion en disant que le fait de ne pas avoir à interagir avec des humains avait considéré amélioré son expérience dans les restaurants.

Misha n’est pas le seul qui préfère être seul. Beaucoup de Japonais vont au-delà du mode de vie des « herbivores » en choisissant de vivre dans un isolement complet. Ils sont connus sont l’appellation d' »hikikomori ». Le Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales les définit comme des personnes qui « sont restées chez eux pendant six mois ou plus sans aller à l’école, au travail ou s’aventurer à socialiser. »

Une enquête menée en septembre révélait que 541 000 Japonais avaient adopté le mode de vie des « hikikomori« . Leur âge varie entre 15 et 39 ans. 29% d’entre eux n’avaient pas mis un pied dehors depuis trois à cinq ans. Et un tiers était enfermé depuis sept ans ou plus.

Sept ans !

Quelle raison peut pousser tous ces gens à vivre volontairement reclus ?

Eh bien, une des raisons est tout simple : ils sont cloîtrés parce qu’ils le peuvent.

Il y a 10 ou 15 ans, vous n’aviez d’autre choix que d’interagir avec les gens, plusieurs fois par jour, ne serait-ce que pour vous nourrir et satisfaire vos besoins de base.

Puis, quand l’Internet a vraiment décollé, vous pouviez éviter un grand nombre de ces interactions. Vous pouviez travailler à distance et commandez tout ce dont vous pouviez avoir besoin sur des sites d’e-commerce. Mais vous aviez encore à interagir avec les gens si vous vouliez vous aventurer hors de chez vous.

Aujourd’hui, et même dans le monde extérieur, vous pouvez faire vos achats, vous restaurer et vous déplacer – sans avoir à interagir avec des humains.

L’isolement engendre l’isolement

Moins vous interagissez avec les gens, moins vous avez envie – et la capacité – de le faire. L’isolement engendre l’isolement.

Si vous avez déjà passé un ou deux jours isolé, vous vous êtes certainement senti un peu mal à l’aise quand vous avez de nouveau adressé la parole à quelqu’un. Alors imaginez ce qui se passerait si vous n’aviez plus aucun contact avec l’extérieur pendant des semaines, voire des mois. Ce sentiment de malaise deviendrait extrêmement puissant.

Au cours d’une assez révoltante étude menée en 1970 (un temps où les conceptions éthiques n’étaient manifestement pas au coeur des préoccupations de certains scientifiques), Harry Harlow a prouvé à quel point l’isolement pouvait être dangereux.

Il a fait construire une chambre, qu’il souhaitait appeler la « fosse du désespoir » (ses collègues ont réussi à le convaincre de l’appeler le « cachot du désespoir ») dans laquelle il a enfermé des singes rhésus dans un isolement total.

Au bout de quelques temps de réclusion, Harlow notait :

« La plupart des sujets finissent prostrés dans un coin de la pièce. On peut supposer qu’à ce stade, ils se trouvent dans une position désespérée« .

Et poursuivait :

« Les effets de six mois d’isolement social total ont été si dévastateurs et débilitants que ce que nous avions au départ supposé qu’un isolement de 12 mois ne produirait aucune dégradation supplémentaire. Cette hypothèse est avérée fausse : 12 mois d’isolement ont quasiment annihilé socialement les animaux« .

Imaginez ce que sept ans auraient fait.

Bien sûr, cette expérience constitue un exemple extrême (et écoeurant). Ces singes ont été contraints à l’isolement, sans explication, et sans que leur libre-arbitre entre en jeu. Ensuite, on peut supposer que le comportement social des singes et celui des hommes est légèrement différent. Cependant, cette expérience a démontré les effets de l’isolement social.

Bon, assez d’informations déprimantes pour aujourd’hui ! Passons aux aspects positifs de tout ceci… car, heureusement, il y en a !

Quand les robots-ours s’occuperont de nous

Alors, quelle est la solution à la bombe à retardement démographique qui menace le Japon (et le reste du monde) ?

Les robots, bien sûr !

Vous attendiez-vous à une telle réponse ? Je suis sûr que oui. Après tout, vous êtes un lecteur de la Quotidienne de la Croissance.

Avec le vieillissement de la population, la demande pour les robots capables de prendre soin des personnes âgées va exploser. Et plusieurs sociétés japonaises l’ont bien compris.

Un exemple parmi d’autres, l’entreprise Rikken, qui a développé des… ours robotiques capables de prendre soin des humains.

Robear L’ours-robot Robear développé par Rikken Source : Rikken

Bon, je ne suis pas sûr que cette entreprise mérite qu’on y investisse. Par contre, son ours-robot est absurdement fantastique – et il méritait que je vous le présente.

Cet ours illustre cependant qu’une nouvelle grande tendance est en train d’émerger : celle de l’industrie des robots médicaux, ou de santé.

Le Japon n’est pas le seul concerné. Tous les pays confrontés au vieillissement de leur population seront obligés de se tourner vers ce genre de solutions tout simplement parce que de moins en moins d’êtres humains seront disponibles pour prendre soin de nous pendant nos vieux jours.

Heureusement (ou pas), ces robots n’auront pas forcément l’apparence d’ours… Au contraire, ils vont devenir de plus en plus humains. Peut-être même que, d’ici 20 ou 30 ans, nous ne serons plus capables de faire la différence entre un être de chair et de sang et un robot.

En attendant, pour les investisseurs que nous sommes, miser sur ces robots capables de prendre soin de nous est une occasion en or d’investir sur l’avenir. Nous aurons l’occasion d’en reparler. [NDLR : Dans NewTech Insider, Ray Blanco vous propose dès à présent d’investir sur une entreprise sans laquelle les robots médicaux ou de service à la personne ne peuvent exister. Cette entreprise donne la vision aux robots. Grâce à elle, les machines peuvent collaborer entre elles mais aussi avec nous, interagir avec leur environnement, s’y déplacer, et même s’adapter à l’imprévu. Les nouvelles générations de robots ont besoin de « voir », cette valeur leur donne la vue. A retrouver dans notre lettre d’investissement spécialisée dans les nouvelles technologies…]

Harry Hamburg

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