Robots, intelligence artificielle, big datas : les nouvelles technologies nous menacent-elles ?

Rédigé le 11 juillet 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous allons parler de menaces. De menaces que font peser les nouvelles technologies sur les marchés actions et, plus largement, sur notre quotidien, nos sociétés.

Ces menaces sont à prendre très au sérieux en tant qu’investisseur. Non seulement parce que si les « technos » décrochent, elles entraîneront dans leur chute tous les indices. Mais aussi parce que ces menaces technologiques, qu’elles soient réelles ou ressenties, risquent de freiner le développement de certaines entreprises, voire de certains secteurs.

La peur est – je ne vous apprends rien – un sentiment puissant et il est impossible de comprendre l’évolution des nouvelles technologies sans le prendre en compte. C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

La bulle technologique menacerait-elle les marchés ?

Après une période de pure euphorie qui a alimenté et entretenu l’envolée des valeurs technologiques sur les marchés, depuis quelques semaines (depuis fin mai-début juin et le décrochage d’Apple), le doute s’insinue progressivement dans le cerveau – ou ce qui en fait office – des investisseurs.

Et si les valeurs technologiques étaient surévaluées ? Et si nous revivions une bulle des technologies ? Et si cette bulle était sur le point d’exploser ? Et si les valeurs technologiques étaient dangereuses ? Et si… nous devions paniquer.

La réponse à certaines de ces questions est assez évidente. Pour d’autres, c’est plus compliqué. Pour résumer, oui, certaines valeurs technologiques – mais pas toutes – sont clairement surévaluées. Oui, nous sommes dans une situation de bulle. Non, je ne sais pas si elle va éclater bientôt. Oui, une chute des technos entraînera dans sa suite les autres secteurs (c’est ce qui s’est passé quand Apple a trébuché). Et non, nous ne devons pas paniquer parce que cela ne sert à rien et que, normalement, si vous avez suivi nos conseils dans la Quotidienne ou dans NewTech Insider, vous avez en portefeuille des paris de long terme, des valeurs solides.

C’est justement ce qu’expliquait Ray Blanco hier dans NewTech Insider :

Pour le prochain semestre, je m’attends à un peu plus de soubresauts sur les marchés. Dans de telles conditions, certaines valeurs continueront à progresser – à condition d’avoir des fondamentaux très solides.

En matière de nouvelles technologies, cela signifie des entreprises innovantes dominant les tendances technologiques les plus dynamiques. En matière de biotech, ce sont des médicaments innovants et des pipelines prometteurs.

Les nouvelles technologies nous veulent-elles du mal ?

Reste la question de la menace que représentent les nouvelles technologies. Et là… il y a quelque chose à creuser.

Je ne sais pas quel est votre rapport à votre smartphone, votre télévision connectée, à l’intelligence artificielle ou encore aux robots.

Si vous nous lisez régulièrement, il y de grandes chances que vous soyez au moins intéressé par ces domaines.

Reste que même quand on est intéressé voire passionné par les nouvelles technologies, il est difficile de ne pas s’inquiéter de certains aspects ou innovations qui se profilent.

C’est la réflexion que je me suis faite en lisant le récent article d’Andrew Lockley sur les progrès de la reconnaissance vocale. Je trouve déjà inquiétant que Facebook vous propose d’identifier vos amis sur des photos partagées en ligne. Je m’inquiète franchement devant les progrès de la reconnaissance faciale en matière de sécurité.

Bien sûr, comme le dit Andrew, si vous n’avez rien à cacher ou que vous n’avez aucune intention de vous faire exploser dans un lieu public, pourquoi s’inquiéter d’être surveillé ?

La limite entre la surveillance afin d’assurer la sécurité de tous et l’intrusion abusive dans notre vie privée est pourtant bien fine. Et la notion de « criminalité » bien différente selon le degré de démocratie du pays dans lequel vous vivez.

La société française Amesys, spécialisée dans les solutions de surveillance, a ainsi récemment été pointée du doigt pour avoir vendu ses services à des régimes pour lesquels les droits de l’Homme ne font pas vraiment partie du top 3 de leurs priorités, à savoir la Libye de Mouammar Kadhafi et l’Egypte d’al-Sissi. A Kadhafi, Amesys a vendu un système de surveillance des télécommunications et est accusée de complicité de torture – ses services ayant permis au régime libyen de traquer puis de torturer voire d’éliminer des opposants politiques. Rebelote en Egypte, comme le révèle un article de Télérama.

Cet exemple illustre parfaitement le danger de ces technologies pudiquement appelées « duales », puisque leur utilisation peut facilement glisser de la surveillance « normale » à la rétorsion au mépris le plus évident des droits de l’Homme ou de toute forme de respect de la vie privée.

Le développement de la reconnaissance faciale fait partie de ces technologies duales.

Les big datas aussi.

Big data is watching you

Or la fortune de nombre de grandes entreprises technologiques – de Google à Facebook – repose justement sur l’exploitation de ces énormes quantités d’informations que chaque individu, chaque activité, chaque entreprise, chaque organisation, administration, Etat produit en permanence.

L’utilisation de ces données est habillée par des prétextes tels qu' »améliorer votre expérience de consommateur/utilisateur ». Effectivement, il est pratique qu’Amazon vous propose des livres qui pourraient vous intéresser selon vos derniers achats, que Google vous propose un restaurant de votre cuisine préférée selon le lieu où vous vous trouvez. C’est vrai.

Mais la somme de données que nous fournissons, sans même nous en rendre compte à des entreprises privées ou à des Etats donne le vertige.

Il y a quelques décennies, votre épicier en savait certainement long sur vous en fonction des courses que vous faisiez chez lui.

Maintenant Facebook, Google, Amazon, etc. savent ce que vous achetez, ce que vous faites, qui vous voyez, où vous allez, si vous êtes malade, si vous partez bientôt en vacances dans le Périgord, si vous réfléchissez à comment alléger (légalement ou pas) vos impôts, vos préférences sexuelles ou si vous allez divorcer. Comment ? Tout simplement grâce aux informations que vous donnez sur les réseaux sociaux ou tirées de l’historique de vos recherches sur Internet et de vos achats en ligne.

Tout récemment, c’est le partenariat entre le système de santé public britannique, le NHS, et l’intelligence artificielle de Google, DeepMind, qui est venu rappeler l’intérêt des grands groupes privés pour nos données de santé. Les dossiers médicaux d’1,6 million de londoniens sont en effet utilisés, en temps réel, par l’intelligence artificielle pour repérer le plus rapidement possible des pathologies comme l’insuffisance rénale aigüe.

Or selon l’Information Commissioner’s Office, la confidentialité des données personnelles des patients n’est, en l’état, pas respectée. L’ICO s’est aussi inquiété de l’utilisation de ces données pour d’autres objectifs que la détection précoce de maladies.

Les robots vs. l’Humanité

Passons maintenant aux robots. Ils suscitent beaucoup de fantasmes, entre fascination et effroi. Tout y passe, des robots sexuels aux robots tueurs en passant par les robots voleurs d’emploi. Dans NewTech Insider, Ray Gerald et Gerald Celente expliquaient ainsi que les postes d’ouvriers ou de manutentionnaires n’étaient pas les seuls menacés par le développement des robots. Médecins, journalistes, avocats l’étaient aussi – il est d’ailleurs possible que cet article soit mieux écrit par une intelligence artificielle que par moi.

Un exemple parmi d’autres : un candidat à l’élection présidentielle française avait proposé de taxer les robots comme des salariés comme les autres. Si les robots se mettent à payer des impôts, allons-nous leur donner le droit de vote ?

De nombreuses voix – dont celle de Stephen Hawkings – s’élèvent régulièrement pour dénoncer les risques que font peser l’alliance de la robotique et de l’intelligence artificielle sur l’avenir de l’humanité.

Récemment, alors que Google annonçait la vente d’une de ses filiales, le fabricant de robots Boston Dynamics, certains commentateurs y voient une conséquence de l' »effroi » suscité par certaines vidéos diffusées par le groupe dans lesquelles on pouvait voir des robots quadrupèdes ou humanoïdes faire des petites balades dans la neige. Cette vente s’inscrit plus probablement dans les efforts de restructuration et d’économies entrepris par Google depuis plusieurs mois, mais la presse a, elle, surtout retenu l’argument de la menace…

Les entreprises technologiques nous dépeignent sans sourciller un monde où nous serons connectés en permanence, de plus en plus surveillés, de plus en plus entourés par une technologie certes de plus en plus utile mais aussi de plus en plus envahissante et intrusive. Un futur dans lequel la notion de vie privée n’est manifestement qu’anecdotique.

Bien sûr cette tentative de mainmise sur nos vies privées, nos données personnelles, se heurtent régulièrement aux tentatives (souvent modestes) des utilisateurs ou des Etats pour les protéger. La plupart des grands groupes comme Facebook, Snapchat, Uber etc. ont ainsi dû revoir leur utilisation des données personnelles qu’ils collectent. Google s’est ainsi engagé à mieux protéger les données personnelles de patients londoniens pour poursuivre le partenariat entre le NHS et DeepMind. Il y a cependant fort à parier que vous ne vous rendez pas compte de l’ampleur des données que ces entreprises possèdent sur vous.

Dans la Quotidienne de demain nous verrons que l’influence des grands patrons de la Silicon Valley prend aussi une tournure très politique. Nous verrons aussi que la menace ne se fait pas à sens unique. Utilisateurs et Etats menacent eux aussi les entreprises technologiques. D’ici-là, ne détruisez pas votre smartphone pour vous venger des nouvelles technologies : profitez plutôt d’elles pour engranger quelques beaux gains…

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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