Des robots dans l'espace… et nos usines

Rédigé le 24 juillet 2012 par | La quotidienne Imprimer

Pour ceux d’entre vous qui lisent les journaux, je pense que l’événement technologique le plus marquant du mois dernier a probablement été le premier lancement réussi – et le premier rendez-vous orbital autonome – d’un vaisseau spatial à but lucratif. Le 22 mai, la fusée SpaceX, Dragon, a été lancée et a tracé son chemin – en grande partie seule – vers la Station Spatiale Internationale où son chargement a été livré. Le 31 mai, elle est revenue, amerrissant dans les eaux du Pacifique au large de Baja au Mexique, avec environ 635 kg de chargement en retour, soit 136 kg de plus que ce qu’elle avait emporté avec elle.

Même si la plupart des gens ne la considère pas comme un robot, la fusée Dragon en remplit tous les critères. En effet, elle n’était pas habitée et opérait sous le contrôle d’un logiciel à intelligence artificielle surveillé à distance. En pratique, cependant, je pense que le déploiement de la version 6 du protocole Internet (IPv6) aura nettement plus d’impact pour la plupart d’entre nous.

Ne vous y trompez pas : je ne cherche pas à amoindrir l’importance historique de la réussite de SpaceX. Ce voyage aller-retour de livraison robotique à but lucratif était une très grande chose. Les concurrents russes, européens et japonais de SpaceX ne peuvent pas encore récupérer de chargement en toute sécurité pour le ramener sur Terre. SpaceX finira, à terme, par réussir à acheminer des équipages et des passagers dans les deux directions pour une fraction du prix que la NASA dépense aujourd’hui pour faire la même chose.

De plus, l’arrivée du libre-échange dans l’espace ouvrira la porte à une ère d’innovations nettement plus rapide que ce qui était possible du temps de la NASA, nécessairement handicapée par la politique qui va de pair avec une entreprise gérée par l’Etat et la bureaucratie.

C’est un signe des temps, selon nous : le progrès est aujourd’hui si rapide que la mise en place d’IPv6 est passée largement inaperçue. Il y a quelques années, d’ailleurs, les habituels oiseaux de mauvais augure nous prédisaient la fin de la croissance d’Internet, parce que le protocole d’origine, IPv4 n’avait plus suffisamment d’adresses pour tous les appareils connectés qui avaient émergés pour exploiter le réseau.

Lorsqu’IPv4 a été conçu et mis en oeuvre en 1981, même les personnes qui travaillaient dans l’industrie ne sont pas parvenues à évaluer le potentiel du réseau. Ils ont donc adopté un système d’adresses 32 bits, ce qui signifie que le nombre d’adresses uniques pour la connexion d’appareils, qu’il s’agisse d’ordinateurs, de téléphones, de serveurs ou d’implants médicaux, était limité à 2 puissance 32, soit 4 294 967 296. En réalité, nous sommes officiellement à court d’adresses depuis 2002, mais les ingénieurs sont parvenus à trouver des « trucs » pour prolonger la vie de l’IPv4 jusqu’à aujourd’hui, en permettant à plusieurs ordinateurs de partager la même adresse IP.

Cette astuce, cependant, a été d’une utilité limitée. Heureusement, il y a 22 ans, un plan de base avait été développé pour résoudre le problème grâce à des adresses 128 bits, soit 2 puissance 128. Avec relativement peu de modifications, ce système a été mis en place le 6 juin dernier. Il y a donc maintenant à peu près 40 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 d’adresses, ce qui devrait nous suffire pendant encore un petit moment.

IPv6 va maintenant ouvrir la porte à la vraie révolution robotique. Le dernier gros obstacle à un véritable Internet des objets est tombé. La loi de Moore et la créativité humaine se chargeront du reste. Du point de vue du consommateur, cela signifie que nous allons voir de plus en plus d’appareils de la vie quotidienne rejoindre nos réseaux à l’aide de puces de moins en moins chères. Cela dit, je pense que l’impact le plus important concernera la production.

Depuis que Rodney Brooks, le fondateur et directeur technologique d’iRobot (NASDAQ : IRBT), a quitté cette entreprise pour Heartland Robotics, l’industrie technologique retient son souffle. Son premier investisseur, le fondateur d’Amazon.com, Jeff Bezos, a attiré encore davantage l’attention sur l’entreprise.

Récemment, Brooks a annoncé que le premier produit de l’entreprise serait mis sur le marché au début de l’an prochain, sinon plus tôt. Il décrit son robot comme étant l’équivalent d’un iPad, ce qui signifie qu’il s’agira d’une plateforme ouverte, exploitable par d’autres. Il sera peu cher, facile d’utilisation et adapté à tout type de tâches répétitives. Le directeur marketing est Mitch Rosenberg, président de l’entreprise de robotique pour entrepôts Kiva Systems, qui a été rachetée par Amazon.com.

Mais Heartland n’est pas la seule entreprise de robotique au monde actuellement en train de développer des machines intelligentes capables d’effectuer des tâches répétitives aujourd’hui accomplies par les humains. Une entreprise typique est SoftWear Automation, dérivée de Georgia Tech, qui a profité d’un financement de la DARPA (Agence de projets de recherche avancés de défense). Son fondateur et directeur technologique, Steve Dickerson, développe des robots de couture, un domaine déjà relativement avancé.

Bientôt, la fabrication de vêtements et d’autres produits textiles ne sera plus simplement assistée par des robots chargés de la découpe et de la couture, mais bien totalement automatisée. Comme le souligne Dickerson, la fabrication de vêtements entièrement automatisée sera moins chère et de meilleure qualité que les produits de fabrication humaine, même dans les pays en voie de développement.

Lorsque la fabrication est robotisée, c’est l’énergie, et non le travail, qui devient la principale composante coût de tout produit. Comme je l’ai déjà expliqué, l’Amérique du Nord a ouvert de larges stocks de pétrole et de gaz naturel, grâce à la technologie d’hydrofracturation (ou hydrofracking). Nous sommes la nouvelle Arabie Saoudite des carburants fossiles. Et l’impact n’est pas limité à l’alimentation des infrastructures de production : il affecte aussi le coût de nombreuses matières premières, comme les tissus naturels ou synthétiques.

Je pense que vous voyez où je veux en venir. L’avantage en termes de coûts que les pays en développement ont par rapport aux pays développés ne va pas tarder à disparaître avec l’arrivée imminente de la robotique omniprésente.

Les gens réfléchissent selon leurs petites habitudes, et supposent par conséquent souvent que l’Amérique, le Canada et les pays développés ont un handicap permanent en termes de production par rapport aux pays en voie de développement – simplement parce que les choses sont ainsi depuis quelques temps. Mais tout cela ne va pas tarder à changer, à changer rapidement, et les profits disponibles pour les investisseurs capables de sentir le vent tourner seront énormes.

Bien entendu, mon collègue Ray Blanco et moi-même passons déjà beaucoup de temps à analyser les entreprises de robotique émergentes qui seront le moteur de cette révolution technologique qui changera le monde et sera synonyme de profits sans précédents. Des recommandations que vous pouvez retrouver mois après mois dans NewTech Insider

Mots clé : - - - - - -

Un commentaire pour “Des robots dans l'espace… et nos usines”

  1. […] parution dans la Quotidienne d’Agora le 24/07/2012. AKPC_IDS += […]

Laissez un commentaire