La révolution de la « viande propre »

Rédigé le 24 janvier 2018 par | A la une, Matières premières & Energie, Nouvelles technologies Imprimer

Il y a quelque temps, j’ai regardé un documentaire sur Netflix, appelé Cowspiracy. Certes, son réalisateur avait monté un dossier à charge. Certes, c’était un chef d’oeuvre de manipulation. Le réalisateur, Kip Andersen, pourrait donner aux agences de com’ une fameuse leçon sur les méthodes pour produire du contenu convaincant.

Mais c’était intéressant tout de même. Le documentaire soulevait des questions importantes. Il était bien fait, car il sortait des sentiers battus consistant à montrer les pauvres animaux et les terribles conditions dans lesquelles ils vivent. Son principal argument s’appuyait sur la pollution.

Les faits qu’Andersen a dénichés au sujet de la pollution causée par la consommation de viande sont assez incroyables. Voici les plus marquants :

– L’agriculture animale génère à elle seule plus de gaz à effet de serre que les pots d’échappement de tous les modes de transport réunis. – Le bétail et ses sous-produits représentent au moins 51% de toutes les émissions de gaz à effet de serre dans le monde. – La culture de céréales pour alimenter le bétail consomme 56% de l’eau aux Etats-Unis. – Il faut près de 9 500 litres d’eau pour produire 500 grammes de boeuf. – Le bétail ou l’alimentation du bétail occupent 1/3 de toute la surface terrestre non-recouverte de glace. – Une exploitation de 2 500 vaches laitières produit autant de déchets qu’une ville de 411 000 habitants. – L’agriculture animale cause jusqu’à 91% de la destruction de l’Amazone.

Ces chiffres peuvent sembler incroyables. Ils s’appuient pourtant sur des sources bel et bien réelles. Vous pouvez voir comment Andersen a atteint ces conclusions ici.

C’est pour cela qu’il a appelé son documentaire Cowspiracy (jeu de mot anglais entre « conspiracy« , conspiration et « cow », vache). Il affirme qu’il y a un complot entre les organisations agricoles et l’industrie agroalimentaire, qui sont de mèche et maintiennent le secret sur ces informations.

On nous dit que la cause principale de la pollution est l’industrie et les transports, mais comme vous le voyez ci-dessus, ils n’arrivent pas à la cheville de la production de viande.

Même s’il y a matière à débat, il ne fait aucun doute que la consommation de viande cause une pollution massive et occupe une gigantesque surface de terrain. L’élevage de bétail tel qu’il est fait actuellement ne semble tout simplement pas durable. La réponse d’Andersen cette situation était simple : nous devrions manger moins de viande.

Sa réaction n’est pas étonnante : c’est un végan convaincu, après tout. Mais s’il y avait une meilleure solution ? Une solution qui satisferait tout le monde et signifierait que nous n’aurions pas besoin de faire de sacrifices ? Il s’avère que c’est bien le cas.

La révolution de la « viande propre » pourrait résoudre tous ces problèmes – y compris éthiques

Même si nous mettons de côté les considérations éthiques liées au fait de manger des animaux (personnellement, je mange de la viande et j’en mangerai probablement toujours), la quantité de pollution que cela cause et la surface que cela occupe sont un problème majeur.

Sans oublier que c’est un secteur qui pèse des milliards, voire des milliers de milliards d’euros. Les entreprises qui résoudront ces problèmes feront donc de très beaux profits par la même occasion.

Elles changeront également pour toujours notre manière d’envisager la nourriture. Alors comment s’y prennent-elles ?

En produisant la viande en laboratoire.

La viande de laboratoire a énormément progressé ces dernières années. Elle en est désormais au point où elle devient commercialement viable. En fait, l’une des entreprises à la pointe de ce domaine – appelée Impossible Foods – est déjà capable de produire quatre millions de steaks hachés par mois dans ses laboratoires. Pour vous faire une idée des produits proposés par Impossible Foods, jetez un oeil ici

Pour l’instant, ces viandes produites en laboratoire, ou « viande propre », comme préfèrent l’appeler les fabricants, se divisent en trois catégories : – La « viande » faite à partir de divers produits végétaux mélangés ensemble afin d’avoir la consistance, le goût et les propriétés de cuisson de la viande réelle. Elle peut même être « saignante », tout comme de la viande réelle. C’est là un avantage supplémentaire, selon les fabricants… – De la vraie viande cultivée en laboratoire à partir de biopsies musculaires qui ne font pas de mal à l’animal donneur. – De la vraie viande cultivée en laboratoire mais créée à partir de l’ADN de levures et autres microbes.

L’exemple d’Impossible Foods, ci-dessus, fait partie de la première catégorie. Ce n’est pas vraiment de la viande, juste différentes parties de plantes moulinées ensemble.

Et cela coûte à peu près autant qu’un steak haché normal. Les Impossible Burgers sont largement disponibles aux Etats-Unis mais plus difficiles à trouver en Europe, et ne sont pas commercialisés en France ou au Royaume-Uni pour l’instant.

Pour ma part, je ne les ai pas encore essayés, mais apparemment, leur goût est très fidèle.

Apparemment.

Le burger à 330 000 $, désormais 99,99% moins cher

Les deux autres catégories étaient autrefois à un prix prohibitif. Le premier steak haché « propre » fabriqué à partir de viande réellement produite en laboratoire date de 2013. Il coûtait 330 000 $.

Deux ans plus tard, le coût avait chuté de 99,99%. Il faut désormais 11 $ pour fabriquer assez de boeuf « propre » pour un steak haché.

Comme pour toutes les technologies, le coût continue de décroître. Il est donc très probable que nous puissions bientôt obtenir des steaks de viande propre à un prix bien inférieur aux steaks hachés normaux. Par « bientôt », j’entends dans quelques années seulement.

Une fois mise sur le marché, cette innovation pourrait bouleverser dans l’industrie de la viande. Après tout, qui ne voudrait pas d’une viande à moitié prix, ne générant quasiment aucune pollution et ne faisant de mal à aucun animal ?

Le seul obstacle, c’est qu’on a là la définition même d’un « aliment Frankenstein » – un aliment conçu par des apprentis-sorciers. Mais si vous réussissez à passer au-delà de cet aspect, la viande propre est en réalité une solution parfaite.

Les lobbies vont la détester. Les agriculteurs vont la détester. La presse va la détester. Mais en fin de compte, la viande propre finira par l’emporter.

Et n’oublions pas qu’en mangeant de la viande propre, vous évitez toutes les hormones de croissance, les antibiotiques et autres horreurs injectées dans notre bétail. Elle est peut-être fabriquée par des apprentis-sorciers, mais ces produits pourraient être bien meilleurs pour vous que la majorité des viandes « normales ».

La viande produite en laboratoire pourrait-elle vraiment mettre à bas un secteur aussi vaste que celui de la viande ? Paul Shapiro, auteur de l’ouvrage Clean Meat, faisait une comparaison intéressante dans un récent article sur NPR.

Shapiro affirme que [le passage à la viande propre] ressemblera à la fin du massacre des baleines par la flotte baleinière américaine, durant les années qui ont suivi l’invention de la lampe à kérosène.

Au milieu du XIXe siècle, environ 8 000 baleines étaient tuées chaque jour dans les mers du globe par cette flotte, principalement parce que l’huile de baleine était énormément utilisée pour l’éclairage ; une fois le kérosène commercialisé, l’industrie baleinière américaine est passée « de l’hégémonie à l’inutilité ».

Que penseriez-vous de manger de la viande produite en laboratoire ? [NDLR : Dans notre d’investissement consacrée aux nouvelles technologies, vous ne trouverez pas (encore) de la viande produite en laboratoire mais des recommandations d’investissement sur d’autres secteurs en pleine croissance : intelligence artificielle, robotique, voiture autonome, 5G, cryptomonnaies… Le futur à portée de main de votre portefeuille est à découvrir ici…]

Harry Hamburg

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La Rédaction
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Un commentaire pour “La révolution de la « viande propre »”

  1. Merci pour cet article de qualité !

    Cordialement

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