Ce que le non-événement de la réunion de la Fed voulait dire

Rédigé le 12 mai 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Une question me vient à l’esprit : à quel moment un non-événement devient-il un événement ?

Réponse : lorsqu’il s’agit d’une réunion du FOMC, le comité monétaire de la Fed !

La Fed a terminé la réunion du FOMC du 3 mai avec une décision importante : celle de ne rien faire. Il n’y a pas eu de hausse des taux d’intérêt, pas de conférence de presse et aucun changement important dans le libellé de la déclaration officielle. Sur le papier, la réunion du FOMC était un non-événement.

Et pourtant, c’était un fait très significatif et lourd de sens. En effet, la Fed prévoit d’augmenter les taux en juin. La réunion du 3 mai était donc une opportunité éventuelle de détourner les marchés de cette conclusion ou de donner aux marchés une raison de croire qu’elle n’augmenterait pas les taux en juin. Au lieu de cela, le message était « nous ne changeons rien »… Nous en concluons que la hausse des taux de juin est plus que jamais d’actualité.

Notre théorie part de l’hypothèse initiale (confirmée par nos recherches et analyses) que la Fed doit porter les taux à 3,25% avant la prochaine récession afin de pouvoir les réduire suffisamment pour espérer sortir de cette récession. (Historiquement, la Fed a eu besoin de baisser les taux de 3,25% pour pouvoir contrer une récession).

Cette mission forcée d’augmenter les taux est le résultat de l’incapacité de Bernanke à l’avoir fait en 2010-2012 au début de la reprise. Maintenant, la Fed doit rattraper le temps perdu. Mais, vous le savez, le paradoxe de la Fed est qu’elle augmente les taux non pas en raison de la solidité économique, mais en raison du risque de récession même ! C’est la première fois depuis 1937 que la Fed a augmenté les taux dans un contexte d’économie faible. Toutes les autres fois, elle l’a fait alors que la croissance était forte ou en train d’accélérer.

FED FOMC

Concrètement, cela signifie que la Fed augmentera les taux tous les mois de mars, de juin, de septembre et décembre à partir de maintenant jusqu’au milieu de l’année 2019. C’est réglé comme une horloge, à moins que l’un des trois facteurs suivants ne la pousse à faire une pause : – une baisse désordonnée du marché boursier ; – des créations d’emplois inférieures à 75 000 par mois ; – une forte désinflation.

Les paramètres associés à ces facteurs de pause sont importants à considérer.

Le Dow Jones pourrait chuter de 500 points, les créations d’emplois pourraient descendre à 100 000 par mois et l’inflation pourrait chuter à 1,7%, la Fed serait toujours prête à augmenter ses taux en juin. Les données économiques et boursières devraient être bien pires pour que la Fed se mette en « mode pause ». Nous ne voyons pas cela arriver avant juin.

La question n’est pas de savoir si l’économie est forte (ce n’est pas le cas), mais si elle est suffisamment forte pour supporter une autre hausse des taux. Pour l’instant, c’est le cas – d’après la Fed.

Elle nous a d’ailleurs donné quelques indices dans ses déclarations : – elle a utilisé le mot « transitoire » en parlant d’une croissance plus faible. Traduction : ce n’est pas grave, la croissance repartira bientôt ; – elle a aussi utilisé le mot « équilibré » en référence aux risques d’expansion ou de contraction de l’économie. Traduction : nous ne voyons rien qui va venir modifier nos plans ; – et la Fed a utilisé le mot « graduel » pour parler de la hausse des taux. Traduction : 0,25% quatre fois par an, habituez-vous à cela.

La question est de savoir si cette approche fonctionnera.

La Fed peut-elle augmenter les taux pour se préparer à une récession sans en causer une ?

La réponse est non ; et la raison en est que l’économie est à la fin d’un cycle d’expansion et s’affaiblit déjà, alors que la Fed a commencé ce cycle de resserrement monétaire. Vous avez des indications quant à cette faiblesse économique dans l’aplatissement de la courbe des rendements, la stagnation du marché boursier (depuis le 1er mars), la baisse des ventes d’automobiles, les défauts sur les prêts automobiles et les crédits à la consommation, la baisse du nombre de prêts et l’incertitude générale qui règne à cause de la confusion politique à Washington.

L’entêtement de la Fed avec sa hausse des taux en juin sera la pichenette qui fera basculer l’économie vers la récession.

Un aspect non mentionné dans la déclaration du FOMC est la « normalisation » du bilan de la Fed.

Il s’agit d’un processus prévu pour 2018 qui consiste à réduire progressivement la taille du bilan de la Fed en laissant ses positions en bons du Trésor arriver à expiration sans les réinvestir dans de nouveaux titres. L’argent que le Trésor envoie à la Fed sous forme d’obligations arrivées à maturité disparaît simplement. L’exact opposé de ce qui se passe lorsque la Fed crée de l’argent à partir de rien lorsqu’elle achète les obligations qui viennent d’être émises. La Fed n’a pas parlé de cette normalisation mercredi dernier parce que c’est un sujet compliqué et que Janet Yellen veut aborder cette discussion en juin lors d’une conférence de presse où elle aura le temps d’expliquer les intentions de la Fed en détail.

Etant donné que la normalisation du bilan de la Fed est une autre forme de resserrement monétaire, la conférence de presse de juin sera un vent contraire pour l’économie (puisque les marchés anticipent l’avenir). C’est juste une raison de plus pour conclure que l’économie atteindra sa vitesse de décrochage en juillet ou en août.

Etant donné que le marché boursier valorise tout au summum et que la réalité est d’une autre nature, une correction majeure de 10% ou plus sur les actions devrait arriver prochainement.

C’est le bon moment pour vendre une partie de vos actions et réaffecter votre portefeuille en espèces et en or. L’intention de la Fed est claire et la réaction du marché est prévisible. La Fed sera la dernière à voir les signes de la récession, comme c’est toujours le cas. Vous pouvez la voir dès maintenant et réagir avant la foule. [NDLR : Besoin de conseils pour adapter votre portefeuille à cette possible correction des marchés ? Prêt à faire des gains quand les autres enchaîneront les pertes ? C’est maintenant qu’il faut mettre en place votre stratégie baissière… avec l’aide de Jim. Pour en savoir plus sur sa stratégie…]

Article publié le 11 mai dans La Bourse au Quotidien

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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