Profitez du retour électrifiant des big data

Rédigé le 24 juillet 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Qui pense encore aux big data ?

Lorsque l’expression était sur toutes les lèvres, les big data étaient l’Eldorado de l’innovation, faiseurs de start-ups et relais de croissance des conglomérats. Entre 2011 et 2012, en plein marasme des marchés boursiers, les entreprises ont vu dans l’accumulation de données une manière de mettre un pied dans l’économie de l’information en parallèle de leurs activités historiques.

Souvenez-vous : après trois années de crise, l’industrie manufacturière peinait à renouer avec les bénéfices. Bâtiment, automobile, énergie… aucun secteur n’arrivait à sortir la tête de l’eau et à attirer à nouveau les investisseurs.

Les big data sont devenues une mention incontournable des communiqués de presse. C’était une certitude : les entreprises allaient mettre à profit les données d’usage de leurs produits. Pour tous les groupes cumulant des dizaines d’années d’activité et des millions de clients, il s’y trouverait nécessairement de la valeur…

De leur côté, les start-ups poussaient comme des champignons. Recrutant à tour de bras ingénieurs, informaticiens et chercheurs, ces structures légères accompagnaient telles des poissons pilotes les grands groupes pour leur apprendre comment gérer les montagnes de données récupérées de leur clientèle.

Ce bel écosystème a continué à faire parler de lui pendant plusieurs années. D’un côté, les industriels ont pu communiquer sur ce relai de croissance exercice après exercice. De l’autre, les petites entreprises agiles ont vendu, souvent à prix d’or, leur expertise.

C’était il y a six ans, autant dire une éternité à l’échelle de l’économie de l’information. Les big data ont-elles tenu leurs promesses de rentabilité ? Non, bien sûr. Il lui manquait, simplement, un élément important : un problème à résoudre.

Qui a gagné de l’argent avec les big data ?

A force de répétition, l’industrie a fini par s’autopersuader que toutes les bases de données issues de la clientèle pourraient être valorisées. Ces cinq dernières années, nombre de sociétés ont été créées avec, comme seul modèle d’affaire, la revente de leurs données.

Les entreprises manufacturières n’ont finalement pas trouvé de clients disposés à acheter leurs données. Les statistiques sur la vitesse des véhicules circulant sur une portion de Route Nationale peuvent intéresser la Sécurité Routière… mais personne n’irait payer une fortune pour y avoir accès.

Le même problème s’est posé pour les myriades d’applications smartphones qui espéraient vendre les informations recueillies sur leurs utilisateurs. Le marché des listes d’informations personnelles (nom, prénom, adresse mail) s’est rapidement retrouvé saturé.

Le constat a fini par tomber : à part les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, peu d’entreprises peuvent trouver un usage marchand à leurs bases de données. Ces deux secteurs, vivant exclusivement de la publicité, sont des cas très particuliers.

Sous couvert de service gratuit (l’accès à l’information pour Google, le divertissement pour Facebook), ces sites vendent en fait la même chose : des publicités à des annonceurs. Or une publicité mieux ciblée est plus efficace. Récolter le plus de données possible améliore donc la qualité du service vendu.

Les tentatives de valorisation des données échouant les unes après les autres, les big data sont lentement passées de mode. Alors qu’il ne fait plus vendre de papier et que nombre d’investisseurs ont été échaudés par leurs paris infructueux, il pourrait pourtant renaître de ses cendres.

Les éoliennes ont besoin de données

La production électrique issue d’énergies renouvelables, bien que marginale dans le mix énergétique français, est en constante augmentation. Les contraintes réglementaires vont encore favoriser cette tendance dans les prochaines années. Seul problème : les énergies renouvelables sont intermittentes et difficilement prévisibles. Les réseaux se retrouvent donc parfois en surproduction électrique.

A contrario, la démocratisation de la voiture électrique risque de causer des black-out si tous les Français branchent simultanément leurs véhicules en rentrant du travail.

Les réseaux vont devoir gérer des phases de surproduction et de sous-production peu prévisibles et potentiellement désastreuses pour l’équilibre de la fourniture d’électricité.

Seule solution : surveiller en permanence le comportement des acteurs, qu’ils soient producteurs ou consommateurs. Les électriciens s’attèlent actuellement à l’élaboration de modèles prédictifs pour anticiper les pics de production des EnR et les pics de consommation.

En plus de la surveillance en temps réel de notre consommation, ils travaillent à sa gestion active.

L’objectif est, si besoin, de pouvoir déconnecter les appareils non-prioritaires en cas de faiblesse dans l’approvisionnement.

Pour ce faire, il faudra que les sources de production locales (panneaux solaires, micro-centrales hydroélectriques, mini-éoliennes) et nos appareils les plus énergivores deviennent des objets connectés. Les électriciens pourront ainsi les surveiller et les déconnecter du réseau à l’envi.

Cette fois-ci, les enjeux sont bien réels : objets connectés et big data pourraient bien faire leur grand retour dans la R&D.

Seule différence avec la folle exubérance des années passées, les fournisseurs d’énergie en feront usage en toute discrétion. Le tollé suscité par le déploiement du compteur intelligent Linky est encore dans toutes les mémoires.

Vous ne verrez probablement pas fleurir les communiqués de presse vantant les mérites d’une surveillance constante et généralisée des foyers français. Les électriciens n’ont en effet aucun intérêt à rappeler publiquement que, lorsque notre consommation pourra être suivie en temps réel, notre mode de vie n’aura plus aucun secret pour eux.

Si cette perspective vous effraie, rassurez-vous en pensant que leur objectif n’est pas la commercialisation des données. Cette débauche de moyens techniques a pour seul but de nous vendre de l’électricité. Sauf intrusion informatique, il y a peu de chances que ces données se retrouvent sur le marché — d’autant que la CNIL ne manquera pas de surveiller avec attention l’usage qui en est fait.

Qui traitera toutes ces données ?

L’acquisition des données est une chose, leur traitement en est une autre.

Pour prévoir au mieux la charge du réseau, les électriciens devront prendre en compte la population, les appareils électriques branchés, la météo, l’actualité, et tous les autres événements susceptibles de changer la production et la consommation électrique.

Aujourd’hui, les modèles multi-dimensionnels intégrant autant de variables ne sont pas prêts — pour la simple et bonne raison que les données étaient inexistantes. Les opérateurs n’auront en fait pas besoin de les développer manuellement : les progrès de l’intelligence artificielle font que ce type de problème est facilement réglé par les systèmes à apprentissage automatique dont nous vous parlons régulièrement dans La Quotidienne.

L’intelligence artificielle est particulièrement adaptée lorsque la réponse recherchée dépend d’une multitude de paramètres dont la contribution unitaire et les interactions ne sont pas bien connues.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains énergéticiens cherchent aujourd’hui ouvertement à recruter des spécialistes de l’intelligence artificielle et du Machine Learning. Il est grand temps de préparer les réseaux électriques intelligents pour répondre au défi de l’intermittence électrique.

Pour les investisseurs, le moment est venu de se positionner sur les entreprises qui seront à la tête de cette transition. [NDLR : C’est une de ces entreprises – un spécialiste de la production intelligente d’électricité – sur laquelle vous propose d’investir Etienne dans la prochaine recommandation française de NewTech Insider. Si vous ne suivez pas encore les conseils d’Etienne et de Ray Blanco… il est encore temps de vous abonner pour recevoir cette nouvelle recommandation.]

Mots clé : - - - -

Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Laissez un commentaire