La résurrection de l'or passe par son exhumation

Rédigé le 28 février 2012 par | La quotidienne Imprimer

Si, en 2011, l’once d’or a gagné près de 25%, les minières ont quant à elles affiché une minuscule hausse d’environ 1%.

Comment expliquer une telle décorrélation ? Est-elle durable ?

Sur le papier, le cours des minières devraient évoluer de manière plus ou moins parallèle au cours de l’or. Si la production grimpe (l’or), les producteurs devraient faire de même – et même mieux. C’est ce qu’on appelle l’effet de levier.

Prenons un exemple, le cours de l’or gagne 25% sur un an (le passé récent nous démontre que c’est possible), mais le cours d’une minière qui passe en production après plusieurs années d’investissement peut lui prendre 100%, voire plus. C’est l’effet de levier. Ajoutons à cela que si vous désirez investir sur l’or physique aujourd’hui, vous devrez vous accommoder de cours frôlant les 1 800 $. Une action de minière peut elle s’acheter quelques dollars…

Vous l’aurez compris, a priori, en période de hausse des métaux précieux, les minières devraient attirer les convoitises des investisseurs.

Sauf que, dans les faits, elles ont été plutôt boudées.

Qui accuser ? Peut-être les minières, elles-mêmes. Nous vous avons souvent mis en garde : les minières sont des investissements qui peuvent s’avérer fructueux… mais qui sont risqués.

Mais surtout, le faible intérêt pour ces actions démontre que, pour de nombreux investisseurs, la hausse de l’or n’est pas pérenne.

Pourquoi investir sur une minière ? Parce que vous êtes persuadés que la phase haussière des métaux précieux est loin d’être terminée. Par contre, si vous pensez que l’or est dans la dernière phase de gonflement d’une bulle (juste avant l’implosion), il n’y a aucune raison pour investir à plus long terme sur des producteurs.

Ce qui nous amène à la manière dont l’or est considéré. Pour les investisseurs, l’or est un refuge. Preuve en est la hausse des cours l’année dernière alors que la gravité de la Crise sautait aux yeux d’un peu tout le monde.

Mais rares sont les investisseurs qui pensent que l’or pourra durablement dépasser les 2 000 $ voire les 3 000 $. Optimisme béat quant au sort de l’économie mondiale ? Peut-être.

De notre côté, nous pensons que les raisons poussant à la poursuite de la hausse de l’or ne font que se confirmer. Nous sommes entrés dans une phase de crise accélérée. Aujourd’hui, la crise de l’euro domine l’actualité. Une dénomination qui en fait cache la réalité. Ce n’est pas une crise de la monnaie unique, c’est une crise de la dette. D’un excès d’endettement.

Demain, cela sera peut-être la crise de la dette chinoise, ou celle de la dette américaine. En fait, cela importe peu. Car la seule réponse proposée à ces crises de la dette est la liquidité. A tort ou à raison. Peut-être effectivement est-ce la seule solution possible (la seule raisonnable étant le désendettement). Quoi qu’il en soit l’excès de liquidité ronge les monnaies fiduciaires, les détruit de l’intérieur.

Le pari est donc le suivant :
– soit vous pensez que la fin de crise est pour bientôt, et dans ce cas-là effectivement, il ne sert à rien de miser sur les minières.
– soit vous pensez que la crise, quel que soit la forme qu’elle prendra dans sa prochaine phase, n’est pas terminée, investir sur le moyen/long terme prend alors tout son sens : les minières peuvent donc trôner dans votre portefeuille.

Et la Chine dans tout cela ?
Dès que nous parlons d’or, nous sommes obligés de parler de l’empire du Milieu. Car, depuis une dizaine d’année, l’appétit chinois pour le métal jaune a très largement changé la donne.

Sa demande en or a atteint 789 t en 2011.

Commençons par une mise en perspective. En 2001, les achats chinois représentaient 4% de la production mondiale d’or. En 2006, ils ont atteint 10%. En 2010, ils sont passés à 18%. Et ce n’est pas fini : en 2011, les achats chinois représentaient 28% de la production totale.

D’où vient cet or ? Un peu moins de la moitié des mines d’or chinoises. Quant au reste, il est importé. L’année dernière, les importations d’or par la Chine ont triplé, à 428 t.

Les raisons de cet engouement, vous les connaissez. Pékin a fini par libéraliser l’achat d’or par les particuliers. Mieux, le gouvernement chinois encourage maintenant ses concitoyens à acheter de l’or en lançant des produits accessibles au plus grand nombre.

Frictions entre l’offre et la demande
Si la demande en or devrait rester particulièrement importante, l’offre peine à suivre le mouvement. Entre 2001 et 2011, la demande a augmenté de 9%, passant de 3 729 t à 4 067 t selon le World Gold Council.

Sur la même période, la production d’or n’a augmenté que de 6%, passant de 2 646 t à 2 800 t.

Le reste de l’offre est fournie par le recyclage d’or déjà extrait, soit 1 689 t l’année dernière. Un chiffre en légère baisse par rapport à 2010 (de 2%), et ce malgré des cours de l’or qui ont presque doublé et la multiplication d’offres de rachats de vos vieux bijoux par diverses sociétés. A croire que la quantité de bijoux que nous sommes prêts à sacrifier est limitée.

Conclusion, entre une production de 2 800 t et un recyclage de 1 689 t d’or, l’offre s’est montée à 4 489 t l’année dernière, en hausse de 3% par rapport à 2010.

De nombreux facteurs laissent présager d’une demande d’or physique en hausse. Nous l’avons vu la demande de la Chine pèse lourd, tout comme celle de l’Inde et des banques centrales (en particulier des pays émergents). Il faut aussi tenir compte de l’explosion de la demande pour l’or d’investissement. Or vous le savez, les ETF nécessitent d’être adossés sur une part d’or physique. Si bien qu’entre le quatrième trimestre 2010 et le quatrième trimestre 2011, la demande d’or physique de ces fonds est passée de 22,3 t à 86,8 t.

Les producteurs d’or cherchent manifestement à s’adapter à la hausse de la demande et le niveau élevé des cours devrait rendre rentable (voir très rentables) de nombreux projets d’exploration et d’exploitation aurifères.

Faites vôtre les mines
Est-ce le moment d’acheter des minières ? Dans l’Edito Matières Premières & Devises, Isabelle Mouilleseaux vous donnait un des principaux indicateurs à surveiller si vous êtes tentés, le BPI (Bullish percentage index) : « Cet indice nous signale quand les valeurs or sont surachetées (plus de 80) et quand elles sont survendues (moins de 30). L’idéal étant bien entendu de vendre ses minières quand l’indice atteint des sommets, et de les acheter lorsqu’il atteint un point bas — lorsque tout le monde vend et fuit les minières. C’est à ce stade que le ratio risque/rendement est en général le plus intéressant ».

« Je pensais début décembre qu’il avait touché le fond. Que nenni ! Les institutionnels ont vendu les minières dans le cadre de leur habituel nettoyage de portefeuille de fin d’année. L’or a décroché, enfonçant le clou un peu plus encore ».

« Est-ce le moment de nous placer sur les minières ? Je n’ai pas de boule de cristal, mais je dirais que oui ».

Un avis partagé par Florent Detroy qui vient d’intégrer une minière aurifère à son portefeuille de Matières à Profits. Il est encore temps de suivre sa recommandation (qui ne date que de vendredi dernier). Pour en savoir plus…

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Un commentaire pour “La résurrection de l'or passe par son exhumation”

  1. […] sous-évaluées par rapport au cours du métal jaune. Pourtant, comme je vous l’expliquais dans une Quotidienne, elles restent un bon moyen de miser sur la hausse à long terme de la relique […]

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