La Quotidienne de la Croissance

Adoption de la réforme fiscale américaine : la fin du Trump Trade ?

Vendredi dernier, Donald Trump a remporté une grande victoire, peut-être la première de son mandat : le Sénat a adopté son projet de réforme fiscale, la plus importante depuis les années 1980 et Ronald Reagan.

Cette loi prévoit une baisse significative des impôts pesant sur les entreprises, qui vont passer de 35% et 20% et qui va inciter, via à un taux d’imposition réduit, le rapatriement des bénéfices réalisés à l’étranger par des entreprises américaines.

Une réforme pour les riches ?

Pour les particuliers, la réforme supprime certaines niches fiscales, double la part non imposable, et devrait aboutir à une réforme des tranches d’impôts. Cette réforme favorise-t-elle vraiment les classes moyennes comme le clame Donald Trump ? On peut en douter si l’on suit les chiffres du New York Times.

En bleu, le pourcentage d’une tranche de revenus qui bénéficiera de la réforme fiscale en 2019 et en 2027. En orange, ceux pour qui elle impliquera une augmentation d’impôts, et en gris ceux pour lesquels cela ne changera rien.

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En 2019, cette réforme bénéficiera à 61% des imposés américains, ne changera rien pour 30% d’entre eux et en pénalisera 6%. A première vue, cette réforme va donc bénéficier au plus grand nombre.

Mais dans le détail, ce sont effectivement les plus fortunés qui en profiteront le plus (91% de ceux disposant d’un revenu entre 500 000 et un million de dollars, et 80% de ceux qui gagnent plus d’un million) alors que seuls 26% des imposés gagnant entre 30 000 $ et 40 000 $, 11% de ceux gagnant entre 10 000 $ et 30 000 $ ou encore 48% de ceux gagnants entre 40 000 $ et 50 000 $ verront leurs impôts baisser.

En clair, plus vous êtes riche (et américain), et plus cette réforme vous bénéficiera, et ce, par exemple, grâce à une réduction de l’impôt sur les successions.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les démocrates ont unanimement voté contre cette loi, qui l’a emporté à 51 voix contre 49. Et c’est aussi la raison pour laquelle une majorité d’Américains ont une opinion assez défavorable de cette réforme accusée, dans une grande partie de l’opinion publique, de favoriser les plus aisés.

L’autre raison pour laquelle cette loi a été si discutée, c’est qu’elle devrait signifier 1 500 milliards de dollars de rentrées fiscales en moins pour l’Etat sur 10 ans. Et qu’elle risque de peser lourdement sur le déficit américain… et donc sur son endettement. Les estimations ne concordent pas complètement mais cette réforme pourrait creuser d’au moins 1 000 milliards de dollars l’endettement américain sur les 10 prochaines années.

Les républicains les plus conservateurs – et ceux les plus préoccupés par le budget et l’endettement américains – se sont donc, dans un premier temps, opposés à cette réforme, avant de se rallier à la majorité de leur parti. Seul un sénateur a fait de la résistance et voté contre.

La prochaine étape va constituer en l’harmonisation des textes votés par le Sénat et la Chambre des représentants, puis sa promulgation par Donald Trump, ce qu’il espère pouvoir faire avant Noël.

Une victoire de Trump ?

Une victoire pour Donald Trump donc… ou pas.

En effet, comme je vous le disais, cette réforme est assez impopulaire dans l’opinion publique américaine. Or les élections de mi-mandat approchent et certains démocrates craignent que la réforme ne se paie dans les urnes.

Les explications du Monde :

Le calcul de l’opposition est simple : cette réforme pourrait devenir un boulet pour le Grand Old Party à l’occasion des élections de mi-mandat, en novembre 2018, qui sont traditionnellement défavorables au parti au pouvoir. Le Parti démocrate espère que cette réforme jouera le même rôle destructeur que la réforme de la santé imposée par Barack Obama en 2010. Les élections intermédiaires avaient entraîné la perte de contrôle de la Chambre des représentants, ce qui avait contribué à une impasse législative de six ans.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

La réaction des marchés hier a été symptomatique. Après avoir ouverts en hausse, le Nasdaq et le S&P 500 ont corrigé (de plus de 1% pour l’indice technologique). Seul le Dow Jones a réussi à préserver une petite hausse en clôture, de 0,24%. Rien de fantastique donc…

La réforme fiscale était pourtant la colonne vertébrale de ce que l’on a appelé le « Trump Trade ». Elle a motivé la hausse des marchés actions ces derniers mois, faisant le pari que la significative réduction des impôts pour les entreprises allait leur permettre d’augmenter leurs bénéfices, d’investir, de croître… et de verser de meilleurs dividendes à leurs actionnaires.

Ajoutons à cela que l’incitation au rapatriement des bénéfices réalisés à l’étranger pourrait signifier un afflux de dollars… et donc renforcer le billet vert.

Sur le papier donc, cette réforme a tout pour favoriser les entreprises… et les marchés actions. Ceux-ci ont en outre moult fois démontré leur peu d’intérêt pour l’état du déficit ou de l’endettement fédéral. Pourquoi donc s’inquiéteraient-ils de 1 000 milliards de dettes en plus ?

Malgré tout, cela fait maintenant un an que les marchés rongent l’os de cette réforme… il ne doit donc plus y rester beaucoup de chair.

Et c’est ce qui inquiétait Mathieu Lebrun dans Agora Trading :

A présent, une fois que le package fiscal US sera voté, la question des catalyseurs de hausse va de nouveau se poser (je rejoins mon collègue Philippe Béchade quand il dit : « qu’est-ce qui va tirer Wall Street quand la tax reform sera adoptée ? »

On garde en tête l’adage boursier : les marchés haussiers meurent dans l’euphorie. Ce que j’assimilerais volontiers à l’officialisation du package fiscal américain…

Et si l’adoption de la réforme fiscale signait la fin du Trump Trade ? Je n’exclurais pas cette possibilité… [NDLR : Comment vous préparer à un retournement des marchés ? Comment vous en sortir mieux que les autres en cas de krach ? Simone Wapler vous explique ici sa stratégie…]

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