Pourquoi un référendum en Italie fait trembler l’euro

Rédigé le 30 novembre 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Les marchés sont à l’heure italienne. L’euro est au plus bas face au dollar, les Bourses européennes retiennent leur souffle et les rendements des obligations italiennes s’envolent sous le risque, le scénario d’une sortie de l’Italie de l’euro gagne en crédibilité ainsi que celui d’une explosion de l’euro.

Tout cela à cause de l’Italie.

Dimanche prochain se déroulera un référendum de l’autre-côté des Alpes. A première vue, rien de bien palpitant dans un pays très habitué à ce genre de vote, régulièrement organisé sur tout un tas de sujets.

Le problème viendrait-il alors du sujet même de ce référendum ? Pas vraiment. Certes, c’est la plus importante réforme constitutionnelle qui est au programme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et celle de la monarchie italienne en 1946. Cette réforme prévoit de mettre fin au bicamérisme parfait transformant le Sénat en Sénat des régions. Le but de la manoeuvre est de renforcer la stabilité politique du pays, bien connu pour faire valser les gouvernements.

Cette réforme du Sénat a été accompagnée de mesures complémentaires telles que la suppression du Consiglio nazionale dell’economia e del lavoro (l’équivalent italien de notre Conseil économique, social et environnemental), la réduction du nombre de parlementaires et la « maîtrise des coûts de fonctionnement des institutions ».

Prises individuellement, ces mesures ont plutôt le soutien des Italiens (qui serait contre la maîtrise des coûts de fonctionnement des institutions ?) mais le problème est que le référendum a été politisé par la faute même de Matteo Renzi, le président du Conseil depuis 2014, à la tête d’une coalition de centre-gauche.

En 2015, celui-ci déclarait en effet assez imprudemment qu’il démissionnerait en cas de victoire du « non ».

Un référendum qui échappe à son créateur

Renzi a donné les armes pour se faire battre aux principaux partis d’opposition, le Mouvement 5 Stelle (M5S), populiste, anti-élites et eurosceptique, et la Ligue du Nord, parti d’extrême-droite qui prospère sur les décombres de la droite et de son ex-principal parti, Forza Italia (le parti de l’inoxydable Silvio Berlusconi).

Le référendum a donc fait apparaître de nouveau paysage politique en Italie. Dans le camp du « oui », les principaux partis politiques de gauche – dont le principal, le PD – et du centre. Dans le camp du « non », tous les autres, des partis fascistes à l’extrême-gauche en passant par toutes les nuances.

Tous les sondages donnent le « non » vainqueur. Et pour une fois, il y a certaines raisons de les croire même si Matteo Renzi tente désespérément de rallier derrière lui les Italiens indécis en brandissant la menace de M5S.

Car, au fond, c’est à la lumière de la montée en puissance de ce mouvement qu’il faut lire ce référendum, et les craintes exprimées par les marchés.

En cas de victoire du « non », Renzi n’est pas obligé de démissionner. Malgré tout, il a mis son poste en jeu et après avoir tenté de faire oublier cette promesse irréfléchie il a, ces dernières semaines, admis du bout des lèvres qu’il s’y tiendrait. Rien n’est fait mais si le « non  » l’emporte, sa position sera clairement affaiblie. A court terme, il y a donc de grandes chances qu’il soit obligé de démissionner.

Là encore, cela ne serait ni une première ni une catastrophe. L’Italie est habituée aux changements rapides de gouvernement. Le pays est même habitué aux solutions transitoires habituelles dont l’instauration d’un gouvernement technique, nommé par le Président de la République italienne dans l’attente des prochaines élections initiatives. Vous souvenez-vous de Mario Monti ? L’économiste dirigeait un gouvernement de ce genre.

La montée de M5S

Si l’Italie est habituée à cette valse gouvernementale et aux solutions transitoires, il n’en reste pas moins que les gouvernements techniques sont du pain béni pour l’opposition, et tout particulièrement pour le M5S qui se fait fort de dénoncer les arrangements politiques, la classe politique dans son ensemble ou l’absence de légitimité (par les urnes) de ces gouvernements. Il est vrai que les gouvernements techniques sont formés de fonctionnaires, d’universitaires, d’économistes, etc. Loin, très loin, de la vision de démocratie défendue par M5S et d’autres.

Le gouvernement Monti (2011-2013) a vu prospérer M5S qui est devenu une des principales forces politiques italiennes. Lors des dernières élections municipales, le mouvement est même parvenu à mettre la main sur nombre de municipalités dont la très symbolique Rome et une des capitales économiques du pays, Turin.

En cas de démission de Renzi, la mise en place d’un gouvernement de transition technique est très probable alors que l’opposition marche en ordre dispersé et que la coalition au pouvoir est très divisée. Silvio Berlusconi s’est même déclaré prêt à prendre la tête de ce gouvernement de transition, c’est pour dire…

De quoi donner un peu plus de carburant au M5S.

Or les marchés internationaux n’apprécient pas du tout la montée des Cinque Stelle. Outre la méfiance envers un mouvement qui affiche son hostilité pour la finance, les banques, les partis politiques, ce sont les positions eurosceptiques de Beppe Grillo, le fondateur, et de Luigi Di Maio (nouvel homme fort de M5S) qui inquiètent le plus dans un contexte de fragilité grandissante de la Zone euro et du projet européen.

Comme le rappelait hier Philippe Béchade dans La Bourse au Quotidien, Luigi Di Maio et le M5S espèrent pouvoir organiser un référendum sur le maintien de l’Italie dans l’euro :

Le vice-président de la chambre des députés italien, Luigi di Maio, fer de lance du M5S à l’assemblée, saisirait cette occasion pour proposer un référendum sur la sortie de la Zone euro de l’Italie (en espérant que d’autres pays suivraient cette initiative).

Luigi di Maio martèle depuis des mois « qu’il n’y a qu’un seul pays, l’Allemagne, qui bénéficie de l’Euro, tandis que les autres prétendent simplement qu’ils ne subissent pas de dommages ».

« Nous (l’Italie) avons déjà perdu 25% de notre richesse nationale en 15 ans : les citoyens décideront eux-mêmes du sort de l’euro ».

Un vote allant dans ce sens constituerait un séisme qui ravalerait le Brexit au rang de simple péripétie !

L’Italie pourrait-elle voter pour sortir de l’euro ? Est-ce une étape de plus vers l’explosion de l’euro ? C’est ce que je vous propose de voir demain… [NDLR : votre épargne financière, votre assurance-vie, votre patrimoine sont-ils protégés contre un retour de la crise de la dette en euro ? Il est encore temps de prendre vos dispositions avant que les choses ne s’emballent. Comment faire ? Les solutions sont ici.]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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