La réalité virtuelle à la conquête de notre réalité

Rédigé le 5 avril 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Je vous le disais hier, pour qu’une technologie s’implante vraiment, elle ne doit pas convaincre qu’une seule catégorie de potentiels consommateurs. Elle doit nous convaincre tous. Or – et c’est plutôt bon signe pour ses partisans – la réalité virtuelle essaie de s’imposer dans d’autres domaines que ceux du jeu.

Des usages à inventer

Un des premiers usages possibles est celui de la communication. Nous sommes très nombreux à utiliser Skype, FaceTime ou toutes autres solutions de conférences vidéo ou téléphonique. Dans ce domaine, la réalité virtuelle pourrait faire son nid : au lieu d’assister à une conférence par vidéo, vous pourriez y assister de manière virtuelle, et totalement immergée.

Les entreprises, mais aussi le monde de l’enseignement, pourrait se laisser séduire par la présence virtuelle. Après tout pourquoi pas… Une de mes jeunes cousines me racontait qu’elle n’avait pas été obligée de se déplacer dans sa fac parisienne pour assister aux cours de première année de médecine : une antenne avait été installée dans la ville de banlieue parisienne dans laquelle elle vit. Elle pouvait assister aux cours, retransmis en direct (un article de 2012 du Parisien relatait d’ailleurs l’expérience).

Vu le succès des MOOC (ces cours en ligne) et des conférences style TED, la réalité virtuelle pourrait avoir trouvé là un solide débouché.

L’autre usage qui devrait se développer : celui de la simulation. Une pratique qui n’est pas nouvelle mais qui devrait grandement s’améliorer au fur et à mesure que la réalité virtuelle devient plus efficiente.

Dans le domaine de la formation, la réalité virtuelle pourrait aussi prendre racine : apprentissage de la conduite et du pilotage, par exemple. Ou encore dans le cadre de la formation des chirurgiens, des militaires… La réalité virtuelle y a déjà fait des timides avancées mais son usage pourrait se généraliser dans les années qui viennent.

Dernier secteur dans lequel ces nouvelles formes de réalité ont une chance de prospérer, celui, très large, du marketing. En 2013, Ikea lançait une application vous permettant de vous faire une idée de ce que donnerait – virtuellement – ce nouveau canapé dans votre salon. A vrai dire, nous quittons là le domaine de la réalité virtuelle pour celui de la réalité augmentée. L’idée est amusante (la vidéo l’illustrant aussi) mais pour l’instant, cela reste encore dans le domaine de l’anecdotique.

Dans le domaine de l’immobilier et de l’architecture, la réalité virtuelle a aussi une carte à jouer. Du côté de l’architecture, bien sûr, avec la simulation de nouveaux projets, mais aussi pour la vente. Imaginez pouvoir visiter des appartements de manière totalement virtuelle. Pratique quand on ne peut pas se déplacer, ou bien quand le bien en question n’a pas encore été construit. Si ces nouvelles pratiques prennent le pas, nous pourrions à terme voir disparaître les agences immobilières telles que nous les connaissons encore.

Des agences de communication proposent aujourd’hui des expériences virtuelles dans le cadre de campagnes marketing : avoir un petit aperçu de la plage ou de l’hôtel où vous avez l’intention de passer vos prochaines vacances, tester une voiture, son habitacle, sa conduite, avant de l’acheter…

Vous le voyez, les domaines dans lesquels la réalité virtuelle peut se greffer avec succès sont nombreux. Je vous le disais hier, Eoin Treacy va vous en reparler très rapidement.

Des obstacles à dépasser

Quant à moi, j’aimerais conclure sur les obstacles que la réalité virtuelle doit franchir pour espérer conquérir le grand public.

Il y a tout d’abord celui technologique. Les casques de réalité virtuelle sont encore loin d’être accessibles à tous. Il faut aussi des ordinateurs suffisamment puissants pour pouvoir rendre l’expérience la plus fluide et la plus agréable possible pour les utilisateurs. Tout ceci a un coût… qui va bien évidemment baisser dans les mois et les années qui viennent. Mais pour l’instant, le passage au virtuel est un petit luxe.

Les constructeurs devront aussi s’attaquer à des problèmes plus… concrets. Vous avez vu à quoi ressemble le casque d’Oculus Rift ?

Oculus Rift - réalité virtuelle
Source : oculus.com

Ni léger, ni discret… et même un poil ridicule.

Là encore, il y a fort à parier que ces dispositifs deviendront plus légers, plus pratiques, plus discrets. Restera les questions purement physiologiques. L’usage de la réalité virtuelle – comme de la 3D – a tendance à engendrer nausées et migraines chez nombre d’utilisateurs. Vous me direz, c’est accessoire. Eh bien, pas tant que cela. Le semi-échec de la console de jeu en 3D de Nintendo doit beaucoup à ces effets secondaires indésirables.

Enfin, il faudra séduire le grand-public… Un rapide passage en revue des avis des premiers acheteurs ou utilisateurs montre que ces premières impressions sont mitigées. N’ayant pas un Oculus Rift sous la main pour m’improviser testeur, je vous propose l’avis d’une journaliste des Echos sur l’Oculus Rift et sur le HTC Vive, et qui résume bien le sentiment général :

Les casques Oculus Rift comme le HTC Vive créent tout deux une réalité virtuelle bluffante de réalisme, fluide, intuitive, à laquelle il ne manque qu’une meilleure résolution graphique.

L’Oculus reste le plus confortable à prendre en main, mais la position assise diminue un peu l’immersion. A l’inverse, le HTC Vive exige plus d’installations et un salon bien dégagé, mais une fois le casque sur le nez, l’immersion est presque magique.

Mais cet effet « waouh » a un prix : au bout d’à peine une demi-heure de jeu, on ressort déboussolé et nerveusement épuisé de l’expérience. L’Oculus est également fatiguant à la longue. Les deux casques ne semblent en fait pas faits pour être portés plusieurs heures.

Pour résumer : le potentiel est là, mais il y a clairement des (gros) points noirs à améliorer pour que la réalité virtuelle puisse conquérir le grand public : amélioration technologique, baisse des prix, amélioration du confort d’utilisation. Obstacles qui n’ont rien d’insurmontables selon Ray Blanco et Eoin – qui vous donnera en outre des pistes pour investir dans le secteur. Alors, rendez-vous très vite dans la Quotidienne.

Quant à moi, je mise bien plus sur la réalité augmentée. Nous aurons l’occasion d’en reparler dans ces lignes.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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