Vos profits s’envolent avec Air France

Rédigé le 22 août 2017 par | Indices & Actions Imprimer

La trêve estivale touche à sa fin. Si vous avez eu la chance de prendre des congés, vous avez pu vous éloigner quelques jours ou semaines de l’actualité boursière… et vous avez bien fait.

Il faut dire que, pour les marchés, la période n’a pas présenté beaucoup d’intérêt. A l’heure où j’écris ces lignes, le CAC40 cote – à quelques points près – au même niveau que fin juin.

Cette année encore, l’été n’a pas été l’occasion de s’enrichir en bronzant pour les investisseurs positionnés sur le marché français. Quelques valeurs tirent toutefois leur épingle du jeu : c’est le cas d’Air France KLM (FR0000031122), conseillée à l’achat dans La Quotidienne du 21 mars.

Comme indiqué dans l’alerte que vous avez reçue mercredi dernier, il est désormais temps de nous séparer de la valeur. Je vous recommandais, en mars, de vous positionner entre 7 € et 7,5 €. Nous avons pu vendre le titre à 13 € mercredi, pour un gain de 73% – soit une performance annualisée de +286% !

Félicitations si vous avez suivi la recommandation. Vous avez pu engranger une des meilleures plus-values de la place parisienne sur la période.

Nous nous penchons dans cette Quotidienne sur les raisons qui poussent à liquider la position malgré une si belle tendance à la hausse. Ce cas d’école d’investissement par la valeur peut s’appliquer à bien des entreprises cotées ; cette période de pré-rentrée est le moment idéal pour une analyse à froid de nos méthodes de gestion de portefeuille.

Ceci n’est pas du trading…

La courte durée de détention de l’action Air France peut vous surprendre. Nous sommes, dans ces colonnes, plus adeptes de l’investissement intelligent que du trading opportuniste.

Si vous nous avez rejoints depuis le mois de mars, ou si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, la recommandation est toujours disponible (ici et ).

A l’époque, je vous conseillais de vous intéresser au dossier pour les raisons suivantes :

– Un retour à la rentabilité depuis 2013 – Une réduction continue de l’endettement – Une perspective d’apaisement entre la Direction et les syndicats – Une valorisation dérisoire

Juste avant de nous quitter pour la traditionnelle interruption estivale, nous avons vu les éléments qui doivent guider la sortie d’un investissement basé sur la valeur (à lire ou relire ici).

Si nous cédons nos titres moins de six mois après l’achat, ce n’est pas parce que le marché a fait ce que nous anticipions – nous n’avons, en aucun cas, la prétention de prévoir les mouvements boursiers.

La raison est toute autre : les critères qui nous ont poussés à recommander le titre ne sont plus valables. Il est donc temps de s’en séparer.

Ce qui va mieux depuis six mois, et ce qui n’a pas changé

Traditionnellement, les compagnies aériennes sont en permanence au bord du gouffre. Volatilité du trafic, influence des attentats, coût du carburant et recours massif à l’endettement : tous ces éléments font que ces entreprises fonctionnent au quotidien avec une épée de Damoclès.

Chez Air France s’ajoute le conflit quasi-permanent entre syndicats de pilotes et la Direction. Les syndicats s’opposent habituellement aux mesures qui ont pour conséquence de réduire la rémunération et les avantages des pilotes d’Air France – même si elles ont pour objectif d’assurer la pérennité du groupe ou d’équilibrer les statuts entre Air France et KLM.

Lorsque le projet de création de Boost, une filiale low-cost opérant des lignes moyen et long-courrier, été évoqué, les investisseurs n’ont pas été enthousiastes.

Il semblait évident que les syndicats de pilotes verraient d’un mauvais oeil des recrutements de personnel dans des conditions salariales moins favorables qu’auparavant. Leur contestation et volonté de bloquer le projet semblait évidente – et elle a bien eu lieu.

Notre pari était que, cette fois-ci, les syndicats ne parviendraient pas à tuer Boost dans l’oeuf. La raison ? Un changement de perception de la situation bien palpable sur le terrain et un certain ras-le-bol du personnel naviguant face à l’opposition systématique du SNPL.

Fin juillet, les adhérents du syndicats majoritaires ont voté, à plus de 78%, en faveur du texte proposé par la Direction. Ce texte valide le lancement effectif de Boost et prévoit des efforts de productivité à hauteur de 40 millions d’euros annuels. Une petite révolution dans le rapport de force qui prévalait auparavant.

Ce vote des adhérents confirme la consultation qui avait eu lieu en début d’année sur le même sujet. A l’époque, l’adhésion de 58% des votants contre l’avis des syndicats était déjà une surprise…

Aujourd’hui, la faisabilité de Boost avec l’approbation des pilotes ne fait plus de doute et est acceptée par les investisseurs qui l’ont intégrée dans les cours.

Si vous êtes puriste de l’investissement par la valeur, vous trouverez (avec raison) qu’investir sur une perspective d’amélioration relève plus de la spéculation que de l’investissement.

Bien sûr, rien ne nous garantissait que les négociations avanceraient dans le bon sens. A ce titre, le sort réservé à la filiale pouvait tirer le titre à la hausse comme à la baisse : il s’agissait donc bien d’un petit pari de notre part.

L’aspect spéculatif du sujet se retrouve d’ailleurs dans les cours : dès l’annonce du succès de la consultation, le titre Air France a interrompu sa progression pour céder près de 15% en quelques heures. Un titre qui dévisse suite à une bonne nouvelle : vous reconnaissez bien là le passage des spéculateurs !

Ce critère d’achat n’est donc plus d’actualité. Qu’en est-il des autres ?

Pour ce qui est de la valorisation, Air France KLM était soldé face à ses concurrents européens même en ignorant les opportunités offertes par le low-cost. L’activité continue bel et bien sa progression, mais n’a pas doublé pour autant. Autour des 7 euros, le titre était bradé. A plus de 13 euros, il devient cher.

De son côté, le désendettement pourrait marquer le pas cette année. Certains postes amorcent d’ailleurs une petite hausse par rapport au premier semestre 2016.

Le groupe offre aujourd’hui peu de perspectives d’amélioration, et est très bien valorisé vu son niveau d’activité. Il est donc plus raisonnable de céder les titres pour se concentrer sur d’autres valeurs moins chères.

Pourquoi nous ne laissons pas courir nos gains

Il est certain qu’Air France KLM n’est pas, malgré sa récente progression, dans une phase spéculative maniaque et que le titre n’est pas sur-valorisé comme peuvent l’être les valeurs technologiques (ou même les compagnies aériennes américaines). Il pourrait être tentant de conserver les actions pour jouer un éventuel emballement à la hausse, par exemple lorsque les premiers avions s’envoleront sous le pavillon Boost.

Une telle perspective reste hypothétique. Céder vos actions au cours actuel vous offre un double avantage : vous n’avez pas à craindre un éventuel retournement de tendance (le trou d’air de la fin juillet montre que le titre devient spéculatif); et vous pouvez dégager du cash pour vous positionner sur d’autres valeurs injustement délaissées.

Notre aller/retour sur Air France nous confirme que le marché finit toujours par redécouvrir les valeurs sous-valorisées ; parfois-même plus vite que prévu (je vous conseillais l’action dans une optique moyen terme).

Si l’identification des valeurs bradées n’est pas si difficile, timer le marché relève de la voyance: mieux vaut vendre trop tôt sur des gains certains – d’autant que la performance est enviable alors que le CAC 40 a péniblement gagné 3,8% sur la même période.

Vous pouvez donc vous satisfaire de votre passage éclair sur le dossier, et profiter de la faible volatilité du mois d’août pour faire le ménage sur les autres titres qui dorment peut-être au fond de votre portefeuille. Faire le plein de cash est une bonne idée avant une rentrée durant laquelle les marchés pourraient renouer avec la volatilité !

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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