L’âge de raison de la réalité augmentée

Rédigé le 1 décembre 2017 par | A la une, Nouvelles technologies Imprimer

Comme nous l’avons vu mardi dernier, le marché de la réalité augmentée (AR) décolle, porté par les smartphones et les tablettes (qui représentent 48% des usages) mais aussi par l’investissement sans faille des grandes entreprises dans les casques. Dernier exemple en date, Apple qui aurait prévu de lancer un casque « mixte » (mêlant réalité augmentée et virtuelle) d’ici 2020. La start-up Magic Leap pourrait quant à elle lancer dès l’année prochaine des lunettes connectées, là encore « mixtes ».

Si le jeu est la partie immergée – la plus facilement accessible et visible par le grand-public – du développement de la réalité augmentée, le monde professionnel s’est lui aussi emparé de cette technologue.

La réalité augmentée se professionnalise

Cette « professionnalisation » est la partie que je trouve la plus intéressante dans le développement des nouvelles réalités. Pensez au destin de l’impression 3D ou même des drones dits de « loisir ». Annoncés comme des révolutions, ils étaient censés tout changer dans notre quotidien, notre mode de consommation, etc. – et c’était particulièrement le cas pour l’impression 3D.

Passé la période d’euphorie parmi les médias – et sur les marchés actions –, l’engouement est retombé, entraînant dans sa chute les valeurs phares de ces secteurs. Leurs ventes n’ont pas suivi les perspectives mirobolantes qui étaient annoncées. Le public n’a pas adhéré en masse… les drones ont fini dans un placard et rares sont ceux d’entre nous qui disposent d’une imprimante 3D chez eux, et qui s’en servent.

Ces deux secteurs sont cependant loin d’être morts et enterrées : ils renaissent grâce à la demande professionnelle. Etienne Henri vous a longuement expliqué les nombreux avantages de l’impression 3D dans NewTech Insider par exemple pour l’industrie (et vous a recommandé une valeur pour miser sur cette tendance de fond).

De même pour les drones dont les usages de strict loisir ne décollent pas vraiment mais qui séduisent les sociétés de surveillance, de sécurité, l’agriculture, l’industrie pétrolière ou encore les communications.

Dans la conquête des professionnels, la réalité augmentée possède un avantage sur sa consoeur virtuelle : celui, comme le disait très justement Tim Cook, de ne pas complètement isoler le porteur de casque de son environnement « réel ».

L’AR permet de supposer des informations et des éléments virtuels à l’environnement professionnels… et les possibilités sont aujourd’hui explorées par de plus en plus de projets et d’entreprises.

Les constructeurs automobiles à l’heure de l’industrie 4.0

Les industries automobiles et aéronautiques se montrent particulièrement intéressées, et intègrent la réalité augmentée (et aussi virtuelle) à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, à l’étape de la conception. Ford et Volkswagen intègrent l’AR dans le processus de réflexion et de validation des prototypes. Les modèles en réalité augmentée vont permettre de remplacer une partie des modèles en argile qui étaient jusqu’à présent utilisés par les designers et concepteurs (vous trouverez ici une vidéo – en anglais – expliquant le processus).

Autre étape, la fabrication. Là encore, la réalité augmentée peut se faire une place dans le processus. Renault Truck, une filiale de Volvo, va tester le recours à l’AR – via les lunettes HoloLens de Microsoft – dans une de ses usines en France pour améliorer le contrôle de qualité de ses moteurs. L’Usine Digitale décrivait ainsi cette expérimentation :

Le système s’appuie sur les modèles 3D dont dispose déjà Renault Trucks au sein de ses bureaux d’étude. « Nous les exportons dans un format simplifié, qui passe de 10 millions de polygones ou plus à seulement 100 000, détaille Bertrand Félix. Ensuite il nous est possible de faire apparaître ou disparaître les pièces qui nous intéressent en fonction du contrôle nécessaire. Des zones au sol indiquent à l’opérateur où il doit se positionner, la partie concernée du moteur est entourée, puis la pièce virtuelle se superpose en surbrillance sur la pièce réelle, avec des indicateurs en rouge et en vert pour montrer ce qui est souhaité ou pas.«  L’utilisateur contrôle l’interface par reconnaissance vocale et gestuelle.

L’opérateur peut au besoin afficher des animations indiquant les manipulations à effectuer, comme le « pousser/tirer » ou le contrôle du circuit électrique. « Nos moteurs vibrent et cela peut provoquer des déconnexions si les connecteurs électriques sont mal branchés, ce qui est extrêmement dangereux. L’opération est compliquée par le fait que les configurations de connexion changent en fonction des variantes de moteurs. »

Et une vidéo – en français – est visible ici.

Bienvenue dans l’industrie 4.0 (vous allez beaucoup en entendre parler…) !

Les nouvelles réalités peuvent aussi se faire une place à l’étape marketing-vente. Plusieurs marques proposent aux potentiels acheteurs d' »essayer » les modèles virtuellement mais aussi de visualiser les différentes options disponibles (couleur de la carrosserie, sellerie, toit ouvrant, etc.).

En début d’année, BMW lançait ainsi une application permettant de visualiser certains de ses modèles, avec différentes options. Nissan ou encore Jaguar permettent quant à eux de tester leurs modèles en réalité virtuelle et la plupart des constructeurs ont prévu d’intégrer AR et VR dans leurs espaces de vente.

La réalité augmentée pour rendre les voitures plus intelligentes

Enfin, la réalité augmentée va se faire une place à l’intérieur même des voitures, pour les rendre plus intelligentes et de plus en plus autonomes. La plupart des constructeurs ont présenté ces derniers mois des prototypes de pare-brise intégrant la réalité augmentée, dits aussi affichage tête haute. C’est le cas par exemple de Jaguar, avec un pare-brise qui indique au conducteur des informations sur la route (trajectoire à suivre, vitesse maximum autorisée, vitesse conseillée).

Le prototype de PSA est quant à lui à découvrir ici en vidéo. Ces dispositifs tête haute permettront, outre l’aide à la conduite et associé avec la reconnaissance vocale, de contrôler toute l’électronique embarquée (allumer les phares, la radio, changer le volume, faire appel au GPS, etc.).

Aérospatiale et aéronautique, des pionniers des nouvelles réalités

En plus de l’industrie automobile, l’aéronautique et l’aérospatiale s’intéressent aussi de près au potentiel des nouvelles réalités. La plupart des groupes ont adopté la réalité augmentée (l’affichage tête haute) dès les années 1950 pour la formation des pilotes d’avion et la réalité virtuelle dès les années 1990, avec à la fois la conception, l’aide à la construction, la formation, la démonstration commerciale comme objectifs.

Avec le développement de casques de réalité augmentée à destination des professionnels, certains groupes passent même à la vitesse supérieure. C’est le cas d’Airbus, comme le raconte Alexandre Godin, responsable des activités de réalité augmentée et de réalité virtuelle chez Airbus, interrogé par Techniques de l’ingénieur :

Notre solution MIRA (Mixed Reality Application), reposant sur une tablette et une caméra, a été déployée industriellement à partir de 2011 pour vérifier le positionnement des supports sur le fuselage du A380, précise Alexandre Godin. Nous testons également sur les lunettes HoloLens une cinquantaine d’applications, relatives au marketing, au contrôle qualité, etc. L’assistance à la pose de câbles sur la structure de l’avion est l’un des concepts les plus avancés. La tâche est accomplie de 20 à 30% plus vite.

La demande des professionnels pourrait donc tirer la demande aussi bien en logiciels qu’en casques ou lunettes permettant la réalité augmentée, alors que de plus en plus d’entreprises se laissent séduire. La réalité augmentée pourrait aussi s’imposer dans le domaine médical et chirurgical, aussi bien dans le cadre de la formation que dans celui des interventions chirurgicales, mais je vous propose que nous réservions ce sujet à une autre Quotidienne.

Comment en profiter ?

Les grands noms des techs misent gros sur la réalité augmentée. Tous ou presque ont lancé leur propre casque.

Pour le moment, les lunettes HoloLens de Microsoft semblent tirer leur épingle du jeu auprès de ce public. Destinées aux professionnels, ces lunettes permettent, à la différence des casques, de ne pas se couper avec son environnement. Prix de vente : au moins 3 300 euros…

hololens

Microsoft préparerait une nouvelle version, encore améliorée, de ses lunettes pour 2019…

Google a quant à lui complètement revu sa stratégie avec les Google Glass, dont l’échec auprès du grand public s’est avéré retentissant, pour les destiner à des usages professionnels. L’été dernier, elles ont été relancées sous la forme de Glass Enterprise Edition, et dotées d’un prix – 1 550 euros environ – destiné à écarter le grand public.

google glass

Ces casques/lunettes sont très loin d’être des produits aboutis. Vous ne devez y voir qu’une promesse de ce que pourra être la place et les usages de la réalité augmentée dans une poignée d’années si la greffe professionnelle prend. Après un cru 2017, 2018 devrait voir le marché de la réalité augmentée accélérer. [NDLR : Réalité virtuelle et augmentée, intelligence artificielle, voiture autonome, robotique, cryptomonnaies… ces secteurs vont porter les marchés en 2018. Pour en profiter, notre sélection de valeurs est à retrouver ici…]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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