L’épicentre de la prochaine crise financière

Rédigé le 20 septembre 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Deutsche Bank vient de publier un rapport qui pourrait se résumer ainsi : d’où viendra la prochaine crise financière ?

Un rapport particulièrement intéressant parce qu’il pointe les principales faiblesses de nos économies. Si vous êtes un lecteur régulier de mes collègues de La Chronique Agora, et tout particulièrement de Simone Wapler et de Bill Bonner, il y a de grandes chances pour que Deutsche Bank ne vous apprenne rien. Pour les autres… ce tour d’horizon des risques n’est pas inutile.

Le rapport de DB part d’un constat : le risque extrême de crise financière.

D’après ce rapport, il existe « un certain nombre de secteurs du système financier mondial qui se situent à des niveaux extrêmes ». « Cela inclut la valorisation de nombreuses catégories d’actifs, la taille historique des bilans des banques centrales, les niveaux d’endettement, les taux les plus bas depuis des siècles et, à travers le monde, la montée d’un populisme capable de changer la donne. Si une crise se déclenche à relativement court terme (au cours des 2-3 prochaines années), il sera difficile d’examiner ces données et de dire qu’il n’y avait aucun moyen de les repérer ».

En clair, si vous ne voyez pas la crise venir, c’est que vous vous aveuglez volontairement.

J’aimerais revenir sur plusieurs points soulevés par ce rapport de Deutsche Bank.

1. La politique passée des banques centrales

C’est un point crucial, sur lequel je suis obligée de revenir une nouvelle fois mais peut-être en remontant à la genèse. Bill Bonner a largement écrit sur la décision prise en 1971 d’abandonner l’étalon-or.

L’étalon-or avait pour conséquence de largement limiter la création monétaire. Son abandon a facilité la création monétaire, le crédit, les mouvements financiers et économiques, la croissance économique, etc.

Mais il a aussi ouvert la voie à tous les excès que nous connaissons actuellement. Je ne vais vous seriner le vieux refrain sur les risques d’un endettement massif que l’on soit un particulier, une entreprise, un Etat. Soulignons simplement que cet endettement global et poussé à des niveaux jamais expérimentés auparavant fragilise en profondeur l’édifice de nos économies.

La crise des subprime, et celles plus récentes en Europe, ont rappelé que la source de l’effondrement pouvait prendre sa source aussi bien dans les finances défectueuses d’un Etat (cf. la Grèce), celles des banques (cf. l’Italie, Chypre, etc.) ou bien dans de simples emprunteurs surendettés pour acheter leur logement (les subprime).

Dans un système où tous les échelons sont surendettés, la fragilité et le risque sont endémiques.

Les banques centrales ont leur part de responsabilité. La politique de taux bas – presque 10 ans d’existence – et la création monétaire ont encore plus facilité le crédit.

2. Le changement en cours dans la politique des banques centrales

Malgré la prudence affichée et les atermoiements dans l’application, que l’on parle de la Fed ou de la BCE, l’heure est à un certain resserrement monétaire. La Fed a relevé ses taux plusieurs fois – même si très lentement – et a mis terme à son QE il y a de cela plus d’un an. La BCE réfléchit à réduire le sien.

Le problème est que les banques centrales entrent ainsi dans une véritable terre inconnue, ce territoire non exploré que redoutent tant les analystes et les économistes sans repères.

Ce n’est bien évidemment pas la première fois que les banques centrales pratiquent le resserrement monétaire. Mais c’est la première fois qu’elles sont allées aussi loin et aussi longtemps dans le soutien monétaire. Après 2007-2008 puis, en Europe, après la crise de l’euro, elles se sont montrées « créatives ».

Charge à elles, maintenant, de détricoter ces « oeuvres » toutes personnelles, à démailloter l’incroyable système de soutien qu’elles ont mis en place – tout ceci sans faire s’effondrer le fragile ensemble.

3. Le manque de latitude des banques centrales

Ce troisième point découle des deux premiers. Ayant été déjà extrêmement créatives en matière de soutien monétaire et naviguant manifestement à vue dans leur tentative pour renverser la vapeur, les banques centrales ne disposent plus de marges de manoeuvre en cas de nouvelle crise financière.

Les taux sont déjà extrêmement bas, voire parfois négatifs. Les bilans des banques centrales sont lourdement lestés et les gouvernements très endettés.

En clair, soit les banques centrales seront impuissantes face à la crise, soit elles seront obligées d’aller encore plus loin dans leurs mesures de soutien, en se montrant encore plus créatives – et certainement en alimentant la fragilité intrinsèque que nous évoquions plus haut.

4. La Chine et l’Italie, deux épicentres potentiels de la prochaine crise

Pour Deutsche Bank, l’Italie et la Chine sont les deux déclencheurs en puissance d’une prochaine crise.

L’Italie, troisième économie de la zone euro, cumule les sources d’inquiétude : une économie sous-performante, un niveau de dette élevé, un système bancaire particulièrement fragile et un contexte politique agité avec une échéance électorale importante et la montée d’un certain populisme.

Quant à la Chine… Eh bien son niveau d’endettement est hors de contrôle, ainsi qu’une bonne partie de son système bancaire (ce que l’on appelle le shadow banking). Le pays est certes parvenu à éviter l’atterrissage brutal de son économie (hard landing) mais n’est toujours pas parvenu à orienter son économie vers la consommation intérieure.

Comme le rappelle le rapport de Deutsche Bank, la question n’est pas de savoir si la bulle du crédit chinois va exploser mais quand.

Pour rappel, selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux, entre 2006 et 2016, la dette totale chinoise – en incluant la dette publique, celles de ménages et des entreprises – est passée de 151% à 257% du PIB.

5. La valorisation excessive des actifs

Last but not least, la dernière source potentielle de crise – ou son facteur aggravant – réside bien évidemment dans le prix des actifs : « nous sommes dans une période où les prix des actifs mondiaux sont très élevés – peut-être les plus élevés jamais connus », commente le rapport. Un niveau élevé qui augmente le risque de déstabilisation en cas de chute du prix de ces actifs.

Pas besoin de s’étendre plus sur le sujet, les valorisations de certains secteurs parlent d’elles-mêmes.

Un investisseur averti en vaut deux, n’est-ce pas ? Lors de la prochaine crise, nous ne pourrons pas prétendre que nous ne savions pas. Alors autant se préparer maintenant.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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