La prochaine crise financière ? Pas avant 2028

Rédigé le 30 juin 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Mardi dernier, Janet Yellen a lâché une phrase qui a fait l’effet d’une bombe. Je cite :

Would I say there will never, ever be another financial crisis? You know probably that would be going too far but I do think we’re much safer and I hope that it will not be in our lifetimes and I don’t believe it will be.

Traduction :

Est-ce que je peux dire qu’il n’y aura jamais d’autres crises financières ? Ce serait probablement aller trop loin. Mais je pense que nous sommes bien plus en sécurité et j’espère que cela n’arrivera pas de notre vivant et je ne le pense pas.

Ok. Mon premier réflexe a été de foncer sur Wikipedia pour vérifier l’âge de Janet Yellen : 70 ans.

Puis de m’intéresser à l’espérance de vie moyenne d’une femme américaine : 81,2 ans. Nous allons partir sur cette estimation car certes, la présidente de la Fed fait partie de la frange très aisée de la population américaine, celle qui bénéficie des meilleurs soins et de la meilleure espérance de vie, mais elle a un métier extrêmement stressant impliquant, en outre, un abus de dîners d’affaires et mondains (donc nourriture plus lourde et alcool).

On peut donc supposer que Yellen dispose encore d’au moins 11 ans d’espérance de vie.

Cela veut-il dire que nous n’aurons pas à subir une autre crise financière avant une bonne décennie ? Rien avant, au moins, 2028 ?

Hum…

Penchons-nous sur la question.

Quel temps de répit entre deux crises ?

J’ai voulu calculer une durée moyenne entre deux crises financières… mais l’exercice s’est avéré plus complexe que prévu. La liste des crises financières est longue comme un jour sans pain. Pas une année sans sa crise/ou son krach (vous pouvez vérifier sur Wikipedia qui fait le travail de compilation pour vous).

Si on ne retient que les « grandes » crises (celles qui n’ont pas touché qu’un pays), le rythme monte à tous les deux ou trois ans.

Enfin, si on se concentre uniquement sur les crises financières ayant directement touchées les Etats-Unis, la durée moyenne entre deux crises augmente encore, à une dizaine d’années même si six ans seulement se sont écoulés entre la bulle Internet et celle des subprime.

Revenons à Yellen. Considérons que la crise des subprime a pris fin en 2009 (date de reprise de Wall Street). Nous approchons donc des huit ans sans crise (sur le territoire américain).

Ajoutons les 11 ans et des brouettes d’espérance de vie de Yellen et nous obtenons – de manière évidemment tout à fait scientifique – deux décennies sans crise financière.

Joie, bonheur, félicité, âge d’or de l’investissement ! Deux décennies de fortune boursière !

La Fed vs. la crise

Bon, soyons sérieux. Yellen ne nous promet pas – la main prête à être mise sur le feu – qu’il n’y aura pas de nouvelle crise financière d’ici une grosse décennie. Elle souligne plus prosaïquement deux éléments.

Premièrement que, selon elle, les efforts de régulation accomplis depuis 2007-2008 rendent une prochaine crise financière moins probable. Vous me permettrez d’en douter, nous y reviendrons.

Cette insistance sur les efforts de régulation est en outre une réponse de la bergère (Yellen) au berger (Trump) ; le président américain ayant décidé de revenir sur plusieurs mesures prises après la crise des subprime.

Sa déclaration tombe après un nouveau round de test de résistance (dits aussi stress tests, et destinés à évaluer la solidité d’une banque face au risque systémique) pour les banques américaines. Et, sur le papier, tout s’est extrêmement bien passé. Tellement bien passé, d’ailleurs, que la Fed a autorisé 34 grandes banques à augmenter significativement leurs dividendes et rachats d’actions.

Evénement qui a été, hier, fêté comme il se doit – une hausse de plus de 2% pour des banques comme CitiGroup ou JP Morgan Chase.

Bien sûr, vous pourriez – ce que nous faisons – mettre en doute la fiabilité de ces stress tests en se rappelant que le calcul du ratio fonds propres d’une banque par rapport à ses engagements est pondéré selon le risque. Un exemple parmi d’autres : les dettes des principaux Etats de l’OCDE sont considérées comme sans risque et donc n’apparaissent pas dans ce calcul. Selon ces ratios, les banques américaines étaient suffisamment capitalisées en 2007, de même que les banques européennes avant la crise de l’euro…

Ensuite, Yellen sous-entend que la Fed est bien décidée à continuer à jouer son rôle de super-héros, de sauveur des marchés.

En poussant encore plus loin l’interprétation, on peut presque lire dans cette déclaration l’affirmation que la Fed est prête à assouplir à nouveau sa politique monétaire si les incertitudes sur les marchés s’accélèrent ou s’accentuent.

Est-ce que cela peut tenir encore 11 ans ?

C’est toute la question, n’est-ce pas ? A priori, je vous dirai non.

Les raisons… sont nombreuses, trop nombreuses presque pour être toutes listées. Soulignons les principales : – Le niveau de dettes extrêmement élevé aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et aussi en Chine. Jim Rickards vous en parlait hier, Pékin joue à un jeu bien dangereux avec son niveau d’endettement. – Des marchés obligataires sur la corde : des années de taux faibles ont facilité l’endettement des Etats et des entreprises mais ont siphonné les rendements des banques et des assureurs-vie. A cela il faut ajouter l’épidémie de taux négatifs. Une remontée trop brutale des taux déstabiliserait ce très fragile château de cartes. – Des marchés actions flirtant avec la surévaluation… et alors que l’économie américaine ralentit. Certes, la déconnexion entre marchés boursiers et économie dite réelle est bien instaurée mais même les plus obtus des investisseurs ne pourront ignorer une forte baisse de la croissance, voire un début de récession. – L’extrême intrication de nos économies mondialisées qui rend presque impossible la non contamination d’une crise boursière ou financière dans un pays.

Reste que nous ne savons pas encore combien de temps cela peut encore tenir, combien de temps nous est accordé avant la prochaine crise. Mais parier sur plus de 10 ans me paraît… hasardeux, voire risqué. [NDLR : Si vous aussi vous pensez que Janet Yellen s’est un peu avancée, si vous vous inquiétez des faiblesses du système monétaire et financier mondial et que vous souhaitez pendre une assurance anti-risque financier « au cas où », rendez-vous ici pour découvrir la marche à suivre…]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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