La prochaine bataille de la cyberguerre mondiale

Rédigé le 3 février 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Hier, nous avons vu que l’histoire de la cyberguerre peut être relativement récente, elle n’en est pas moins très riche. La campagne américaine a mis ce nouveau genre de guerre sous le feu des projecteurs et il y a fort à parier que cela ne soit qu’un début. Dans les mois qui viennent, il sera impossible d’ignorer que de véritables batailles sont engagées dans l’espace « cyber ».

La Russie, exemple parfait de cette nouvelle cyberguerre

Et malheureusement, les Etats-Unis ne sont pas les seules victimes de ces attaques. Il est de plus en plus évident que la Russie a décidé de lancer un programme d’intervention agressif visant à déstabiliser les démocraties occidentales. Elle utilise dans ce cadre une série d’approches. Elles ne sont pas toute cybernétiques, mais le monde virtuel constitue une partie de plus en plus centrale de l’arsenal russe – notamment pour les opérations contre des adversaires plus puissants. Je prends l’exemple de la Russie mais la plupart des Etats se sont lancés dans des opérations semblables.

Voici comment cette guerre est en train de se dérouler.

Par accident ou volontairement, l’intervention russe en Syrie a provoqué un nouvel afflux de réfugiés vers l’Europe, ce qui a mis à mal le consensus politique nécessaire à garantir la cohésion d’un bloc de nations aussi disparates. Parmi les voix qui s’élèvent, nous avons les nations socialement conservatrices d’Europe de l’est, le groupe de Visegrád, ainsi que les partis populistes d’Europe occidentale, comme celui de Marine Le Pen en France.

En Allemagne aussi, la contestation ne cesse de grandir. Depuis l’attentat récent contre un marché de Noël et les agressions sexuelles à Cologne il y a un an, Angela Merkel doit faire face à une opposition dure concernant sa politique d’accueil des émigrés. Une opposition qui n’est d’ailleurs pas que nationale, et dont les conséquences dépassent largement les frontières de l’Allemagne.

Poutine a peut-être simplement eu de la chance, mais il a très bien su jouer de la situation. La guerre conventionnelle en Syrie a été suivie d’un programme de cyberguerre en Europe. Nombre de mouvements radicaux d’opposition dans toute l’Europe ont ou auraient profité de financements russes. Cela serait le cas du Front National en France. Et les liens entre le mouvement Cinque Stelle de Beppe Grillo en Italie et Moscou sont surveillés de près. Les Etats-Unis s’intéressent aujourd’hui à ces liens mais maintenant que Trump est installé au sommet, cette enquête pourrait ne pas aller très loin…

Mais quel est le rôle de la cyberguerre dans tout cela ?

Nous l’avons vu aux Etats-Unis : les piratages russes peuvent influer sur une campagne, aider certains partis politiques si ce n’est jouer un rôle sur le résultat des élections. Cette pratique devrait se poursuivre à l’avenir dans toute l’Europe. Mais elle ne s’arrête pas là. La Russie a ajouté une nouvelle arme à son cyber-arsenal : les fausses informations, les fake news.

En menant l’enquête sur la victoire de Trump, PropOrNot a indentifié une liste de 200 organisations médiatiques, toutes suspectées d’être des faux-nez de Poutine ; ou en tous cas d’avoir été compromises par des interférences russes.

Dans l’ensemble, les pages de ces influences russes auraient été vues plus de 213 millions de fois – ce qui leur a permis de manipuler l’opinion publique et d’exercer une pression significative sur les démocraties. Pour gagner une cyberguerre moderne, il n’est pas forcément nécessaire de mener des attaques techniquement très sophistiquées. Poutine a montré que les médias sociaux pouvaient facilement être manipulés en utilisant des trolls mercenaires, des bots peu développés et des « idiots utiles ».

Cette guerre ne va faire qu’empirer en Europe. Le gouvernement allemand a récemment rapporté avoir détecté des activités hostiles visant à placer de fausses nouvelles dans les médias allemands, avec un cas célèbre concernant une histoire de viol inventée de toutes pièces sur une jeune fille d’origine russe.

Mais pourquoi se donner tant de peine ? La presse est une cible de choix pour tout groupe, ou Etat, tenté par des manoeuvres d’influence ou de désinformation. La pratique est loin d’être nouvelle mais elle a acquis une nouvelle dimension à l’heure d’Internet.

En parallèle, comme le rappelait Ray Blanco et Gerald Celente dans NewTech Insider, les grands médias traditionnels – en particulier la presse – souffrent d’un déficit croissant de crédibilité. Encore une fois, la ligne adoptée par Trump face aux médias traditionnels en est la parfaite illustration.

Une guerre qui va faire florès

Ne faites pas l’erreur de croire que Poutine a le monopole de la cyberguerre. L’une de ses caractéristiques les plus attrayantes est justement que l’on peut réussir même si l’on est un état ou une organisation relativement faible.

Récemment, en Israël, des troupes ont été piégées par le Hamas qui les a poussées à utiliser des applis de messageries (une technique que l’on appelle parfois « catfishing« .) Les terroristes ont utilisé des faux profils de jolies femmes sur des réseaux sociaux. Ils ont ensuite poussé les soldats à télécharger des applis malveillantes pour poursuivre la conversation. Ces applis ont ensuite piraté les téléphones des soldats… le Hamas a même pu obtenir à son gré un accès aux cameras des téléphones portables.

Que vous preniez pour cible le professionnalisme d’un soldat ou ses bas instincts, il a aujourd’hui dans sa poche une nouvelle faiblesse – son smartphone. Aucune armée au monde n’est aujourd’hui capable de protéger complètement ses troupes de ce genre d’interférence. Les téléphones sont une part trop indispensable de la vie moderne.

L’un des problèmes avec la cyberguerre, c’est que les règles ne sont pas encore écrites. Comme pour les bombes atomiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’utilisation appropriée de cette nouvelle technologie militaire ne fait pas encore l’unanimité.

Il y a bien eu des tentatives pour clarifier la situation. Barack Obama a par exemple publiquement critiqué la Chine pour avoir utilisé ce genre de technologies pour de l’espionnage industriel et non pour protéger la sécurité nationale.

Les conséquences d’une cyberguerre peuvent bien sûr être dévastatrices. Il y a toute une quantité d’utilisations possibles de ces technologies, et certaines sembleront peut-être, avec un peu de recul, illégitimes ou inappropriées.

Il est par exemple possible de mettre hors ligne une centrale hydroélectrique, ce qui pourrait créer un black-out sur une partie du réseau. Ce genre d’interférence serait susceptible de provoquer des dommages physiques. Faire le même genre de dommage avec une bombe pourrait contrevenir au droit international, à moins qu’il n’y ait un avantage militaire clair.

Mais qu’une telle attaque soit conduite de manière virtuelle fait-il la moindre différence ? Le « Manuel de Tallinn » cherche à résoudre ce genre de problèmes, mais il n’est pas obligatoire. L’un des défis clés est que de telles attaques pourraient se produire en dehors d’un conflit armé conventionnel : le droit humanitaire international peut-il, alors, s’appliquer ?

Pour vous donner un autre exemple, ouvrir les turbines d’un barrage pourrait provoquer une inondation grave en aval. Le fait que les dommages aient été causés par l’eau du barrage et non par des bombes, serait une maigre consolation pour les civils noyés.

Pourtant, les personnes responsables pourraient raisonnablement affirmer que les mesures de protection contre l’inondation en place n’étaient pas appropriées – et que les victimes étaient indirectes ou imprévisibles.

Je pense que c’est un argument assez peu solide, mais il pourrait être avancé, devant les tribunaux ou pour convaincre l’opinion publique.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Vous l’aurez compris, j’ai toutes les raisons de penser que nous n’avons encore rien vu en matière de cyberguerre. Dans les mois et les années qui viennent, les attaques vont se multiplier, se démultiplier. Elles vont toucher les médias, les données personnelles et les communications de responsables politiques, de dirigeants d’associations, de chefs d’entreprise mais aussi de simples soldats ou ingénieurs. Nous sommes tous des cibles potentielles de cette nouvelle guerre.

Je sais que je radote mais je suis persuadé que, pour nous investisseurs, c’est aussi une occasion unique de miser sur un véritable secteur de croissance : celui de la cybersécurité. Les Etats ne pourront pas rester les bras croisés devant cette menace. Même Trump va bien finir par prendre la menace au sérieux – du moins espérons-le.

Ces dernières années, les grands noms de la cybersécurité ont vu leurs revenus – et leur chiffre d’affaires – fortement progresser. Et cela va continuer. Comment je le sais ? Il suffit d’observer les champs de bataille de la cyberguerre…
[NDLR : Comment investir dans la cybersécurité ? Nos spécialistes des nouvelles technologies se sont penchés sur la question et ont repéré trois très prometteuses valeurs. A découvrir dans NewTech Insider]

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Andrew Lockley
Andrew Lockley

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