Le prochain coup de Trump

Rédigé le 31 janvier 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Depuis la fin de semaine dernière, Wall Street semble enregistrer ce qui se passe du côté de Washington. Depuis le 20 janvier, date de la prise de ses fonctions, Donald Trump a fait passer quelques décrets qui ont fait couler beaucoup d’encre, et suscité une étonnante stupéfaction.

Etonnante ? Oui, car ces décrets faisaient partie de son programme. Ces mesures anti-immigration et protectionnistes sont les raisons qui l’ont fait élire. Trump fait ce qu’il dit. On peut s’en désoler mais pas s’en étonner.

Ces nouveaux décrets ont des conséquences jusque sur les marchés actions.

Prenons l’exemple du fameux mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Trump a annoncé la construction de quelques 2 000 km supplémentaires en plus des 1 500 km déjà existants. Construction qui, selon lui, sera payée par le Mexique via une taxe imposée aux produits mexicains vendus aux Etats-Unis.

Mais cette décision a aussi permis à Cemex, un spécialiste du ciment, de s’envoler. Eh oui, il va en falloir (du ciment) pour construire ce mur.

Cemex Cours de Cemex (CX:NYSE) depuis un mois

Ironie de l’histoire, Cemex est un groupe… mexicain.

Autre exemple : le décret interdisant l’accès au territoire américain aux ressortissants de sept pays (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen). Remarquons au passage l’absence de l’Arabie saoudite ou de l’Egypte – pays avec lesquels, comme l’a très justement remarqué Bloomberg, l’empire Trump a établi de solides intérêts économiques.

Ce décret a eu d’immédiates répercussions boursières… sur le cours des compagnies aériennes. Prenons l’exemple d’une compagnie battant pavillon américain, Delta Airlines :

Delta Cours de Delta Air Lines (DAL:NYSE) depuis un mois

Son cours a chuté de 50,90 $ à 47,67 $ à l’annonce du décret anti-immigration de Trump.

La Chine dans le viseur américain

Partons du principe que Trump fait ce qu’il dit – du moins pour le moment. Que nous a-t-il dit ? Que la Chine est un problème, que le yuan est un problème, que les exportations chinoises sont un problème, que les délocalisations vers la Chine sont un problème, que la politique chinoise en mer de Chine est un problème.

Nous avons donc une idée de ce qu’il va faire : il va encore durcir le ton envers Pékin.

C’est ce qu’explique très bien Jim Rickards dans Alerte Guerre des Devises :

Pendant des années, les Etats-Unis se sont plaints que le yuan était délibérément sous-évalué pour favoriser les exportations chinoises. Pas plus tard qu’il y a 10 jours, Donald Trump a déclaré au Wall Street Journal que le dollar était « trop fort » : « nos entreprises ne peuvent plus les concurrencer, à présent, car notre monnaie est trop forte. Et c’est ce qui nous tue ». Trump a également dit que le yuan « chutait comme une pierre », et que sa récente vigueur était orchestrée par la Chine « car ils ne veulent pas nous mettre en colère ».

[…] Trump veut que la Chine fasse marche arrière sur ses revendications territoriales en Mer de Chine méridionale. Il veut également que la Chine l’aide, contre la Corée du nord et son programme nucléaire. Trump a mis sur le tapis la politique « d’une seule Chine », concernant Taïwan, pour négocier des concessions chinoises en matière de commerce, de subvention et de manipulation monétaire.

Le problème, c’est que Trump demande des choses que la Chine ne peut offrir. La question de Taïwan est absolument non négociable, du point de vue de la Chine. C’est comme si la Chine demandait aux Etats-Unis de permettre à la Californie de déclarer son indépendance des Etats-Unis. C’est inconcevable.

La Corée du nord est un autre domaine pour lequel la Chine ne peut apporter son aide. Si la Chine met la pression sur la Corée du nord, les nord-coréens riposteront en ouvrant leur frontière et en laissant des millions de réfugiés affluer en Mandchourie, ce qui déstabiliserait la Chine. La Corée du nord tient la Chine en joue, alors la Chine ne peut aider Trump, en l’état.

La Mer de Chine méridionale est un autre sujet sur lequel la Chine ne peut faire marche arrière sans perdre la face. C’était il y a cinq ans qu’il fallait stopper la Chine, mais Obama n’a rien fait sur cette question. A la suite des récentes déclarations du Secrétaire d’état, Rex Tillerson, selon lesquelles la Chine devrait se voir refuser l’accès à ses îles artificielles, la Chine a déclaré qu’un « état de guerre » existerait entre elle et les Etats-Unis si ces derniers confirmaient ces menaces.

En résumé, la Chine ne peut offrir à Trump ce qu’il veut et Trump ne peut faire marche arrière sur ses exigences. C’est un train qui déraille au ralenti. Parallèlement, l’hémorragie se poursuit sur les réserves en dollars de la Chine.

Pour quelles conséquences ?

La première sera une nouvelle dévaluation du yuan. Ces derniers mois, la Chine a utilisé une grande partie de ses réserves pour soutenir sa devise face à un dollar de plus en plus fort et pour enrayer la fuite des capitaux. La Chine a d’immenses réserves de devises (autour de 3 000 milliards de dollars), c’est vrai, mais le rythme à laquelle elle le brûle pour tenter de maintenir le yuan à flot est impressionnant. En 2016, ces réserves ont reculé de 320 milliards de dollars et sur le seul mois de novembre, Pékin a consacré 70 milliards au soutien de sa monnaie. Et 41 milliards en décembre.

Face à cette hémorragie, Pékin pourrait céder à la tentation d’une nouvelle dévaluation, brutale. Ce qui pourrait nous laisser relativement indifférent si les précédentes fortes dévaluations pratiquées par la Chine, à l’été 2015 et au tournant de l’année 2015-2016, n’avaient pas provoqué un mouvement de panique sur les marchés chinois. Mouvement qui avait gagné, par contagion, les bourses occidentales, vous vous en rappelez peut-être. [NDLR : Jim Rickards a détecté le moyen de profiter de cette nouvelle dévaluation du yuan qui se profile. La guerre des devises qui s’engage entre la Chine et les Etats-Unis va faire des gagnants : ceux qui suivent les recommandations de Jim. Pour en savoir plus… ]

Autres victimes potentielles d’une attaque trumpienne contre la Chine : Apple et consorts. A savoir les entreprises américaines qui fabriquent en Chine. Parmi elles, nombre d’entreprises technologiques et électroniques.

Et le prochain coup de Trump ? Nous le sentons venir…

… Puis l’Allemagne ?

Dans un entretien accordé le 16 janvier à deux journaux, un britannique, un allemand, Trump déclarait :

L’Allemagne est un pays génial, un grand pays producteur. Quand on va sur la 5e Avenue [à New York], on voit que tout le monde a une Mercedes garée devant chez lui, pas vrai ? Or le fait est que vous [les Allemands] êtes très injustes avec les Etats-Unis. Combien de Chevrolet avez-vous en Allemagne ? Pas beaucoup, peut-être aucune, dehors on n’en voit pas une seule. Ca doit marcher dans les deux sens. Moi je veux que ça soit juste. […] Vous pouvez fabriquer des voitures pour les Etats-Unis, mais vous devrez payer 35% de taxes sur chaque voiture qui entre aux Etats-Unis« .

Le principal déficit commercial des Etats-Unis est avec la Chine (370 milliards de dollars). Puis ? Avec l’Allemagne (pour 80 milliards de dollars).

Le nouveau président américain a clairement affiché sa volonté de rééquilibrer ces déficits…

Un coup d’oeil sur l’action BMW sur un mois ?

BMW Cours de BMW depuis un mois

La guerre commerciale ne fait que commencer. Les entreprises exportatrices européennes risquent gros.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

2 commentaires pour “Le prochain coup de Trump”

  1. Bonjour,
    Donald Trump fait ce qu’il dit (ce qui n’est pas fréquent dans le monde politique: faites ce que je dis ne faites pas ce que je fais). En cas de conflit militaire avec la Chine, quel effet cela va provoquer sur le cours des minières (or et argent)? Par ailleurs Trump ne doit-il pas pondérer son discours pour garder ses amis? Car même les USA ont besoin d’amis politiques pour se développer.

  2. Trump signe des decrets, il fait ce qu´il avait dit pendant sa campagne, c´est alors que l´Europe, le Mexique, l´Allemagne et le Canada auraient du avoir le courage de critiquer ces annonces. Desormais nous attendons des redacteurs d`Agora des options, des probabilites de situations possibles, la chute du USD, le soit-disant eclatement de la zone Euro. on voudrait un peu de simulations, de perspectives, de choix d´orientation des investissements.
    Simone Wappler n´a plus que de l´Or, les autres redacteurs, Valeurs de Croissance, New Tech INsider, au contraire restent investis en Europe, aux USA, ainsi contrairement a Simone Wappler, ils ne redoutent pas un crash a court terme. A nous lecteurs de teneter une orientation… A suivre. Philippe

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