Pouvez-vous vous fier au Bitcoin ?

Rédigé le 27 juillet 2017 par | Bitcoin et cryptomonnaies, Nouvelles technologies Imprimer

Le point de vue de Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek (Incrementum Liechtenstein AG) à propos de l’année écoulée sur l’or est désormais célèbre. Le rapport annuel « In GOLD we TRUST » ne se limite néanmoins pas à l’or. Il est également l’occasion pour les auteurs d’aborder de nombreux sujets connexes dont cette année un qui m’intéresse particulièrement et sur lequel je souhaite revenir aujourd’hui : l’essor des cybermonnaies.

Ce sujet est particulièrement d’actualité (même s’il est vrai que le marché des cryptos n’est pas vraiment réputé pour son calme !) puisque la sévère correction qui a fait suite au plus haut atteint par le Bitcoin le 12 juillet dernier est venue rappeler aux intervenants trop hardis que dans un marché haussier, nous sommes tous des génies !

5 raisons de s’intéresser au Bitcoin

C’est la question à laquelle Stöferle et Valek ont consacré les pages 113 à 120 de leur dernier opus. Il est à noter que cela n’est pas la première fois que les deux Autrichiens s’intéressent aux cryptomonnaies puisqu’ils avaient déjà abordé le sujet sous l’angle de leur caractère « antifragile », en comparaison avec l’or.

Le 1er juin 2017, à la publication du dernier rapport, le Bitcoin cotait 2 400 €. En dépit de la forte croissance du prix, les auteurs estiment qu' »une exposition au bitcoin reste une bonne décision en 2017″, et ce pour cinq raisons.

Tout d’abord, comme l’or, le Bitcoin fait l’objet de « caractéristiques fondamentales et statistiques uniques » et constitue à ce titre une « classe d’actif » en tant que telle. « La corrélation entre l’or et le bitcoin ayant été faible et légèrement négative », ces deux classes d’actifs présentent des propriétés différentes et ont chacune leur place dans une stratégie de diversification de portefeuille.

Par ailleurs, il n’est pas exclu que malgré la forte croissance du cours, le public se retreigne encore vis-à-vis de l’achat de Bitcoin. Pourquoi donc ? En vertu du paradoxe d’Ellsberg, selon lequel les investisseurs préfèrent « les rendements faisant l’objet de probabilités de distribution connues plutôt que ceux faisant l’objet d’une probabilité de distribution inconnue ».

Le Bitcoin n’étant coté que depuis quelques années, « il n’y a tout simplement pas assez de données pour réaliser des analyses statistiques ». On peut donc émettre l’hypothèse que les cours sont biaisés à la baisse du fait de « l’aversion à l’ambigüité » des investisseurs.

Ensuite, la popularité et l’utilisation de Bitcoin ont fortement augmenté au cours des dernières années. Les auteurs ne font pas ici référence aux 125 000 commerçants qui acceptent les règlements en bitcoins, mais aux poids lourds que sont le New York Stock Exchange, sur lequel est entrée en 2014 la plateforme d’échanges américaine Coinbase, ou encore aux cours spécialement dédiés au bitcoin dispensés à Stanford, Princeton et dans une dizaine d’autres universités américaines depuis 2016.

Les taux d’intérêt négatifs constituent une autre raison pour détenir du Bitcoin. La cyberdevise constitue « une alternative aux devises fiat inflationnistes dont la détention implique des frais ». L’offre de Bitcoin est fixée à 21 millions et la cyberdevise peut-être « stockée gratuitement ».

Je rejoins le constat des auteurs, à la nuance près que le stockage gratuit, en particulier sur une plateforme d’échange sujette au risque de piratage, n’est pas la meilleure solution. Un portemonnaie physique comme le Ledger Nano S coûte dans les 70 €. Si la question des solutions de sécurisation des cryptomonnaies vous intéresse, je vous recommande cette vidéo dans laquelle le Youtuber et chef d’entreprise Hasheur présente plusieurs solutions.

Bitcoin et société sans cash

Enfin, dans un contexte où la société sans cash se rapproche doucement mais sûrement, le recours à un portemonnaie offline pour cryptodevises permet notamment de pallier le problème des frais de transactions, ainsi que le risque de voir ses avoirs gelés.

Si vous pensez que vous seriez condamné d’avance à mourir de faim au bout de trois jours sans CB ni espèces, je vous recommande cette vidéo du Youtuber Autodisciple, qui a vécu 30 jours en n’utilisant que des bitcoins (d’accord, sauf à la quête de la sortie de l’église, pour être tout à fait juste !). Cette expérience valide la proposition de Bill Gates selon laquelle « c’est l’activité de banque qui est nécessaire, pas les banques elles-mêmes ».

Au final, les auteurs estiment que le bitcoin et les autres cyberdevises « pourraient devenir une partie intégrante de la gestion de fortune dans la perspective de la diversification de portefeuille ».

Mais le bitcoin ne présente-t-il pas trop d’inconvénients en comparaison à l’or ? Et, s’il peut être pertinent de détenir du bitcoin en portefeuille dans une optique de diversification, quel serait le pourcentage à ne pas dépasser ?

Préférer le Bitcoin à l’or ?

« L’or, c’est le bitcoin sans l’électricité. » Charlie Morris, directeur des investissements du groupe britannique Newscape Capital.

Cette formulation n’est-elle pas trop simpliste pour être juste ? Quelles caractéristiques permettent de mettre le bitcoin sur le même plan que l’or ?

Un concept cher à Ronald Stoferle est celui du ratio stock/flux, notion que je décris dans mon livre. Le ratio stock/flux élevé distingue le métal jaune de l’ensemble des autres matières premières.

En 2012, alors qu’il était d’environ 61 pour l’or (c’est-à-dire que le stock mondial d’or correspondait à environ 61 années de production), il n’était approximativement que de 0,06 pour le cuivre qui est produit et consommé à flux tendu (c’est-à-dire que le stock mondial de cuivre équivalait à environ 3,5 semaines de production). L’argent affiche quant à lui un ratio stock/flux qui avoisine les 1,7.

Compte tenu de l’importance de son stock en comparaison de ses flux, l’or est beaucoup moins sensible aux évolutions de l’offre et de la demande que ne le sont les autres matières premières.

Aujourd’hui, le ratio stock/flux de l’or est de 64 alors que celui du bitcoin est de 25. Par conséquent, « non seulement le Bitcoin est rare mais le stock existant est relativement constant dans le temps, ce qui suscite la confiance en cette monnaie », écrivent Stoferle et Valek.

Le ratio stock/flux du Bitcoin est néanmoins intrinsèquement voué à augmenter dans le temps du fait des halving. Tous les quatre ans, le nombre de bitcoins minés est divisé par deux. Ainsi, en 2020, le stock mondial de bitcoins correspondra non plus à 25 mais à 56 années de production, puis à environ 119 années de production en 2024.

L’inverse du ratio stock/flux est le taux d’inflation. Aujourd’hui, du fait du minage, l’inflation annuelle sur le bitcoin est de 1/25, soit 4%. Ce taux ne sera plus que de 0,84% en 2024. Je ne saurais dire quel sera le taux d’inflation annuelle de l’euro ou du dollar à cette date, mais je suis assez persuadé qu’il ne décidera pas derrière la virgule…

Ainsi, l’or et le Bitcoin ont pour point commun un « taux d’inflation régulier et faible ». Ils doivent cette caractéristique au fait que « les décisions concernant la production et le contrôle de l’offre de monnaie ne sont pas laissées aux mains d’humains faillibles. Le Bitcoin transfère la responsabilité des humains aux ordinateurs, alors que l’or dépend de la nature. » C’est ce qui fait dire à l’entrepreneur et investisseur américain Chris Dixon qu' »il y a eu trois ères monétaires : celle basée sur les matières premières, celle basée sur le politique et, aujourd’hui, celle qui repose sur les mathématiques ».

Les différences entre le Bitcoin et l’or

L’or et le Bitcoin sont cependant bien différents – en termes de capitalisation boursière, tout d’abord. Même si la valeur du Bitcoin a énormément augmenté depuis sa création, sa capitalisation ne représente encore que 0,5% de la capitalisation de l’or ; la capitalisation du bitcoin représente elle-même un peu moins de 50% de celle du marché des cryptodevises.

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Les avantages du Bitcoin sur l’or sont assez évidents :

– Rapidité d’exécution des transactions et nombre croissant de possibilités d’utilisation (là où je doute qu’on soit près de voir un Youtuber relever un défi sur le mode « j’ai vécu 30 jours en réglant toutes mes dépenses en or ») ; – Faibles coûts de transferts (alors que transfert d’or physique engendre des coûts considérables) ; – Faibles coûts de stockage.

J’évoquerai trois des quatre inconvénients du Bitcoin sur l’or relevés dans le rapport :

– Risque que le bitcoin se fasse dépasser en valeur par d’autres cryptodevises (on a encore très peu de recul, mais la dernière correction a été pour le bitcoin l’occasion de reprendre du terrain sur ses concurrents) ;

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– Risque d’un changement de régulation étatique (même si certains Etats commencent à considérer qu’il serait préférable de réguler le bitcoin pour mieux le contrôler, plutôt que l’interdire) ; – Dépendance à Internet, à l’électricité et au matériel informatique physique (cf. la citation de Charlie Morris).

Pour vous : 10 fois moins de bitcoin que d’or

Quel pourcentage de bitcoins est-il raisonnable d’intégrer à un portefeuille ? Voici le conseil de Stoferle et Valek : « un nombre croissant d’articles de recherche académiques indiquent qu’un portefeuille devrait être diversifié jusqu’à 2% à 4% en bitcoins, quand l’or peut faire l’objet d’une allocation se montant jusqu’à 20% ».

Soit, mais comment investir sur ce secteur quand on est on est encore novice ? – vous demandez-vous peut-être. La meilleure solution pour gérer son patrimoine est toujours de se former. [NDLR : Pourquoi et comment ces cybermonnaies pourraient-elles devenir des « valeurs refuges », en quoi peuvent-elles vous être utiles, comment les acheter et les vendre ? Toutes les réponses sont ici.]

Sachez aussi que Stoferle et Valek annoncent que leur fonds Incrementum va lui-même investir dans les cryptomonnaies.

Nicolas Perrin

Première parution dans La Chronique Agora les 24 juillet 2017 et 25 juillet 2017

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