Pourquoi la Grèce n'est déjà plus le problème

Rédigé le 15 juin 2012 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Les élections en Grèce approchent et le gouffre aussi pour la zone euro.

Mais finalement, quel est l’enjeu ?

Quel que soit le gagnant de ces élections, l’accord devra être renégocié, la Grèce ne pourra pas respecter ses engagements. Le mal est fait.

Nos dirigeants agitent la Grèce comme pour détourner l’attention, n’hésitant pas même, pour notre président normal français, à aller leur expliquer à la télévision ce que serait le “bon” vote, à la limite du donneur de leçons.

Chacun sa croissance
Après s’être félicité, pendant la campagne que Mario Draghi allait dans son sens, c’est maintenant au bras de M. Monti que notre président aime plaider la relance de la croissance.

Mais M. Hollande a un problème.

Sa vision de la croissance n’est pas la même que Mario Draghi et n’a pas la même légitimité pour demander de la relance que Mario Monti.

Je m’explique…

La France a sauté une étape…
Au stade où nous en sommes, la relance par l’assouplissement monétaire devient inévitable, surtout en zone euro.

D’ailleurs, faciliter l’accès aux liquidités pour les entreprises, financer l’accélération dans des secteurs de pointe et de recherche pour reprendre l’avance technologique et relancer notre compétitivité est sans doute même la seule voie pour s’en sortir. La méthode de la relance est un tout autre débat, à l’heure où notre fonds (pas si) stratégique investit massivement dans des entreprises en perdition… il semble que la France ait sauté un paragraphe du manuel de sortie de crise.

Et demande une avance sans frais
En clair François Hollande vient demander de la relance alors qu’il n’a pris aucune décision pouvant garantir que la France ait pris la mesure de ce qu’elle traverse.

A l’inverse, Mario Monti est lui plus crédible. Il a fait, passez-moi l’expression, le “job”.

L’Italie a réformé ses retraites, a libéralisé des secteurs protégés et a mis en place un vaste plan d’économie. Oui l’Italie, au pied du mur, a su réagir même si l’on peut estimer que c’est peut-être déjà trop tard.

Mario Draghi, lui, a clairement voulu prendre ses distances avec le pouvoir politique. Le message est clair : “Aujourd’hui, la BCE peut gagner du temps, mais pour le reste, c’est aux organes politiques de décider“. On en revient à mon dernier sujet sur la crise de la décision (mon article de la semaine précédente).

La France a juste oublié, qu’avant de demander une avance, il faut inspirer confiance.

Mais comme le reste du monde, la zone euro n’échappera pas à un nouveau tour d’assouplissement.

Une vague de quantitative easing mondiale !
C’est l’heure du deuxième tour, voire troisième tour !

Pas question d’élection ici, mais plutôt d’assouplissement quantitatif.

Hier soir, la Banque d’Angleterre a annoncé une injection via son système ECTR (Extended Collateral Term Repo) pour inciter les banques à prêter. On estime à 100 milliards ce nouveau plan.

Aux Etats-Unis, l’enchaînement de mauvaises statistiques avec des ventes de détail en baisse et des déclarations chômage en hausse, ne font plus beaucoup de doutes sur une prochaine intervention de la Fed.

LTRO, ECTR ou encore QE3, (peu importe le nom qu’on lui donne d’ailleurs), le résultat est le même.

On injecte des liquidités à des marchés et des investisseurs agonisant pour les maintenir en vie.

Ce traitement palliatif, ne peut être qu’efficace — et encore –, que si un remède curatif est donné en parallèle. En économie, les médecins ne semblent pas pressés de soigner le monde.

Les banques centrales contaminées
Les banques centrales sont au coeur du système et ont été contaminées, elles aussi, par la maladie.

En acceptant toujours plus de garanties collatérales douteuses pour fournir toujours plus de liquidité dans un marché interbancaire grippé, une bombe systémique est en train de naître sous nos yeux.

Le déséquilibre des flux et les balances virtuelles des banques centrales nationales (Bundesbank, Banque de France, etc.) via le système TARGET 2 (j’y reviendrai dans un autre article) pourraient avoir des répercussions totalement exceptionnelles en cas d’implosion de la zone euro.

Les marchés et les devises dopés au QE3
En attendant, la situation sur les marchés peut paraître paradoxale.

Ce jeudi, après des statistiques en berne, les places américaines rebondissaient nettement, entraînant dans leurs sillages, la devise européenne. Pourtant, doit-on réellement se réjouir ?

Une nouvelle fois, ces mouvements ne reposent que sur les attentes de nouvelles injections de liquidités. Ainsi, nous nous retrouvons dans un cercle vicieux où, quand les chiffres économiques sont mauvais, nous avons un retour de l’appétit pour le risque car les investisseurs parient que ces déceptions macro-économiques conduiront la Fed à un nouveau QE3.

L’euro, livré à lui-même
Du coup, alors que les taux d’emprunts espagnols et italiens sont au zénith, que la Grèce est au bord de l’asphyxie (à peine de quoi payer les fonctionnaires jusqu’au 20 juillet…) l’euro grimpe !

Là aussi, le pari des investisseurs est clair : l’Europe étant incapable de prendre des décisions franches, les autres banques centrales “actives” en profitent pour faire baisser leur devise et doper les exportations.

Dans ce nouveau round de la guerre des monnaies, la zone euro et la BCE ont vite intérêt à trouver une nouvelle parade, au risque de réellement finir K.O.

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