Et si nous laissions notre portefeuille prendre l'eau ?

Rédigé le 6 janvier 2012 par | La quotidienne Imprimer

Hier, en regardant la pluie battre les fenêtres de mon bureau, je me disais que s’il y avait bien une chose dont nous ne manquions pas à Paris, outre les crottes de chien et les fientes de pigeon, c’est l’eau.

Impression illusoire, évidemment. La question de l’accès à l’eau est un véritable problème pour une grande partie des habitants de cette planète.

Certes la Terre est composée de 70% d’eau, mais 97,5% de cette eau est salée… Si vous avez déjà bu la tasse dans la Manche ou l’Atlantique, vous savez qu’il ne suffit pas de remplir votre arrosoir d’eau de mer pour allonger votre pastis.

Sur les 2,5% d’eau non-salée, plus des deux-tiers forment banquises, glaciers, etc. L’équipage du Titanic, qui avait eu la mauvaise idée d’aller grappiller quelques glaçons pour leur whisky on the rock sur un iceberg par là pourra vous confirmer que ce n’est pas bien malin d’espérer y trouver de l’eau potable. D’ailleurs, ils ont fini au fond de l’eau… salée.

Il reste donc un peu moins d’1% d’eau douce accessible de manière bien moins acrobatique : nappes phréatiques, rivières, lacs, etc.

Bref, l’eau, ce n’est pas de la tarte.

Or l’eau, nous en avons tous besoin. Rien qu’à l’idée d’en manquer, je me sens la bouche sèche : depuis le moment où j’ai commencé à rédiger cet article, j’ai déjà avalé un verre d’eau et deux grands mugs de thé. En Occident, nous sommes globalement chanceux. L’eau, potable, est accessible à peu près partout, à un coût (encore) raisonnable si vous ne cédez pas à la tentation des eaux minceur, forme, vitaminées, énergisantes, etc.

Oui, mais voilà, nous ne sommes pas si nombreux sur cette planète à bénéficier d’un accès aussi facile à l’or bleu.

En Chine – un quart de la population mondiale, je vous le rappelle – 90% de l’eau douce est polluée, et donc non-potable. Et ne croyez pas que l’Occident est épargné par ce fléau : 40% des eaux de rivières américaines sont contaminés par la pollution.

18% de la population mondiale n’a pas accès à une source d’eau potable. Et avec l’accroissement continu du nombre d’habitants de cette bonne vieille planète, le problème ne risque pas de se résorber.

Augmentation de la demande mondiale en eau
L’accroissement de la demande mondiale en eau est liée à un autre phénomène : l’urbanisation. Or celle-ci est galopante. Quelques chiffres pour vous faire prendre la mesure de son ampleur :
– Shanghai compte 15 millions d’habitants ; Dehli, 16 ; Mexico, 20. Et Paris (en comptant son agglomération) ? Plus de 12 millions
– En 2003, le nombre de Terriens habitant en milieu urbain était de 3 milliards
– En 2011, la population urbaine était estimée à 3,5 milliards
– Si la tendance se poursuit, la population urbaine devrait atteindre 4 milliards d’ici à 2018
– D’après les prévisions, en 2050, 70% de la population mondiale devrait vivre en ville.

En quoi cela concerne-t-il notre problème d’eau ?

Eh bien, l’expérience montre que quand l’urbanisation s’intensifie, la demande en eau explose. Dans l’Antiquité, Rome avait mis en place un complexe système d’aqueducs, de fontaines publiques et de canalisations pour approvisionner en eau ses habitants.

Aujourd’hui, c’est exactement le même problème.

Qui dit ville dit besoin en eau pour les infrastructures (hôpitaux, écoles, restaurants, hôtels, administrations). Les besoins de tels équipements sont évalués à 20 litres par individu et par jour en Afrique, 100 en Europe et 400 en Amérique du Nord.

Autre cause : l’urbanisation induit un changement dans les modes de vie et les comportements – des évolutions gourmandes en eau. Toilettes publiques ou privées, construction d’égouts, développement de l’hygiène signifient une consommation accrue d’eau. D’après le Centre for Water Resources Studies, 400 millions de toilettes supplémentaires devraient installées dans les trois ans à venir. Le citadin tire la chasse, et la consommation d’eau explose.

De même, le changement d’habitude alimentaire. Comparé à un régime végétarien, un régime comportant 20% de viande double la quantité des besoins en eau. Il faut non seulement irriguer les céréales qui nourriront l’animal mais en plus lui fournir de l’eau pour sa consommation personnelle.

Conclusion, entre 2000 et 2050, la demande mondiale en eau devrait augmenter d’un tiers.

Et côté offre ?
Dans l’absolu, l’eau ne s’évapore pas… enfin, si, elle s’évapore, mais elle finit généralement par retomber. On pourrait donc en conclure que les réserves d’eau dont nous disposons ne s’amenuisent pas. Ce qui n’est peut-être pas si vrai que cela.

Le réchauffement climatique entraîne une suite de dérèglements qui n’arrangent pas les affaires de l’eau : sécheresse à certains endroits, inondations à d’autres. De l’eau, c’est bien, mais point trop n’en faut (surtout sous forme de pluies torrentielles, raz-de-marée, etc.).

Au final, les nappes phréatiques (notre principale source d’eau douce et potable) tendent à se réduire. Un vrai problème à long terme puisque ces réserves ont mis des milliers d’années à se reconstituer.

Et surtout, le problème de l’eau, c’est qu’elle n’est pas répartie en fonction des besoins. Les rares habitants de la Sibérie disposent autant d’eau qu’ils le souhaitent. Par contre, les habitants des mégapoles ont moins de chance. Et plus les populations se concentrent plus le problème est évident.

Et n’oublions pas la pollution aussi bien des nappes phréatiques, que des cours d’eau ou des océans.

La question de l’offre d’eau, de sa qualité et de sa distribution est donc cruciale.

A la poursuite de l’or bleu
Résumons-nous : une demande en hausse, une offre… compromise et surtout un « produit » dont personne ne peut se passer. Nous avons là les ingrédients pour une tendance long terme.

Justement, les investissements dans le secteur se multiplient. Les Nations unies ont investi dans 11 milliards de dollars l’année dernière dans les infrastructures liées à l’eau. Les Etats-Unis 15 milliards.

Le marché de l’eau représente aujourd’hui 480 milliards de dollars et croît au rythme de 6% par an.

Le marché de l’eau est divisé en deux grandes branches :
– la chaîne de distribution d’eau douce et/ou potable
– les entreprises liées au traitement de l’eau

Parmi celles-ci, lesquelles privilégier ? A première vue, parmi les entreprises liées au traitement de l’eau, les entreprises liées à la désalinisation semblent les plus attractives (croissance importante, rendements élevés, etc.). Le problème est que la désalinisation est en fait un processus coûteux et énergivore. Conclusion, cette technique n’est utilisée qu’en dernier ressort. Pas forcément le plus judicieux pour vous.

Comme souvent, aux Publications Agora, nous aimons miser sur les entreprises qui fournissent des équipements. Moins soumises aux aléas et à la conjoncture, elles représentent souvent des investissements moins risqués. Fabricants de pompes, de matériel de traitement de l’eau, de filtres ou encore canalisations… voilà de quoi vous assurer des profits dans les années à venir. Les canalisations d’eau ont une durée de vie de 50 à 100 ans. Dans les pays industrialisés, chaque année, c’est 1% du réseau d’eau potable qui doit être changé. Ce qui ouvre de belles perspectives.

Le traitement des eaux usées nous paraît une autre tendance forte pour les années à venir. Un exemple : le volume d’eau usée (et traitée) utilisé par l’agriculture dans le monde est deux fois supérieur à celui venant de la désalinisation. Et ce pour un coût moindre car traiter un litre d’eau usée coûte trois fois moins cher qu’un litre d’eau désalinisée.

Sur quelles entreprises investir ?
Voici quelques pistes :
– Veolia Environnement. Le groupe français a pris une sacrée raclée en Bourse ces dernières années, passant de 70 euros par action en 2008 à environ 8 aujourd’hui. Une dégringolade qui a poussé la direction de l’entreprise à entreprendre une politique de réduction des coûts.

Veolia reste cependant une entreprise majeure du secteur : 39% de ses revenus sont dérivés de l’eau et autour de la planète, nous sommes 100 millions à être fournis en eau par Veolia.

Conséquence positive de la chute des cours, l’action Veolia est particulièrement attractive. Un investissement non sans risque mais qui pourrait s’avérer intéressant.

– Autre société française : Suez. Mais qui a été toute aussi laminée en Bourse que Veolia.

– Vous pouvez aussi vous intéresser à des sociétés fournissant de l’équipement comme le Japonais Kurita Water Industries qui vend du matériel de traitement d’eaux usées. Une entreprise qui est très bien positionnée dans toute l’Asie.

– Enfin, l’investissement le moins risqué : un fonds. Parmi les fonds existants, vous pouvez par exemple miser sur l’ETF PowerShare Water Resources (US: PHO).

Dans le portefeuille de Matières à Profits, Florent Detroy a lui choisi un autre ETF, fort solide puisque comportant plusieurs valeurs à forte croissance, le certificat Word Water. Découvrez la recommandation détaillée de Florent ainsi que ses autres investissements sur le secteur de l’eau dans Matières à Profits. Pour en savoir plus, c’est ici…

Mots clé : - - -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Un commentaire pour “Et si nous laissions notre portefeuille prendre l'eau ?”

  1. en matière d’eau, comme en matière d’énergie, le risque de rupture stratégique existe…je m’explique, comme pour le nucléaire qui va se confronter aux avancées assez rapides et fulgurantes du solaire, l’eau va également être touchée par le solaire. Les laboratoires américains ont actuellement des offres de licences pour le photovoltaïque qui changent la donne, des rendements proches de 35 % et capables d’opérer dans la pénombre ?! incroyable mais vrai 🙂 c’est la fin à moyen terme de la grosse entreprise d’électricité, des gros réseaux centralisés de distribution et des compteurs et taxes de l’état, le smart grid va écraser cela. Pour l’eau, le soleil permet grâce à la concentration de dépolluer et dé-saliniser à d’autres coûts et là également les installations peuvent être de tailles variées et décentralisées. Les niveaux de températures atteints lors de la concentration permettent des « cracking » des constituants polluants et c’est un changement radical de process à terme. On peut également citer les avancées en matière de stockage inter-saisonnier, un axe de recherche totalement écarté en France, mais qui fait son chemin ailleurs. Si on surveille la recherche en matière de renouvelable, on comprend pourquoi Siemens abandonne le nucléaire ?! la France va payer très cher le fait d’avoir soumis sa politique énergétique aux dictats d’EDF ou des Veolia et autres Suez…là on peut avancer que le retraitement des eaux usées tel qu’on le fait en France est dépassé technologiquement et économiquement, ce ne sera pas le modèle que suivront dans l’avenir à moyen terme les émergents ! bref, plutôt miser sur les technologiques que sur les politiciennes 🙂 bonne année.

Laissez un commentaire