Peugeot, Tesla, Volvo… La semaine qui a bousculé l’automobile

Rédigé le 10 juillet 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Le secteur automobile est en train de devenir aussi innovant et palpitant que ne l’était l’informatique au début des années 2000.

La semaine dernière a été, à ce titre, exemplaire. Les annonces se sont multipliées de la part d’acteurs majeurs. En quelques jours, industriels et gouvernements ont levé le voile sur leurs orientations à grands coups d’annonces fracassantes.

Avant de vous en dire plus ci-dessous, permettez-moi de revenir très rapidement sur la recommandation sur Peugeot publiée dans ces colonnes il y a quasiment un an jour pour jour.

Si vous avez suivi la recommandation (et les multiples piqûres de rappel quant au potentiel de hausse de la valeur publiées depuis), vous êtes en plus-value de plus de +65% sur votre ligne.

Il est temps de vous séparer de vos titres Peugeot (FR0000121501). Félicitations si vous avez profité de cette belle hausse — surtout comparée au CAC 40 sur la même période !

Pourquoi la valeur a-t-elle perdu de son attrait ? Réponse dans cette Quotidienne

La folle semaine de l’automobile

En début de semaine, Tesla a ouvert le bal en annonçant que les premiers exemplaires de la fameuse Tesla Model 3 étaient sur le point de sortir des chaînes d’assemblage.

Si vous découvrez le catalogue de la firme d’Elon Musk, sachez que le Model 3 promet d’être aussi révolutionnaire que l’arrivée de la Prius sur le marché des véhicules hybrides.

Tesla

La Tesla Model 3

Crédit photo : Tesla

Vous connaissez certainement les vertus des modèles actuels de Tesla. Ces voitures très haut de gamme sont vendues à un tarif exorbitant et proposent à leurs utilisateurs une expérience unique.

Outre la conduite silencieuse et économique, les véhicules Tesla sont bardés d’électronique et sont régulièrement mis à jour pour améliorer leurs performances – comme si la firme faisait de la voiture individuelle un service immatériel.

Les modèles S et X trainent toutefois quelques casseroles. Leur prix, tout d’abord, en fait des objets de luxe à plus de 70 000 €. Leur système d’aide à la conduite a également fait parler de lui à l’occasion de terribles accidents.

Ces défauts de jeunesse devraient être réglés avec le Model 3. Cette nouvelle mouture possèdera un système de capteurs suffisamment fourni pour permettre une conduite autonome sécurisée (enfin, dirons certains). Le prix sera également un mini-séisme sur le marché de l’automobile : à seulement 32 000 €, cette voiture haut de gamme peut être un produit de substitution crédible aux véhicules thermiques de nos constructeurs européens.

La réponse de la Vieille Europe

Le lendemain de cette annonce, Volvo a proclamé son intention de migrer l’ensemble de sa gamme vers des véhicules hybrides. Hasard du calendrier marketing ou réaction à chaud de la part d’une marque aux abois ? Peu importe : les constructeurs historiques semblent bel et bien déterminés à ne pas laisser à Tesla le monopole de l’innovation.

Dans cette annonce, c’est le calendrier qui s’est révélé le plus surprenant. La disparition des véhicules purement thermiques est promise pour 2019 – autant dire demain à l’échelle du secteur.

A ce stade, deux hypothèses s’affrontent. Soit Volvo a effectivement préparé de longue date sa migration vers des véhicules propres et transformera radicalement son catalogue au cours des deux prochaines années.

Soit, et cette hypothèse me semble la plus probable, la Direction a fait cette annonce pour couper l’herbe sous le pied de ses concurrents sans pour autant avoir terminé sa R&D.

Nous devrions, dans ce cas, voir fleurir les micro-hybrides qui font un usage minimaliste des moteurs électriques. Il faut savoir que l’appellation de véhicule hybride est excessivement permissive. La fonction Start & Stop, qui coupe simplement le moteur au feu rouge, fait entrer les véhicules qui en sont équipés dans cette catégorie.

La révolution Volvo pourrait n’être que de la poudre aux yeux en attendant la sortie de véhicules réellement innovants d’ici 2021. Ce calendrier me semble plus crédible, d’autant que Volvo est aujourd’hui sous contrôle chinois. Avec plus de la moitié des véhicules électriques immatriculés dans l’Empire du Milieu, Volvo peut s’appuyer en toute tranquillité sur une expertise technique et un marché domestique demandeur.

La République s’en mêle

Les derniers bouleversements nous viennent du nouveau gouvernement. Lors de son discours de politique générale, le Premier ministre a confirmé la promesse de campagne du candidat Macron : l’alignement de la fiscalité du gazole sur celle de l’essence.

Le ministre Nicolas Hulot a surenchéri jeudi en annonçant la fin totale de la commercialisation des véhicules thermiques d’ici 2040.

Ces annonces sont, bien sûr, avant tout politiques. Interpréter leurs conséquences sur l’industrie de l’automobile est un exercice difficile.

Je vous propose de n’en retenir que la substantifique moelle. Oublions l’annonce qui nous parle d’un horizon aussi éloigné que 2040. D’ici là, quatre élections présidentielles auront eu lieu et, si loi il y a, une inévitable alternance politique pourrait bien avoir sa peau.

Cette annonce est d’autant moins significative que les voeux pieux législatifs s’avèrent souvent impuissants face à la réalité industrielle.

Souvenez-vous des normes européennes draconiennes en matière de pollution des véhicules diesel. Incapables de les respecter, les constructeurs ont fini par élaborer des systèmes de triche de plus en plus sophistiqués…

Si l’industrie n’arrive pas à produire en masse des véhicules électriques d’ici 2040, que feront les gouvernements ? Les lois, si louables qu’elles soient, seront bien impuissantes face à la réalité.

En revanche, l’annonce de l’alignement de la fiscalité du gazole sur l’essence est tout à fait crédible. La fin de cette spécificité française, en plus d’être souhaitable sur le plan de la santé publique, représente un pas vers un marché automobile moins déformé par les subventions.

Ecologistes et libéraux peuvent applaudir ensemble cette réforme qui a de fortes chances d’être définitive.

Quelles conséquences pour les investisseurs particuliers ?

Passons sur les conséquences financières directes que subiront les possesseurs actuels de véhicules diesel. Il n’y a, à ce jour, aucun moyen de s’en prémunir sauf à se séparer desdits véhicules.

Vous vous en doutez, le marché des véhicules carburant au gazole va prendre du plomb dans l’aile. La baisse de leur rentabilité va mettre de plus en plus de véhicules sur le marché de l’occasion. Doutant de la possibilité de revente, les acheteurs de voitures neuves auront de moins en moins envie de se tourner vers ces véhicules.

A ce titre, il est probable que cet ajustement fiscal aura rapidement les effets souhaités par le gouvernement : la baisse continue du nombre de véhicules diesel en circulation.

C’est pour cette raison que je vous conseille de vous séparer de vos titres du groupe Peugeot. Le champion français du moteur diesel a tout à perdre avec un tel déplacement du marché vers les véhicules à essence ou électriques.

Nous ne savons pas encore comment les constructeurs français répondront au bouleversement du marché automobile. La voie de l’hybride-diesel, qui avait les faveurs de Peugeot, semble de plus en plus compromise.

Dans une optique d’investissement à long terme, et vu les incertitudes qui pèsent sur Peugeot, vous pouvez préférer son éternel concurrent : Renault. Vous conserverez ainsi une exposition au secteur sans conserver cette bombe à retardement en portefeuille.

Vous pouvez également vous tourner vers des entreprises qui vendent leur expertise ou leurs matières premières nécessaires à l’élaboration de véhicules électriques. Nous vous en parlons régulièrement dans ces colonnes et dans NewTech Insider. [NDLR : Dans sa dernière recommandation de NewTech Insider, Ray Blanco vous a recommandé une ex-star des nouvelles technologies qui fait son grand retour sur la scène grâce à l’autonomisation grandissante de nos voitures. Un pari qui va vous étonner, et qui est à retrouver dans NewTech Insider]

Quid de Tesla ? Dans la Quotidienne de l’année dernière, je vous disais que le talon d’Achille de la startup était dans ses capacités de production. Aujourd’hui, Tesla prévoit une progression rapide de la cadence au cours du second semestre 2017 pour atteindre 500 000 unités par an dès l’année prochaine.

Elon Musk sera-t-il capable de tenir un tel rythme ? Industriellement, une telle progression est un véritable défi. L’avenir nous dira si le milliardaire parviendra à reproduire le miracle de SpaceX dans la production automobile.

D’ici là, je reste circonspect sur la valorisation de l’entreprise – un avis que partagent régulièrement Cécile Chevré et les autres rédacteurs des Publications Agora.

Il existe toutefois une solution pour profiter de l’arrivée de la Tesla Model 3 sur le marché. Les comptes de Tesla font penser au Titanic avec ses innombrables voies d’eau ? Le business model est fondé sur un financement à perte par des investisseurs un peu trop enthousiastes ?

Qu’à cela ne tienne : vous pouvez tout à fait en profiter en vous offrant un Model 3. Vous aurez le plaisir de rouler dans un bijou technologique aux performances époustouflantes… partiellement offert par des investisseurs moins pragmatiques que vous !

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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