Perturbateurs endocriniens, énergies fossiles ou pesticides : ces secteurs technologiques « nuisibles » sont-ils à l’article de la mort ?

Rédigé le 15 novembre 2017 par | A la une, Nouvelles technologies Imprimer

Les Anglais ont un mot pour décrire les produits technologiques antisociaux : la jerktech, que nous traduirons par « les technologies scélérates » (car il faut rester poli).

Les entreprises concernées visent à rendre possible des choses fondamentalement injustes ou déraisonnables. Par exemple, à San Francisco, où trouver une place de parking est mission impossible ou presque, une appli permet à des utilisateurs qui quittent une place de parking de demander de l’argent aux personnes qui cherchent à se garer.

Cela peut être pratique pour le conducteur qui cherche, et une bonne manière pour le « vendeur » de mettre du beurre dans les épinards, mais il s’agit, au fond, de convertir un bien collectif en argent dans la poche d’un particulier.

En conséquence, c’est un outil qui aide les scélérats, les personnes qui pensent qu’il est parfaitement acceptable de s’approprier une ressource communautaire pour la revendre… ce qui n’est pas très gentil. Voire même franchement méprisable.

De mon point de vue, cependant, la jerktech va nettement plus loin que ces secteurs déjà reconnus. Si vous investissez dans un secteur qui fait des profits aux dépens de la société, votre karma finira tôt ou tard par vous rattraper. Aujourd’hui, je vais vous donner une liste de secteurs de ce type, dont il vaut mieux – à mon très humble avis – se tenir éloigné. Libre à vous, bien sûr, d’investir dans ces secteurs. Après tout, morale et investissement n’ont pas forcément à fonctionner de concert. Quoi que…

Les perturbateurs endocriniens

Le système endocrinien est l’usine à hormones du corps humain. C’est un système de messagerie chimique nécessaire pour contrôler un peu toutes les fonctions corporelles, de la puberté à la faim.

Malheureusement, beaucoup de produits chimiques dans nos sociétés modernes perturbent gravement cet aspect de notre biologie, ce qui peut provoquer des troubles sévères.

Dans certains cas, les preuves ne permettent pas encore de tirer des conclusions certaines, mais il semble que toutes sortes de problèmes, comme la baisse du nombre de spermatozoïdes ou le changement de sexe chez les poissons, soient provoqués par des perturbateurs endocriniens dans notre environnement.

Des doutes persistent, mais les preuves s’accumulent : ces produits chimiques constituent un problème majeur qui aura des conséquences à grande échelle étant donné qu’ils sont présents dans un peu tout, des adoucissants pour votre lessive au caoutchouc synthétique.

Leur fabrication et leur usage jouent sur divers secteurs industriels – et les entreprises concernées devront faire face à des pressions non-négligeables au cours des années qui viennent.

Si vous investissez dans des secteurs qui produisent ou utilisent des perturbateurs endocriniens, il est peut-être temps de vous informer et éventuellement de vous en débarrasser.

Les emballages plastiques

Le plastique représente de plus en plus un problème environnemental majeur, notamment parce qu’il met énormément de temps à se décomposer.

En se dégradant, il produit aussi une foule de « micro-plastiques », de minuscules particules. Celles-ci sont maintenant quasi omniprésentes dans les océans du monde.

Bien sûr, une bonne partie des déchets plastiques peut être recyclée. Mais les films et composites constituent un problème compliqué pour le recyclage, ce qui fait d’eux une cible privilégiée pour les législateurs. Pensez par exemple aux de plus en plus nombreuses taxations sur les produits plastiques ou encore à l’interdiction de la distribution gratuite de sacs en plastique dans les supermarchés.

Ce type de mesures sont généralement acceptées comme nécessaires, et ce parce que nous constatons aujourd’hui un problème de contamination mondial : des déchets plastiques s’accumulent sur des îles inhabitées… et dans nos assiettes lorsque nous mangeons des fruits de mer ou du sel.

Si vous vous êtes positionné dans le secteur des plastiques ou que vos investissements en dépendent, vous pouvez vous attendre à une quantité de lois dans les décennies qui viennent, visant à lutter contre cette menace qui pèse sur la planète.

Energies fossiles

Nos lecteurs réguliers le savent, à la Quotidienne, nous avons tendance à penser que les énergies fossiles sont sur une mauvaise pente.

Pour être honnête, c’est une technologie nuisible qui a survécu bien trop longtemps déjà, notamment parce qu’elle soutenait l’économie mondiale dans son ensemble.

Aujourd’hui encore, il faudrait un courage immense à une personnalité politique pour prendre de réelles mesures pour lutter contre le changement climatique.

Mais peu importe cette tiédeur politique : l’ère des énergies fossiles est en passe de prendre fin – pas dans une grande explosion réglementaire, mais dans un soupir économique.

Les énergies renouvelables sont en train de botter les fesses aux fossiles, et les choses ne vont pas aller en s’améliorant. C’est un secteur que je ne regretterai absolument pas. La possibilité de respirer de l’air plus propre et plus sain sera une excellente raison de célébrer la fin de l’ère des énergies fossiles.

Les antibiotiques vétérinaires

Les antibiotiques vétérinaires sont un petit secteur, mais leurs répercussions sont planétaires. En Europe, nous avons fini par nous rendre compte des conséquences d’une surutilisation des antibiotiques chez les animaux, mais ils sont encore utilisés avec un enthousiasme désarmant dans d’autres pays.

Le grand public est de plus en plus sensibilisé à la possibilité bien réelle d’une apocalypse antibiotique, et l’on peut s’attendre à ce que des lois passent pour contrôler leur utilisation à mauvais escient.

Celles-ci entreront en vigueur au niveau international ou pays par pays.

Les premières cibles seront l’utilisation à la légère des antibiotiques – notamment dans les aliments pour animaux dont ils facilitent la croissance.

Cette thématique me touche personnellement : deux de mes quatre grand-parents ont failli mourir d’infections bactériennes, et mes propres infections auditives récurrentes, lorsque j’étais enfant, auraient aussi pu me tuer si je n’avais pas été traité.

La conséquence d’une utilisation trop désinvolte de ces traitements est que ces infections pourraient bien nous tuer à nouveau à l’avenir, comme dans ce passé terrible. Le mauvais usage des antibiotiques est peut-être la plus méprisable de toutes les technologies scélérates.

L’agrochimie

La vie est dure pour les insectes… et c’est une très mauvaise nouvelle. Nous assistons à des déclins de près des trois quarts de certaines populations d’insectes volants, et ce sur une ou deux générations seulement.

C’est un problème extrêmement grave qui a (quelle ironie !) des conséquences particulièrement graves sur le secteur de l’agriculture, pourtant largement responsable de ce déclin.

En effet, une proportion immense de notre alimentation dépend des insectes volants pour la pollinisation. Les coupables de cet écocide semblent être la surutilisation de pesticides (qui tuent directement), et potentiellement d’herbicides (qui privent les insectes de leur source d’alimentation).

Les néonicotinoïdes et le glyphosate sont notamment examinés à la loupe. Si vous investissez dans l’agriculture ou les produits chimiques destinés à l’agriculture, mieux vaut garder un oeil sur les nouvelles lois.

Les hypermarchés

Je sais, c’est sujet à controverse, mais ces centres commerciaux révèlent notre hypocrisie à tous. Nous aimons tous l’idée d’une jolie petite ruelle marchande… mais beaucoup d’entre nous préfèrent quand même aller dans les grandes galeries commerciales excentrées.

Pourtant, ce type de commerce va souffrir d’un déclin relativement significatif au cours des prochaines années. Les places de parking, aujourd’hui nécessaires pour nos voitures polluantes, seront de moins en moins utiles, car de plus en plus de gens utiliseront des taxis électriques autonomes – ce qui signifie que les centres-villes deviendront plus faciles d’accès, plus attractifs.

De plus, l’émergence du commerce en ligne signifie que les grande surfaces utilitaires (les supermarchés par exemple), se feront de plus en plus rares… étant donné que nous préférerons acheter les produits du quotidien en ligne, pour des raisons pratiques.

Aujourd’hui, j’achète moi-même un peu tout en vrac, pour me faire livrer à domicile mes légumes ou mon essuie-tout…

Je ne me souviens honnêtement pas de ma dernière visite dans un supermarché loin du centre-ville. Les gens comme moi sont responsable de la traversée du désert qu’a connu Tesco ces dernières années !

Et vous, quelle est la technologie nuisible que vous serez le plus content de voir disparaître ? J’attends vos réactions à la-redaction@publications-agora.fr.

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Andrew Lockley
Andrew Lockley

Un commentaire pour “Perturbateurs endocriniens, énergies fossiles ou pesticides : ces secteurs technologiques « nuisibles » sont-ils à l’article de la mort ?”

  1. Il y a un domaine dont vous n’avez pas parlé c’est le hight tech qui risque de provoquer un brouillard éléctromagnétique (électro-smog) nuisible pour tous y compris pour vos voisins qui n’ont rien demandés avec la wifi, telélphone dect, portable, objets connectés de plus en plus nombreux et tous moyens de communication sans fils. Désolé mais de cela on ne parle jamais.

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