Pénurie mondiale d'eau : séchons nos larmes et investissons sur les solutions !

Rédigé le 20 août 2013 par | La quotidienne Imprimer

Cet été, j’ai passé quelques jours en Bretagne, pas très loin de Guérande. De quoi éveiller l’intérêt de l’historienne et de la gastronome en moi. J’ai donc fait un tour dans la charmante mais très touristique cité médiévale de Guérande et surtout dans les marais salants, qui valent vraiment la balade. Les digues, les bassins à perte de vue, des joncs, des salicornes, foisons d’oiseaux (je n’y connais rien, je ne pourrais pas vous citer les espèces qui y nichent). Et puis évidemment, tout autour de Guérande, les marchands de sel, parfumés ou non, gris ou blanc…

Outre cette carte postale des vacances, si j’évoque avec vous Guérande et ses marais salants, c’est parce que, exploités depuis l’époque romaine, c’est pour le côté fascinant de la persistance de l’exploitation des ressources salines et hydrologiques par l’homme. Je ne vais pas vous servir le couplet bien connu de l’ingéniosité humaine mais la visite de ces marais m’a rappelé une de mes obsessions du moment : l’eau.

La pénurie s’installe

En faisant des recherches pour le dernier numéro de Défis & Profits, je me suis tombée sur une étude du Water Resources Group 2030 et sur ce graphe :

Déficit mondial en eau

 

Ce qu’il signifie ? Qu’en 2030, la demande en eau douce (6 900 milliards de m3 par an) sera supérieure de 40% à l’eau douce disponible (ont été prises en compte dans cette étude, les ressources en eau prouvées et facilement accessibles).

Le déficit d’eau douce sera donc de 40% ! Et ne croyez pas que seuls les pays d’Afrique ou d’Asie seront concernés. Le manque d’eau douce concerne aussi bien l’Europe, que les Etats-Unis, l’Australie que l’Inde ou la Chine. Pour vous en convaincre, voici une projection de ce que devrait être la disponibilité en eau douce en 2025.

Disponibilité mondiale en eau en 2025

Comme vous pouvez le constater, la pénurie touchera des régions aussi proches que le Nord de la France et de l’Europe, l’Espagne ou une partie de la Grande-Bretagne. Et ne parlons évidemment pas des continents africain ou asiatique – la situation de pénurie y sera particulièrement critique.

En ce moment même, l’ouest des Etats-Unis connaît une sécheresse historique. Tout l’Etat du Nouveau-Mexique est ainsi en sécheresse et les réserves d’eau n’atteignent que 17% de leur niveau normal. Un bon nombre d’habitants du Nouveau-Mexique sont dépendants des livraisons d’eau par camion et cultures et végétations ont péri face au manque d’eau. Une situation qui paralyse aussi la vie économique.

Sans eau, pas de vie, pas d’énergie, pas d’agriculture

Car sans eau douce, évidemment, pas de consommation humaine ou domestique (pensez à nos douches, installations sanitaires, à nos lave-vaisselle et lave-linge…) mais aussi réduction drastique de l’agriculture (l’irrigation étant indispensable à nombre de culture) ou d’élevage. Sans eau douce, c’est toute la production d’énergie qui est paralysée, entre centrales hydroélectriques, barrages mais aussi centrales nucléaires puisque l’eau est utilisé pour le refroidissement des réacteurs. Et l’eau est un élément indispensable de nombre d’industries (de la chimie au papier en passant par le textile).

Voilà pour le constat. Mais quelles sont les solutions ? Car il y en a. Les ressources en eau douce utilisables sont certes limitées (elles ne présentent qu’un peu plus de 1% de l’eau contenue sur la planète) mais en alliant innovation technologiques et rationalisation de l’utilisation, nous pourrions tous continuer à boire notre verre d’eau.

L’exemple de Singapour

En matière de solution, Singapour fait figure de modèle. La cité-Etat ne dispose que de très faibles réserves en eau douce et ses 4,5 millions d’habitants consomment 1,4 million de m3 par jour.

La ville a donc dû déployer tout un éventail de solutions pour palier à ce problème.

Dans un premier temps, le PUB (Public Utility Board) a dû mettre en place diverses solutions pour assurer l’approvisionnement de l’île en eau douce. La cité-Etat importe 40% de Malaisie, via des pipelines.

Mais aujourd’hui, Singapour affiche clairement ses ambitions et vise l’autosuffisance en eau d’ici à 2060.

Pour y arriver, chaque année, la ville dépense l’équivalent de 30 millions d’euros dans la R&D et l’amélioration des techniques de traitement, dessalement et dépollution de l’eau.

Les ambitions de Singapour reposent sur trois socles : le dessalement, la collecte et le traitement des eaux usées.

Stratégie d'approvisionnement en eau douce de Singapour

1. Dans le domaine du dessalement, Singapour fait figure à la fois de modèle et de pionnier. En 2005 a été inaugurée une usine de dessalement par osmose inverse, avec une capacité de 136 000 m3 par jour et qui couvre 10% des besoins actuels. La cité-Etat s’est fixé comme objectif de couvrir 30% de sa consommation via le dessalement d’ici 2060.

Le dessalement consiste à extraire l’eau douce de l’eau salée. Une solution prometteuse car 40% de la population mondiale vit à moins de 100 km d’une côte. Plusieurs techniques sont utilisées, dont l’osmose inverse (qui consiste à faire passer l’eau à travers une membrane très finement poreuse qui retient le sel), l’électrodialyse ou encore la distillation multi-effets… Ces techniques sont plus ou moins coûteuses aussi bien financièrement qu’en énergie (de 2 à 3 kWh/m3 pour la distillation par dépression à 15 kWh/m3 pour la distillation multi-effets). L’osmose inverse est aujourd’hui la technique la plus utilisée grâce à son faible coût énergétique.

Outre Singapour, ou encore les Canaries qui dépendent entièrement de cette technique pour leur consommation d’eau douce, les pays du Golfe et l’Australie sont des acteurs majeurs du dessalement. Dans le monde, ce sont plus de 17 000 usines qui sont actuellement en fonctionnement produisant 66 millions de m3.

2. Autre solution exploitée par Singapour : le traitement des eaux usées, appelé programme NEWater grâce à 5 usines. En 2060, les eaux usées retraitées devraient représenter la moitié de la consommation d’eau douce de la ville.

La plupart des pays disposent de stations d’épuration – plus ou moins performantes – qui traitent les eaux usées avant de la réinjecter dans les cours d’eau. Le marché mondial du traitement des eaux usées était estimé à 370 milliards de dollars en 2010 et devrait représenter 650 milliards de dollars en 2020.

Le recyclage de l’eau va plus loin : il récupère l’eau à la sortie des stations d’épuration et leur applique différentes techniques de purification et de filtrage pour la rendre utilisable aussi bien pour l’agriculture, l’industrie que pour la consommation humaine. Actuellement, 40 millions de m3 d’eau sont ainsi recyclés chaque jour dans le monde.

De plus en plus de pays font le choix de privilégier le recyclage des eaux pour satisfaire à leur demande. C’est le cas de l’Australie, un des pays les plus secs au monde, qui a lancé un programme qui s’est rapidement vu affubler du surnom peu engageant de "des WC au robinet". L’objectif du gouvernement est de faire passer le pourcentage d’eau recyclée de 15% à 30% entre 2010 et 2015.

3. Dernier axe de la stratégie singapourienne, la récupération des eaux de pluies, avec la mise en place de canaux de captage des eaux de pluies et de 14 réservoirs.

L’épuisement des ressources n’est pas (forcément) une fatalité

Grâce à cette triple stratégie, Singapour devrait pouvoir atteindre son objectif d’indépendance en matière d’eau. De quoi donner des idées – et de l’espoir – aux autres régions du monde confrontées à des problèmes d’approvisionnement ou de pénurie. Et la preuve que la pénurie des ressources n’est pas une fatalité grâce aux mesures de recyclage, de rationalisation de la demande et de la consommation ou encore l’arrivée de nouvelles technologies.

AMERICAN WATER, une des principales compagnies de distribution des eaux américaine et une des valeurs de notre portefeuille de Défis & Profits, travaille ainsi sur un réseau d’eau intelligent qui adapte la pression de l’eau qui y est injecté à la demande. L’objectif est de réduire les fuites dans le réseau de distribution et donc l’énorme déperdition d’eau (qui peut atteindre 40% à 60% dans certaines régions américaines ou même françaises).

C’est d’ailleurs sur ces réflexions que nous avons investi dans les deux derniers numéros de Défis & Profits. Grâce à un outil qui vous permet de profiter de tout le potentiel du secteur de l’eau et un leader mondial de l’irrigation qui s’est fait une spécialité de l’irrigation de précision, beaucoup moins consommatrice d’eau. Deux recommandations qui participent à la lutte contre la pénurie d’eau et qui sont à découvrir dans Défis & Profits.

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Un commentaire pour “Pénurie mondiale d'eau : séchons nos larmes et investissons sur les solutions !”

  1. Je suis content de constater que cette préocutation est partagée et également le probleme concernant la survie des abeilles polininisatrices Merci

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