Faut-il participer à l’IPO de Snap ?

Rédigé le 20 février 2017 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Cette introduction en bourse (IPO) s’annonce comme une des plus importantes de ces dernières années. Début mars, Snap Inc., l’éditeur de la très populaire application de partage de photos et de vidéos Snapchat, va se lancer dans le grand bain boursier.

Cette IPO est très attendue alors que les valeurs technologiques connaissent un fulgurant début d’année boursière. Des valeurs comme Alphabet (la maison-mère de Google), Amazon, Facebook ou encore Apple surperforment nettement les principaux indices boursiers depuis le 1er janvier. Amazon gagne ainsi plus de 12%, Facebook 16%, Alphabet 6,5% et Apple 17%…

Ces envolées boursières sont telles que nos rédacteurs se sont régulièrement penchés sur leur cas ces derniers jours, vous aidant à y voir plus clair dans leurs valorisations ainsi que leurs chances de voir leur cours continuer à progresser. Je vous recommande tout particulièrement les articles qu’Etienne Henri a consacré à ces super-géants la semaine dernière (à lire ici, et enfin ).

Dans un tel contexte, l’introduction en Bourse d’une des applications les plus populaires ne pouvait que faire des vagues, et exciter certaines convoitises. L’application, qui compte environ 160 millions d’utilisateurs, a d’ailleurs attiré celles de Facebook en 2013. Le réseau social avait alors proposé trois milliards de dollars pour mettre la main sur Snap. Offre refusée par le patron de cette dernière.

On comprend certainement mieux pourquoi avec la valorisation estimée de l’application. Aux dernières nouvelles, celle-ci est estimée entre 19,5 et 22,2 milliards de dollars, pour un prix d’introduction en bourse entre 14 et 16 $. A comparer avec le chiffre d’affaires 2016 : 404,5 millions de dollars. PER estimé : entre 48 et 54. Pas mal.

Ah oui, j’oubliais de vous donner les pertes : 515 millions de dollars l’année dernière.

Evidemment, présenté comme cela, vous avez déjà envie de répondre à la question que je vous posais en introduction : non, il ne faut pas investir sur Snap.

Pas si vite, cher lecteur, pas si vite.

Qui est Snap ?

Mais avant d’aller plus loin, quelques mots sur Snap, et sur Snapchat. Au départ, l’application proposait de partager photos et vidéos qui s’effaçaient quelques secondes après avoir été visionnées par leur destinataire. Une option qui a rapidement séduit les adolescents. Snapchat s’est même taillé une certaine réputation grâce au… sexting (une pratique consistant à envoyer des photos à caractère clairement sexuel) ou autres photos honteuses.

Aujourd’hui, Snapchat est bien plus que cela. L’application est devenue un véritable réseau social reposant sur l’image et a vu se développer de véritables communautés. Les photos peuvent être sauvegardées, des marques y ont fait leur apparition pour développer leurs campagnes publicitaires et certains utilisateurs ont fait de leurs « snaps » une véritable source de revenus. En clair, l’application s’est professionnalisée et institutionnalisée.

La progression des utilisateurs de Snapchat ces dernières années est impressionnante : +83,9% en 2014 et +40,7% en 2015. En 2016, la progression s’est tassée, à moins de 30%.

Même si l’application cherche à séduire une frange plus large du public, la majorité des utilisateurs sont toujours de jeunes adolescentes nord-américaines. Selon les chiffres fournis par la société, 65% de ses utilisateurs sont des femmes et 71% ont moins de 25 ans.

Comment Snap gagne-t-il sa vie ? A vrai dire, comme nous l’avons vu, le groupe affiche une perte de plusieurs centaines de millions de dollars. Le groupe a décidé de miser sur un de ses points forts : sa popularité auprès des jeunes consommateurs. Car populaire, Snapchat l’est : début 2017, on estimait qu’environ 10 milliards de snaps étaient vus par jour, contre huit milliards il y a un an. En outre, 40% des jeunes Américains utilisent l’application tous les jours.

L’application est innovante, et elle a su utiliser cette innovation pour fidéliser ses utilisateurs. Elle a par exemple développés des « filtres » qui modifient les photos.

Voilà par exemple à quoi je ressemble passée à la moulinette des filtres Snapchat.

Snapchat

Bien sûr, cela ne me donne pas l’air particulièrement malin (ah, ce qu’il ne faut pas faire pour écrire des articles sur la finance !) mais auprès des adolescents, ce genre de fantaisies fait un carton… et titille les instincts grégaires de cet âge parfois ingrat.

Snapchat étant gratuit, Snap mise sur le développement des revenus publicitaires pour soutenir la croissance de son chiffre d’affaires. L’année dernière, le groupe est ainsi parvenu à afficher un chiffre d’affaires d’un peu moins de 405 millions de dollars, contre 59 millions en 2015. Les efforts de monétisation ont donc porté, alimentant l’intérêt suscité par son IPO.

L’IPO de l’année ?

Revenons à notre question principale : faut-il participer à l’IPO de Snap ?

Les pertes d’une entreprise ne doivent pas faire oublier son potentiel. En 2012, alors que Facebook s’introduisait en Bourse, je vous avais exprimé tout mon scepticisme sur cette IPO et surtout sur le potentiel du réseau social à long terme. Je me suis plantée en beauté. Non seulement Facebook a démontré que son business model était valide, mais le groupe de Mark Zuckerberg a su se diversifier et innover pour s’imposer comme un des acteurs majeurs du monde des nouvelles technologies.

Facebook s’est introduit autour de 42 $. L’action en vaut aujourd’hui 133 $, soit une hausse de 216%. [NDLR : Heureusement, Ray Blanco a été plus visionnaire et a mis Facebook en portefeuille. Rendez-vous dans NewTech Insider pour profiter de ses recommandations d’avenir sur les nouvelles technologies.]

Facebook

Pour me consoler un peu de ce terrible manque de jugement, remarquons simplement qu’il a fallu plus d’un an (soit mi-juin 2013) pour que l’action Facebook retrouve son niveau d’IPO en mai 2012.

Voilà donc un premier élément de réponse quant à l’introduction de Snap : méfiez-vous des IPO, et tout particulièrement dans le secteur des nouvelles technologies.

C’est ce que vous confirmait Etienne Henri la semaine dernière :

Notez bien que, dans tous les cas, je vous conseille de vous tenir à l’écart des IPO sur les valeurs technologiques. Comme je vous l’expliquais en juin dernier, il s’agit d’un des pires moments pour se positionner en tant qu’investisseur individuel : le différentiel d’information est en votre défaveur comme jamais.

Les particuliers qui se sont laissés tenter par FitBit lors de son arrivée sur le marché en juin 2015 affichent aujourd’hui des moins-values de 80% (et jusqu’à -90% pour ceux qui se sont positionnés en juillet de la même année).

A part pour les actionnaires historiques qui ont pu se délester à bon prix, l’action a fait peu de gagnants. Fitbit est loin d’être un cas isolé, j’aurais pu vous présenter les courbes similaires de Box et GoPro, deux titres très à la mode en 2015 dont le résultat est similaire.

Ce mode de fonctionnement est symptomatique d’une Bourse qui n’est plus un lieu d’échange entre investisseurs disposant d’informations équivalentes mais d’un rouleau compresseur dont l’objectif est de plumer le maximum de petits porteurs.

Je pourrais ajouter l’exemple de King, l’éditeur du populaire jeu Candy Crush, dont le parcours boursier s’est avéré plus que chaotique. Introduit en Bourse en mars 2014 autour de 18 $, le cours de King s’est envolé à 21,9 $ en juillet de la même année… pour s’effondrer à 11 $ en octobre 2014. Le cours a ensuite vivoté sous son cours d’introduction jusqu’à son rachat début 2016 et une sortie de la cotation qui s’est faite autour du cours d’IPO. Autre maigre petite consolation : je vous avais recommandé d’éviter non seulement l’IPO de King mais aussi la valeur.

Ma conclusion du jour : tenez-vous donc loin de l’IPO de Snap.

Mais sur le long terme ? Voilà une bonne question. En se fondant sur l’expérience Facebook, une fois passée l’agitation de l’IPO, et le moment de dépression qui suit, investir sur Snap pourrait être une excellente idée. Ou pas. Et c’est ce que nous verrons dans une prochaine Quotidienne.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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