Où va le blé ? (I)

Rédigé le 19 décembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

Commençons par jeter un coup d’oeil aux fondamentaux du marché. Nous verrons la prochaine fois les données purement financières de cours, tendance et marché.

En Australie, la production est mise en danger par la sécheresse Je vous ai déjà parlé de la « sécheresse du siècle »qui a sévi l’an passé en Australie, avec une récolte en chute de 62% par rapport à la récolte précédente.  Du jamais vu. Les plus anciens n’en reviennent toujours pas…

Et les prévisions météorologiques concernant la nouvelle récolte sont loin d’être réjouissantes. La pluie ne veut pas tomber ! Rien à faire. Du coup, la production australienne ne suffira pas à couvrir les besoins du pays, qui risque de se voir contraint d’importer du blé.

Notez que l’Homme qui se croit « tout-puissant » n’y peut rien… Voilà un avant-goût de ce qui nous attend dans les décennies à venir. Les éléments ont la main. Et toute notre technologie et notre savoir ne suffiront probablement pas à faire marche arrière une fois la machine emballée… Mais revenons au blé.

En Inde, la production est encore insuffisante Ajoutons maintenant à la liste l’Inde, l’un des plus gros producteurs de blé, qui devra certainement, cette année encore, importer du blé pour couvrir ses besoins. Pourquoi ? Les récoltes risquent d’être mauvaises. Encore la sécheresse ! La société State Trading Corp. a d’ores et déjà été mandatée par le gouvernement pour se préparer à importer trois millions de tonnes de blé. Rien que ça…

En Ukraine, l’entreposage détruit le blé Et l’Ukraine ? Le grenier à blé de l’Europe… Souvenez-vous, sa dernière récolte était en recul de 52% par rapport à la précédente. Toujours suite aux caprices de la météo.

Cette fois-ci, un nouvel élément perturbateur s’immisce dans la partie : les conditions de stockages ! En effet, les blés stockés dans certains entrepôts à céréales ont été endommagés et une partie du stock carrément détruite — d’où un resserrement du marché. Du coup, le marché local ukrainien pourra puiser à hauteur de 135 000 tonnes, dans les réserves stratégiques de blé de l’Etat, réserves constituées en 2005.

Aux Etats-Unis, la production de blé va décroître C’est officiel. Les chiffres du rapport de la USDA sont tombés vendredi. Je vous le disais hier, les agriculteurs américains ont décidé de miser fort sur le maïs : les terres consacrées cette saison à la culture du maïs seront en hausse de 15%. Alors forcément, les autres céréales en pâtissent, à commencer par le blé. On en plantera moins, puisqu’on lui retire 7,3% des terres qui lui étaient jusque là consacrées.

En Chine, la production est en chute aussi. Et ce n’est qu’un début Et devinez qui entre en jeu ? La Chine ! Elle est partout, même là ou on ne l’attend pas…

Pour le coup, la menace ne vient ni du ciel ni des lieux de stockage ; elle vient de l’urbanisation massive et accélérée. Partout on construit des routes, des infrastructures, des villes et villages. Conséquences : les terres consacrées à l’agriculture diminuent à vue d’oeil pour laisser place au béton.

Autre problème : l’industrialisation à vitesse grand V du pays. Elle prend largement le pas sur le secteur primaire, avec pour conséquence l’inexorable recul du secteur de l’agriculture.

Conséquence : la production de blé dans les provinces de l’est (qui concentrent l’essentiel de la production) devrait diminuer de 17% par rapport à l’année précédente.

Alors forcément, les prix se tendent. Il n’y a pas que les bourses actions qui s’envolent à Shanghai et Shenzen. Voyez plutôt les derniers cours du blé en Chine :

A Shandong – plus importante province productrice chinoise – les prix du blé ont pris plus de 5% en une semaine, à 1 620 yuans la tonne. A Henan, le prix du blé de qualité intermédiaire a également pris plus de 5%, à 1 580 yuans. A Hebei, la hausse du blé atteint 2,6%, à 1 600 yuans la tonne.

Voila pour les fondamentaux. Que constate-t-on ? Une demande non satisfaite, une production en baisse et déjà on pompe dans les réserves…

Je vois venir votre question : que fait le cours du blé ? Comment se comportent les futures sur le CBOT ? Quelle est la tendance ? Nous verrons cela ensemble dans le prochain Edito.

[NDLR : L’Inde est en passe de devenir un acteur fondamental de la nouvelle économie mondiale – et les spécialistes s’accordent à dire que son arrivée parmi les « grandes puissances » du 21ème siècle fera décoller les cours des matières premières. Ce mois-ci dans Matières à Profits, Sylvain Mathon, rédacteur en chef de cette lettre d’information exclusivement consacrée au boom des ressources énergétiques, nous raconte son périple en Inde, d’où il revient le sac plein d’informations exclusives, de conseils et de recommandations pleines de potentiel… Pour en savoir plus sur les opportunités qu’il a décelées pour vous…]

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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