Or, dollar et différentiel de taux meurtrier

Rédigé le 17 mai 2010 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Le dollar n’est plus ce qu’il était…
Pourquoi donc ?

Parce que ce n’est que du papier !

Signe des temps qui changent, dans le Wall Street Journal de mercredi, un éditorialiste suggérait que les Etats-Unis reviennent à l’étalon-or !

Le marché de l’or anticipe une explosion du système monétaire mondial
L’or est à des sommets — tandis que les actions stagnent sur 11 ans.

Aujourd’hui, l’or grimpe à l’annonce de bonnes nouvelles, comme des mauvaises.

De l’inflation ? L’or grimpe.

De la déflation ? L’or grimpe.

Les actions montent… l’or grimpe plus encore.

Lorsque les actions baissent, l’or grimpe malgré tout.

Pourquoi ?

Parce que le marché de l’or anticipe une explosion du système monétaire mondial.

Nous aussi !

Mêmes problèmes, même combat
Nous avons déjà vu ce qui se passe quand un petit pays accumule trop de dette : les investisseurs s’inquiètent. Les taux d’intérêt grimpent. Le pays ne peut plus emprunter pour couvrir ses déficits… ou payer ses prêts passés. Un désastre.

Mais la situation de la Grèce n’est pas très différente de la situation dans des dizaines d’autres pays — dont le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, la France et…

Les Etats-Unis sont eux aussi, dans le même bourbier
Le pays est déjà si endetté que même si l’on taxait 100% des revenus des Américains, les recettes engendrées ne suffiraient pas à couvrir le déficit. Et même si l’on réduisait de 100% le budget du Pentagone, on serait toujours en déficit.

Il faudrait un acte de courage politique remarquable et beaucoup de discipline pour remettre les Etats-Unis sur la voie des finances saines.

Nous ne voyons rien de tel se produire.

Nous voyons plutôt plus de déficits…

Si les taux d’intérêt grimpent plus vite que le taux de croissance…
La dette publique des Etats-Unis frôle les 100% du PIB. La Grèce en est à 120% du PIB… bientôt 150%.

Lorsque la dette atteint 100% du PIB, l’économie doit croître au même rythme (au moins !) que le taux d’intérêt de la dette — sans quoi cette dernière pèsera de plus en plus lourd dans le budget de l’Etat et l’étouffera (hausse du service de la dette).

Si l’on payait 5% d’intérêt sur la dette… et si la croissance du PIB était de 5%… on consacrerait toute la croissance additionnelle à rembourser les intérêts sur la dette. On ferait alors du surplace, mais au moins la situation ne s’aggraverait pas.

Mais si la croissance est plus faible que les taux d’intérêt…

Justement, cas pratique :
Aux dernières nouvelles, la croissance américaine était de 3,2%… probablement en déclin (et nous laisserons de côté la question de savoir si cette croissance est réelle ou fictive).

Or les coûts d’emprunt de long terme se dirigent vers les 5%.

Un différentiel de taux qui jouera en défaveur du budget américain déjà bien lourd et de plus en plus au fur et à mesure que les taux d’intérêt remonteront.

Or ils remonteront à mesure que les investisseurs perdront progressivement confiance dans la capacité des Etats-Unis de payer… ainsi que dans leur volonté (ou capacité) d’empêcher le dollar de chuter…

Le point de non retour est déjà derrière nous
Il est probablement déjà trop tard.

Nous avons probablement déjà dépassé le point de non-retour, comme le soutiennent les économistes Rogoff et Reinhart.

Selon nous, les Etats-Unis pourraient sauver leur peau s’ils faisaient un effort extraordinaire pour la réduction budgétaire.

Ceci dit, nous n’attendrons pas qu’ils passent à l’action les bras croisés.

A la place, nous allons acheter plus d’or.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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