Ce que l’OAT nous dit de la campagne présidentielle française

Rédigé le 22 mars 2017 par | Indices & Actions Imprimer

Le premier tour des élections présidentielles aura lieu dans un mois. Au lieu de suivre l’avancée des sondages (qui se trompent de façon récurrente), je vous propose plutôt de suivre le verdict du marché, et plus particulièrement celui du marché des taux à 10 ans : l’OAT pour la France et le Bund pour l’Allemagne.

Vous allez voir que les messages qu’ils envoient sont non seulement intéressants, mais qu’en plus, les deux indices de taux sont sur des supports ultra-importants qu’il vaudrait mieux préserver.

Nous allons donc voir tout cela aujourd’hui, car c’est à mon sens bien plus important et parlant que de savoir de quelle manière le prix des chaussettes de Fillon impacterait les votes.

Rappelons quelques bases de fonctionnement du marché obligataire

– Il ne faut pas confondre le marché obligataire (qui indique le prix de l’actif « 10 ans français », ou « 10 ans allemand ») et le rendement de la dette. Plus le rendement de la dette monte, plus le prix de l’obligation baisse, et inversement. Par exemple, lorsque, en septembre 2016, le rendement du 10 ans Français était à 0,10%, le cours de l’OAT était à un top, autour de 162. Maintenant que le rendement du 10 ans tourne autour de 1,10%, le cours de l’OAT est à 145.

– Il y a théoriquement une corrélation inverse entre l’évolution des rendements des dettes souveraines et les marchés actions. Dans un marché sain, toute augmentation du rendement des taux (lorsque le rendement du 10 ans français passe de 0,50% à 1,00% par exemple) est censée entraîner une baisse des marchés d’action.

– Enfin, une hausse des taux reflète logiquement une montée du risque : les investisseurs veulent bien investir dans un pays risqué, mais à condition que ce risque soit plus fortement rémunéré. Jusque-là, tout est logique…

… Sauf que ce principe fondamental d’économie libérale est gentiment piétiné par les banques centrales depuis des années. Ah oui, parce que bien évidemment, les banques centrales militent pour une économie libérale, mais quand ça les arrange. Quand cela ne les arrange pas… eh bien elles se débrouillent pour que ça les arrange quand même à coup de milliers de milliards d’euros, de dollars, de yuans ou de yens déversés dans le système. Bref.

Toujours est-il que du côté des taux européens, malgré les divers programmes de « politiques monétaires accommodantes », les tensions augmentent.

Et c’est ce que nous voyons sur les marchés de taux. J’utilise ici comme support d’analyse les contrats Futures (ayez bien en tête qu’une hausse des taux, des rendements, entraîne une baisse de ces contrats).

Je vais commencer par le Bund, qui est LA référence en Europe

Je vous propose régulièrement des analyses sur le Bund car c’est un indice et un indicateur de la santé des marchés hyper important.

Lors de la dernière analyse que je vous ai proposée dans La Bourse au Quotidien, en septembre 2016, nous étions en pleine phase de baisse des taux (donc de hausse du Future : il était alors sur les 168).

J’anticipais à ce moment une hausse des rendements (donc une baisse du Future) avec pour objectif un retour sur le support des 160 € (segment horizontal vert + « S »).

BUND Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

C’est ce qui s’est passé (flèche orange). Cela fait désormais deux fois que le support des 160 est atteint, et il est donc très important qu’il tienne : le prochain niveau intermédiaire est à environ 154, et le risque est évidemment d’aller voir plus bas, sur les 147 points. Mais si les 160 sont cassés, cela voudrait dire, je vous le rappelle, une très forte hausse des rendements sur la dette allemande… et impliquerait une lourde correction sur les marchés actions.

Que nous indique l’OAT, le 10 ans français ?

On voit que la configuration graphique est de la même nature que celle du Bund : en septembre, le Future s’est envolé car les taux étaient ultra-bas sur l’OAT (0,10% environ !), mais ils ont pris plus de 100 points de base (le rendement du 10 ans est à 1,10% environ), et le Future a chuté de 162 à 145 points. Du lourd.

OAT Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

Le Future est donc actuellement sur ce gros support des 145 € (rectangle vert + « S »).

Comme c’est la première fois que j’initie un suivi de l’OAT, je vous ai mis le graphique intégral, avec les niveaux de support/résistance qui correspondent à des reports d’amplitude (flèches verticales).

Vous voyez que depuis que la campagne présidentielle est lancée, il commence à y avoir un gros stress sur la dette française : les taux montent car les investisseurs n’y voient pas clair. Une hausse des rendements indiquerait très certainement que les investisseurs et grosses mains pricent de plus en plus un risque sur la France.

Et que signifie un « risque du la France » quand on est investisseur ? Eh bien, cela veut dire un risque sur la perspective économique, le budget du pays, mais surtout, vu que c’est aussi le sujet de cette campagne présidentielle, la sortie ou non de l’euro.

Et là… inutile de vous dire que si les investisseurs commencent réellement à pricer une sortie de l’euro… les rendements vont exploser, le marché obligataire français va se retrouver à la cave, tout comme les marchés actions. Et c’est toute la zone euro qui risque d’être entraînée dans la chute. [NDLR : Pour quelles conséquences sur votre épargne, votre compte bancaire, votre assurance-vie ou, tout simplement, votre pouvoir d’achat ? C’est ce que Simone Wapler vous explique ici…]

Alors oui, pour le coup, l’OAT est à surveiller de très près jusqu’aux présidentielles. Son comportement sera bien plus révélateur que les sondages dont nous allons être abreuvés.

Allez, courage !

Gilles Leclerc

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